Ramadan et politique

Fouad Laroui.

ChroniqueCette semaine, on a eu en France un bel exemple de cette fausse religiosité. Tout commence par un communiqué de la Grande Mosquée de Paris, d’obédience algérienne.

Le 18/02/2026 à 12h02

J’ai le plus grand respect pour les croyances, toutes les croyances, lorsqu’elles sont intimes et individuelles, qu’elles ne nuisent à personne et qu’elles ne font pas de prosélytisme forcené. La foi, ça ne se discute pas, quelle que soit sa source– le sentiment océanique dont parlait Romain Rolland, c’est-à-dire l’intuition d’une communion avec le monde; ou l’expérience intime de l’unité de l’être (la fameuse wahdat al-woujoud d’Ibn Arabi); ou le désir éperdu de sainteté…

Par contre, je n’ai aucun respect pour les faux dévots qui n’ont pas la foi au sens de ce qui précède et qui ne font étalage de religiosité que pour acquérir des biens terrestres, pour opprimer les femmes ou pour faire de la politique. On voit d’ailleurs où ça mène: hier l’Inquisition catholique, aujourd’hui l’Iran ou l’Afghanistan.

Cette semaine, on a eu en France un bel exemple de cette fausse religiosité. Tout commence par un communiqué de la Grande Mosquée de Paris, d’obédience algérienne. On y lit: «La commission religieuse (…) de la Grande Mosquée de Paris s’est réunie au soir de ce mardi 17 février 2026, bla bla bla, la consultation des données astronomiques et des observations de la lune a permis de déterminer le premier jour du mois béni de Ramadan 2026 au mercredi 18 Février.»

Que nenni, que nenni!, s’exclame alors le Conseil français du culte musulman (CFCM), plus proche de Rabat que d’Alger: le mois de Ramadan 2026 commencera jeudi 19 Février, sur la base de calculs non moins astronomiques.

«Sans vouloir jouer au cuistre indécrottable, on pourrait interjeter ici qu’on sait depuis Bachelard que la science et l’observation à l’œil nu, loin de se soutenir l’une l’autre, sont en fait des adversaires irréductibles; mais bon.»

—  Fouad Laroui

Déboule alors un comité Théodule nommé Oumma, féal d’on ne sait qui, probablement d’Alger, qui pousse les hauts cris: bande de gueux, la science et l’observation à l’œil nu prouvent que c’est bien le 18 Février. (Sans vouloir jouer au cuistre indécrottable, on pourrait interjeter ici qu’on sait depuis Bachelard que la science et l’observation à l’œil nu, loin de se soutenir l’une l’autre, sont en fait des adversaires irréductibles; mais bon.)

C’était sans compter sur Hilal France, qui abat ses deux jokers, l’illustre astronome Shawkat Odeh et l’astrophysicienne Fatoumata Kebe, qui affirment que, nom de Dieu, le ramadan débutera le 19 février, comme l’avait déterminé le CFCM.

Bref, mes aïeux, qu’est-ce que tout cela a à voir avec la foi, la vraie? Ils font de la politique, ces zozos, à se contredire les uns les autres. Une amie qui vit à Paris, contactée au téléphone et mise au courant de cet embrouillamini, haussa les épaules– du moins je le suppose puisque je ne la voyais pas– et me déclara:

- Qu’est-ce j’en ai à faire, de toutes ces querelles de clocher– ou plutôt de minaret? Je ne jeûne pas pour la Grande Mosquée ou le CFCM ou Théodule ou Hilal France, je jeûne pour moi, pour purifier mon corps et mon âme. Et je ne fais pas de politique.

- OK, d’accord, mais tout cela ne me dit pas quand le ramadan commencera pour toi: mercredi ou jeudi?

- Il a commencé lundi: je jeûne avec les lointaines Maldives. Leurs habitants sont aussi musulmans que les autres mais ils le sont comme le Prophète l’avait prescrit: discrètement.

Par Fouad Laroui
Le 18/02/2026 à 12h02