La capture spectaculaire, samedi 3 janvier, du chef d’État vénézuélien, en plein palais présidentiel à Caracas, par des unités d’élite de l’armée américaine, et son incarcération le même jour au centre pénitentiaire de Brooklyn à New York, a suscité un concert de réactions à travers les quatre coins du monde. Qu’il s’agisse de soutien à l’opération américaine ou de sa condamnation par certains pays, alors que d’autres ont exprimé un «ni, ni» diplomatique, tous les regards se sont tournés vers Alger.
Finalement, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, s’est fait remarquer, contrairement aux autres anciens partenaires de Maduro, par son mutisme le plus total.
Pourtant, Maduro était non seulement l’allié le plus fidèle de l’Algérie au sein du cartel pétrolier de l’OPEP, mais il est le chef d’État qui a le plus visité la capitale algérienne, dont il a fait son seul point de chute en Afrique et dans le monde arabe, ainsi qu’une passerelle pour ses tournées en Asie.
Durant ses quelque 12 années au pouvoir (2013-2026), Nicolas Maduro, qui a toujours veillé à être le premier chef d’État à téléphoner à Tebboune ou lui envoyer des messages de vœu et de félicitations chaque mois de juillet et de novembre, a foulé le sol algérien plus d’une douzaine de fois entre 2017 et 2024.
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Sa plus récente visite remonte au 13 août 2024, où il était en visite officielle de deux jours à Alger. Reçu en grande pompe par son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre de cette énième visite, dite d’amitié et de travail, d’importants accords économiques ont été signés entre les deux pays.
Les visites répétitives de Maduro à Alger ont été inaugurées en 2017, année au cours de laquelle il a effectué trois visites à Alger en l’espace de quatre mois.
Le 11 septembre 2017, il fait escale à Alger, alors qu’il venait d’assister, en tant que président à l’époque du mouvement des Non-Alignés, au sommet de la Conférence islamique (OCI) d’Astana, au Kazakhstan. Cette escale qui devait durer quelques petites heures a finalement été transformée en visite officielle de deux jours à la demande des autorités algériennes.
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Le 7 octobre suivant, Maduro fait escale à l’aéroport Houari Boumediene, avant d’y revenir au mois de décembre suivant. Il y fit une escale technique à l’aller et au retour. À chaque fois, il fut accueilli par le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahya, Abdelaziz Bouteflika étant alors en convalescence.
Sous la présidence de Tebboune, les visites de Maduro à Alger se sont multipliées. Le 24 décembre 2021, le président vénézuélien fait une nouvelle escale technique à Alger, au cours de laquelle le Premier ministre Aymène Abderrahmane lui remet un message de Tebboune l’invitant à effectuer une visite officielle en Algérie. Celle-ci aura lieu le 9 juillet 2022, et sera sanctionnée par la signature d’accords économiques entre les deux pays. Cette première visite officielle de deux jours, qualifiée de visite d’amitié et de travail, a été aussi marquée par l’annonce du côté algérien de l’imminente ouverture d’une ligne aérienne Alger-Caracas.
Le 15 juillet 2023, Maduro de retour d’une visite d’État en Chine fait encore escale à Alger
Le 13 août 2024, escale technique, transformée en visite officielle de 24 heures.
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Maduro avait donc fait d’Alger un passage incontournable lors de ses visites en Russie, Iran, Chine, ou en Asie de façon générale. Il faut dire que le président vénézuélien, qui n’était pas le bienvenu dans de nombreux pays, a profité ainsi de ses affinités avec le régime de Tebboune.
En effet, les régimes algérien et vénézuélien de Maduro, alias «Super Moustache», étaient jusqu’à ce samedi 3 janvier assimilés à des frères siamois, tant leurs ressemblances sont frappantes. Ils constituent à cet égard deux dictatures sanguinaires, monopolisant sans partage le pouvoir, où ils se maintiennent par la répression et les pratiques mafieuses de corruption, dilapidant à tour de bras les immenses richesses pétro-gazières de leurs pays. Ils se réclament aussi de deux révolutions, bolivarienne et algérienne, dont ils ne sont ni les acteurs ni les fidèles héritiers comme le prétend leur propagande.
La chute de Maduro, qui n’est pas la première du genre en Amérique du Sud et centrale, avec des précédents au Chili, au Nicaragua et au Panama surtout, semble terrifier le régime algérien, qui se sent aujourd’hui exposé à subir le même sort que ses alliés d’hier, en Syrie, en Iran, au Liban, au Venezuela.
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Le régime de Maduro était présenté comme une puissance militaire et terrifiait un pays voisin comme la Colombie. Pourtant, la déconfiture totale de sa défense à la fois aérienne et terrestre montre clairement que cette puissance militaire était non seulement surévaluée, mais est complètement inopérante. Les forces spéciales américaines ont pénétré au cœur de Caracas, capturé un président qui savait qu’il était en danger, sans perdre un seul homme. C’est là la principale leçon tétanisante pour cet autre régime militaire, l’Algérie, dont la force est excessivement surévaluée, et qui va révéler un désastre à la première épreuve– à l’instar de son allié intime.
Que le régime algérien garde le silence sur l’intervention militaire américaine au Venezuela en dit long sur sa peur panique. Pas de communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, pas un mot officiel, rien de la part de la «force de frappe» qui ne soutient même pas du bout des lèvres l’un de ses meilleurs alliés. À la perspective de la débandade de l’armée algérienne à la première épreuve de feu s’ajoute la honte d’un régime qui ne soutient même pas par une phrase son meilleur ami.







