Afin d’occuper la scène diplomatique après les échecs et les humiliations subis en 2025, l’Algérie, dont la boussole politique semble être définitivement tournée vers les années 1960, a donc décidé de réactiver un discours anticolonialiste appartenant au siècle dernier. Comme l’écrit ici même l’ambassadeur Driencourt: «Cette posture, qui pouvait se comprendre dans les années 1960 alors que subsistaient encore des colonies en Afrique (Angola, Mozambique, Rhodésie, Sahara espagnol, apartheid sud-africain), conserve-t-elle la même pertinence en 2025, à l’heure où les structures coloniales ont disparu du continent?»
Évidemment non. Cependant, derrière le discours aussi lénifiant qu’obsolète des autorités algériennes, se cache la volonté d’établir une sorte de pont entre les années 1960 et aujourd’hui. En réactivant, comme l’écrit encore l’ambassadeur Driencourt, «la thématique de la “dernière colonie d’Afrique“, à savoir le Sahara occidental», l’Algérie montre qu’elle n’a pas accepté sa défaite diplomatique au sujet de ce territoire historiquement marocain. Elle tente donc de biaiser afin de rallumer une mèche qui a pourtant été éteinte devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
«Les mouvements kabyles vont nécessairement demander à l’ONU d’initier un processus international permettant au peuple kabyle d’exercer librement son droit à l’autodétermination dans ses frontières historiques d’avant la colonisation française»
— Bernard Lugan
Ce faisant, l’Algérie se livre à un jeu dangereux car elle risque de se trouver dans l’inconfortable position de l’«arroseur arrosé». Je m’explique. Durant des décennies, l’Algérie a exigé que se tienne un référendum afin de savoir si le Sahara occidental avait vocation à retourner dans le giron de sa mère patrie marocaine, ou bien s’il pouvait revendiquer une indépendance relevant du surréalisme diplomatique. Mais, en même temps, cramponnée sur son riche héritage territorial colonial, Alger écartait toute idée de référendum pour les populations des provinces marocaines, tunisiennes et libyennes qui lui avaient été rattachées par le colonisateur honni… De même, Alger se gardait bien d’évoquer la volonté des Touaregs qui, dans les années 1960, refusant toute appartenance à la future Algérie, avaient demandé à la France un statut séparé. Quant au souhait des Kabyles, il s’inscrivait lui aussi dans une claire et argumentée revendication nationale. En effet, en 1830, quand la France chassa les Ottomans, en dehors de la ville d’Alger, ces derniers ne contrôlaient qu’une partie de la Mitidja et quelques enclaves territoriales. Or, ce fut la France qui rassembla des ensembles régionaux qui n’avaient jamais eu le moindre destin commun, dont les Kabylies et les Aurès, que la Régence ottomane n’avait jamais pu contrôler.
En réactivant un discours anticolonial appartenant à une époque révolue, l’Algérie a donc ouvert une «boite de Pandore» ce qui, dans l’avenir, va lui causer bien des problèmes. Elle va en effet apparaître comme étant le dernier État colonial en Afrique. Un État colonial refusant d’appliquer le droit à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, aux populations des territoires marocains, tunisiens et libyens qui lui furent offerts par le colonisateur français et qu’elle considère comme lui appartenant. L’Algérie qui ne consulta pas les populations marocaines, tunisiennes et libyennes vivant dans ces régions spoliées va donc se trouver dans une situation difficile.
Quant à la revendication kabyle présentée comme une question de décolonisation inachevée, elle va se poser avec de plus en plus de force dans les années futures. Le risque pour l’Algérie sera alors qu’elle finisse par apparaître comme relevant de la compétence de l’ONU, les Kabyles soutenant en effet que leur patrie fut rattachée à l’Algérie sans consultation de ses populations. Dans les années à venir, comme ils bénéficient internationalement d’un large courant de sympathie, les mouvements kabyles vont nécessairement demander à l’ONU d’initier un processus international permettant au peuple kabyle d’exercer librement son droit à l’autodétermination dans ses frontières historiques d’avant la colonisation française. S’ils y réussissaient, ce serait alors l’existence même de l’Algérie qui serait en jeu. Voilà quel serait le résultat de plusieurs décennies d’errances politico-diplomatiques algériennes…





