L’Algérie cessera-t-elle d’exporter des hydrocarbures en 2040?

Bernard Lugan.

ChroniqueL’Algérie se trouve donc dans une situation de grande vulnérabilité, avec à la fois une baisse de la production et une hausse de la demande interne, le tout dans le cadre d’un budget qui dépend quasi totalement de la vente des hydrocarbures, avec en plus, en arrière-plan, une population vivant de la perfusion par les subventions.

Le 03/02/2026 à 11h06

Les réserves algériennes d’hydrocarbures s’épuisent. Or, le déclin des gisements conventionnels se fait en parallèle avec l’augmentation de la consommation intérieure. L’Algérie est donc face à une situation très inconfortable car elle subit deux tendances lourdes:

- Baisse de la production avec un recul de 3,3 % pour l’ensemble des hydrocarbures en 2025, dont -17,5 % pour le gaz naturel.

- Consommation intérieure en hausse, réduisant mécaniquement les volumes exportables.

Or, ce déclin qui est structurel s’est amorcé en 2011. Depuis, la pente descendante est régulière, avec deux accélérateurs:

  • Le vieillissement des gisements, dont Hassi Messaoud qui décline malgré les techniques de récupération assistée.
  • La baisse de l’exploration, donc l’absence de découverte de nouveaux grands champs venant compenser le déclin naturel des gisements historiques.

Résultat, la production pétrolière moyenne des années 2000 qui était de +- 1,25 million de barils/jour, est tombée dans les années 2020 à +-0,95 mb/j.

Or, il ne faut jamais perdre de vue que les hydrocarbures représentent près de 95 % des exportations et environ 60 à 70 % du budget algérien. Le pays est donc extrêmement dépendant des fluctuations du marché mondial. Aussi, avec des prix du pétrole sous les 70 $ le baril en 2026, la situation économique rentière de l’Algérie va donc devenir intenable.

Face à cela, l’urgence est d’attirer de nouveaux investisseurs afin de relancer les prospections et moderniser le secteur, autrement, la production va continuer à s’étioler.

L’Algérie, qui a désormais le dos au mur, est donc acculée à construire une économie qui survivra au tout hydrocarbures. Certes, elle pourra encore exporter du pétrole et du gaz dans dix ans ou vingt ans, mais dans des conditions et surtout des volumes très différents d’aujourd’hui.

«Résultat: la quasi-impossibilité de procéder aux indispensables réformes structurelles pourtant vitales, à moins de provoquer un cataclysme politique qui pourrait emporter le «Système». Or, ce dernier n’a pas l’intention de se suicider.»

—  Bernard Lugan

Si elle veut continuer à exporter, donc à recevoir des devises, l’Algérie va donc devoir non seulement diversifier son économie, ce qu’elle aurait dû faire depuis des décennies, mais, de plus, développer l’offshore. Elle devra également se tourner vers le schiste pourtant énorme consommateur d’eau, ainsi que vers d’autres ressources non conventionnelles afin de tenter de compenser le déclin de la production. Elle va devoir s’en remettre au mix énergétique. C’est-à-dire développer les énergies renouvelables et investir dans l’hydrogène vert afin de libérer des volumes pour l’exportation, tout en continuant à couvrir la demande intérieure.

Une analyse lucide montre que l’avenir des hydrocarbures algériens, donc la stabilité du pays, est suspendu à trois hypothèses.

Hypothèse 1, poursuite de la tendance actuelle avec une production en baisse constante et progressive (+-2 à +-3 %/an), une consommation intérieure en hausse (+-3 à +-4 % par an) et une absence de nouvelles découvertes majeures.

Résultat:

- La baisse des volumes exportables deviendra une réalité dès les années 2030.

- La fin du pétrole exportable se fera dès les années 2035-2040.

- L’épuisement du gaz exportable se produira à l’horizon des années 2040-2045.

Hypothèse 2, relance des explorations, ouverture à de nouveaux partenariats, indispensable maîtrise de la consommation intérieure, découverte de nouveaux champs et stabilisation de la production actuelle.

Résultat:

  • Le maintien des exportations sera possible jusqu’en 2045–2050.

Hypothèse 3, aucune mesure structurelle, donc accélération du déclin avec une chute de la production atteignant entre -4 et -6 % par an et une consommation intérieure incontrôlée car impossible en raison de ses conséquences sociales.

Résultat:

- Fin des exportations pétrolières dès 2030-2035.

- Forte baisse des exportations de gaz dès 2035-2040.

L’Algérie se trouve donc dans une situation de grande vulnérabilité, avec à la fois une baisse de la production et une hausse de la demande interne, le tout dans le cadre d’un budget qui dépend quasi totalement de la vente des hydrocarbures, avec en plus, en arrière-plan, une population vivant de la perfusion par les subventions. D’où, la quasi-impossibilité de procéder aux indispensables réformes structurelles pourtant vitales, à moins de provoquer un cataclysme politique qui pourrait emporter le «Système». Or, ce dernier n’a pas l’intention de se suicider.

Par Bernard Lugan
Le 03/02/2026 à 11h06