Sur les vingt dernières années, le marché britannique de l’importation de tomates a connu un profond bouleversement de ses équilibres traditionnels. Une analyse du site spécialisé Hortoinfo, publiée le 28 janvier 2026, met en lumière une progression spectaculaire du Maroc, parallèlement à un recul marqué de l’Espagne, en particulier des régions historiquement exportatrices comme les Canaries et Almería.
Selon cette étude comparative portant sur la période 2005-2024, le Maroc a multiplié par 98 ses ventes de tomates au Royaume-Uni. À l’inverse, les exportations d’Almería ont reculé de 32,43%, tandis que celles des îles Canaries ont quasiment disparu, enregistrant une chute vertigineuse de 99,95%.
L’analyse de Hortoinfo repose sur des données issues de la base Comtrade de la division de statistique de l’Organisation des Nations unies pour les échanges internationaux, et du service statistique Estacom (ICEX-Agence fiscale espagnole) pour les flux en provenance d’Almería et des Canaries.
En 2005, l’Espagne occupait la première place parmi les fournisseurs de tomates du marché britannique. Cette année-là, les exportations espagnoles atteignaient 182.680 tonnes, un niveau qui lui permettait de dominer largement ses concurrents sur ce marché stratégique.
Cette position de leader s’est toutefois érodée progressivement. Après avoir perdu ce rang en 2007, brièvement retrouvé en 2008, l’Espagne a définitivement cédé sa place en 2009 au profit des Pays-Bas, avant d’être reléguée à la troisième position en 2021, derrière les Pays-Bas et le Maroc, avec seulement 66.200 tonnes exportées vers le Royaume-Uni.
L’évolution des exportations de tomates vers le Royaume-Uni par pays
| Pays | Tonnes 2005 | Tonnes 2024 | Part % | Diff. Tonnes % |
|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 172.102 | 147.377 | 37,23 | -14,37 |
| Maroc | 1.366 | 134.776 | 34,04 | +9766,5 |
| Espagne Total | 182.682 | 69.695 | 17,60 | -61,85 |
| Esp-Almería | 34.168 | 23.088 | 5,83 | -32,43 |
| Esp-Canarias | 73.142 | 39,5 | 0,01 | -99,95 |
| Autres | 64.141 | 44.049 | 11,13 | -31,32 |
| TOTAL | 420.291 | 395.897 | 100 | -5,80 |
La progression des exportations marocaines vers le Royaume-Uni est particulièrement spectaculaire sur l’ensemble de la période étudiée. En 2005, le Maroc n’exportait que 1.400 tonnes de tomates vers le marché britannique, un volume marginal comparé à ceux de ses concurrents européens.
Seize ans plus tard, en 2021, les exportations marocaines atteignaient déjà 110.800 tonnes, permettant au Royaume de dépasser l’Espagne et de s’imposer comme le deuxième fournisseur du marché britannique.
Cette dynamique s’est poursuivie jusqu’en 2022, année durant laquelle le Maroc a franchi un nouveau seuil en exportant 144.300 tonnes de tomate vers le Royaume-Uni, dépassant alors les volumes des Pays-Bas, qui s’élevaient à 124.200 tonnes.
Cette avance n’a cependant pas été durable. En 2023, les exportations marocaines ont reculé, tandis que celles des Pays-Bas se redressaient, permettant à ce pays de reprendre la première place. En 2024, les exportations néerlandaises ont atteint 147.400 tonnes, contre 134.800 tonnes pour le Maroc.
Selon l’analyse d’Hortoinfo, le cas des îles Canaries illustre de manière particulièrement marquante le déclin de certains exportateurs historiques. En 2005, les exportations canariennes de tomates vers le Royaume-Uni s’élevaient encore à 73.140 tonnes, faisant de l’archipel l’un des principaux fournisseurs du marché britannique.
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Vingt ans plus tard, cette présence a quasiment disparu. En 2024, les exportations de tomates des Canaries vers le Royaume-Uni se sont limitées à 39,48 tonnes, ramenant ces flux à un niveau purement marginal.
La situation est moins radicale pour Almería, autre bassin majeur de production de tomates en Espagne, mais la tendance demeure clairement orientée à la baisse. En 2005, les exportations de cette région vers le Royaume-Uni atteignaient 34.170 tonnes. En 2024, ces volumes ne représentaient plus que 23.090 tonnes.
Jusqu’en 2017, Almería exportait encore davantage de tomates vers le Royaume-Uni que le Maroc. Cette année-là marque toutefois un tournant décisif, le Maroc ayant alors accéléré ses exportations pour dépasser celles d’Almería.
Depuis ce basculement, l’écart entre les deux fournisseurs n’a cessé de se creuser, confirmant la reconfiguration durable du marché britannique de la tomate au profit du Maroc, devenu en l’espace de deux décennies un acteur central de l’approvisionnement du Royaume-Uni.






