Sidérurgie: le Maroc classé en surcapacité face à un écart mondial de 179,6 Mt

Des tôles d'acier laminées à froid. (Photo d'illustration)

L’écart mondial entre capacité et demande d’acier a atteint 179,6 millions de tonnes au troisième trimestre 2025, selon le Global Forum on Steel Excess Capacity (GFSEC). Le Maroc figure parmi les économies où la capacité installée excède la demande intérieure, dans un contexte de recul des prix internationaux et de progression des importations en Afrique.

Le 23/02/2026 à 13h42

Le rapport Steel Excess Capacity Monitoring Bulletin publié en février 2026 par le Global Forum on Steel Excess Capacity identifie le Maroc comme un pays producteur dont la capacité sidérurgique dépasse l’absorption du marché domestique. Cette classification intervient alors que la demande mondiale ralentit, que les flux d’exportation progressent et que les tensions concurrentielles s’intensifient, notamment sur les marchés africains.

Le GFSEC établit que l’écart entre capacité installée et consommation apparente d’acier a culminé à 179,6 millions de tonnes au troisième trimestre 2025, en hausse annuelle de 1,4%. Cette évolution résulte principalement d’un tassement de la demande mondiale, tandis que les capacités sont restées globalement stables et que la production d’acier brut a légèrement reculé. La part des exportations mondiales dans la production totale a atteint 27,8% au troisième trimestre 2025, illustrant une dépendance accrue aux débouchés extérieurs.

Cependant, le rapport souligne que la persistance des projets d’extension laisse présager un maintien des excédents jusqu’en 2028.

Les prix internationaux traduisent cette situation: en 2025, les prix à l’exportation des produits plats ont reculé de 6,7% en moyenne. L’écart reste important entre les pays membres du GFSEC et les économies en surcapacité: les prix d’exportation au sein du forum demeurent en moyenne 1,7 fois plus élevés que ceux pratiqués en Chine.

Au Maroc, la production sidérurgique repose principalement sur des unités de transformation d’acier long destinées au secteur du bâtiment et des travaux publics. Selon le Ministère de l’Industrie et du commerce, la capacité nationale installée pour les produits longs dépasse 3 millions de tonnes par an.

D’après les données de l’Office des Changes, les importations de demi-produits sidérurgiques et de produits finis en acier ont représenté près de 16 milliards de dirhams en 2024, en hausse par rapport à l’exercice précédent, traduisant la dépendance persistante à l’égard des intrants importés. Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) indique, dans ses comptes nationaux, que la branche métallurgie et fabrication de produits métalliques contribue à hauteur d’environ 3% à la valeur ajoutée industrielle. En volume, la production industrielle du segment «métallurgie» a évolué de manière contrastée en 2024 et 2025, au gré du cycle du bâtiment.

Or, la demande intérieure d’acier demeure étroitement corrélée à l’investissement en construction et aux grands chantiers d’infrastructures. Les données nationales montrent que la formation brute de capital fixe en construction a connu une progression modérée en 2024, après deux années de ralentissement, sans toutefois retrouver les niveaux observés avant 2020.

Dans ce contexte, la capacité installée excédentaire s’explique moins par une expansion récente que par la faiblesse relative de la demande domestique, confirmant l’analyse quantitative du GFSEC.

Un marché africain sous pression des importations

Le bulletin du GFSEC relève que l’Afrique figure parmi les régions où la pénétration des importations en provenance de pays à surcapacité a fortement progressé. Au troisième trimestre 2025, ces importations ont représenté 20,5% de la demande régionale.

Pour le Maroc, cette dynamique s’observe dans la structure du commerce extérieur. Les statistiques de l’Office des Changes montrent que la Chine demeure l’un des principaux fournisseurs de produits sidérurgiques au Royaume, aux côtés de la Turquie et de certains pays européens. La pression concurrentielle s’exerce notamment sur les produits plats et sur certains demi-produits utilisés dans la transformation.

La baisse des prix internationaux, conjuguée à l’écart structurel de compétitivité-prix entre producteurs asiatiques et industriels locaux, accentue la tension sur les marges. L’environnement demeure d’autant plus sensible que la demande interne reste dépendante du cycle immobilier et des dépenses d’infrastructure.

Ainsi, le Maroc apparaît parmi les pays ayant engagé des procédures de défense commerciale. Selon le tableau du GFSEC, des enquêtes antidumping ont été ouvertes en octobre 2024 visant certaines importations de produits sidérurgiques, notamment en provenance de Chine.

À l’échelle mondiale, dix-sept nouvelles mesures ont été initiées au troisième trimestre 2025, portant à soixante-quatre le nombre total d’initiations sur les neuf premiers mois de l’année, majoritairement des procédures antidumping. Toutefois, le GFSEC souligne que les volumes concernés demeurent limités au regard du commerce mondial total.

Au plan national, ces instruments s’inscrivent dans le cadre de la loi relative aux mesures de défense commerciale, mise en œuvre par le ministère de l’Industrie et du Commerce. Ils visent à préserver les conditions d’une concurrence loyale, sans remettre en cause l’ouverture commerciale du Royaume.

La classification du Maroc comme pays à capacité sidérurgique excédentaire soulève une question structurante: l’industrie nationale peut-elle absorber ses capacités par la seule demande intérieure ou doit-elle renforcer son positionnement à l’export et son intégration dans des chaînes de valeur régionales?

Par Mouhamet Ndiongue
Le 23/02/2026 à 13h42