Rapport de la Cour des comptes sur l'OCP: ce qu'il en est réellement

Le siège du groupe OCP à Casablanca.
Le siège du groupe OCP à Casablanca. . DR

Un rapport de la Cour des comptes pointe du doigt un certain nombre d’insuffisances dans la gestion de l’activité minière du groupe OCP. Mais qu'en est-il sur le terrain? Explications.

Le 19/03/2019 à 10h04

La Cour des comptes vient de publier une synthèse de son rapport suite à une mission de contrôle de la gestion de l’activité minière du groupe OCP. Cette mission concerne notamment le site minier de Khouribga (comportant les mines de Merah, Sidi Chennane, Sidi Daoui et Beni Amir) et celui de Gantour (comportant les mines de Ben Guérir, Bouchane et Mzinda).

La Cour des comptes s’est particulièrement intéressée aux aspects relatifs à la planification et la programmation des activités minières ainsi qu’au traitement du phosphate par le lavage et la flottation. Elle a également examiné l’utilisation et la maintenance du matériel d’exploitation, en plus des aspects environnementaux liés à l’activité minière.

La Cour recommande ainsi de développer le système de programmation de la production en le complétant par la mise en place de procédures standardisées et formalisées. Renseignement pris, l'OCP a d'ores et déjà initié un programme de transformation digitale en 2017. Ceci, avec un outil dédié, «Mine planning», qui permet une planification multi-horizons des activités minières sur une plateforme unique pour l’ensemble des sites.

Cet outil est déjà opérationnel dans deux sites et devrait couvrir l’ensemble des mines d’ici à fin 2019. A titre d’exemple, les réserves de la mine de Benguerir sont modélisées sur une période de 30 ans au niveau de cette même plateforme.

Le rapport de la Cour des comptes fait également le constat d’insuffisances en matière de gestion du matériel d’exploitation, essentiellement liées au manque de précision et de documentation des données utilisées dans le cadre des études relatives à la détermination du nombre de machines nécessaires pour l’exploitation des mines.

Le groupe OCP, peut-on lire dans cette synthèse, s’était engagé à dépasser ces difficultés à travers le déploiement d’un système informatique, visant l’exploitation optimale des différentes machines. C’est aujourd’hui chose faite. Un système de gestion de la flotte (fleet management) a été mis en place, permettant une optimisation de la flotte d’engins en temps réel, à l’aide notamment des tours de contrôle centralisées au niveau de chaque site, supervisant 320 engins mobiles connectés (camions, bulldozers, draglines, etc.). Ce nouveau système assure une gestion intégrée de la supply chain, de la mine au port, permettant un pilotage de bout en bout de la performance et de la qualité.

Autre point soulevé dans le rapport de la Cour des comptes, les retards des chantiers inscrits dans le cadre du projet de professionnalisation de la maintenance, en particulier celui de la Gestion de la maintenance assistée par ordinateur (GMAO). Aujourd'hui, l'OCP a développé des algorithmes de prédiction des pannes utilisant l’intelligence artificielle. Le chantier de digitalisation de la maintenance sera finalisé courant 2019.

Concernant l’impact environnemental de l’activité minière, la Cour des comptes avait émis deux recommandations. La première appelant à fournir plus d’efforts dans le traitement des grandes surfaces exploitées et non réhabilitées, de sorte à pouvoir résorber dans un horizon raisonnable le cumul des terrains non encore traités. Sur ce sujet, le plan de réhabilitation et de plantation de 1.000 hectares/an (oliviers, arganiers, caroubiers, etc.) a déjà été lancé. Ce rythme correspond à deux fois la consommation annuelle de terrains. L'OCP est d'ailleurs engagé dans un vaste projet en la matière. Objectif: réhabiliter et planter l’ensemble des terrains exploités depuis un siècle.

La Cour avait également recommandé de rechercher des solutions permettant de maîtriser l’extension des bassins de stockage des boues de lavage (digues d’épandage). Là encore, le groupe a programmé des essais industriels de filtration des boues de lavage tout au long de l’année 2019. L’objectif est d’éliminer définitivement les digues d’épandage à partir de cette année, ce qui devrait se traduire par une réduction de la consommation d’eau à la mine de près de 20%.

Par Wadie El Mouden
Le 19/03/2019 à 10h04