L’année 2025 s’impose comme un tournant majeur pour la filière de l’avocat au Maroc, marquant la fin d’un cycle d’expansion rapide et l’amorce d’une ère où la performance devra davantage reposer sur la qualité et la résilience que sur le volume. «La campagne commerciale 2024-2025, achevée en août, a enregistré des chiffres sans précédent», relève le quotidien L’Économiste dans son édition du mercredi 7 janvier. Près de 112 000 tonnes d’avocats ont été exportées, contre un peu plus de 60 000 tonnes la saison précédente, générant pour la première fois des recettes dépassant les 300 millions de dollars. Cette progression place l’avocat parmi les principales filières horticoles exportatrices du pays et prolonge une dynamique amorcée depuis plusieurs années, portée par l’extension rapide des surfaces plantées, la maturation de vergers arrivés à pleine production et la standardisation des pratiques agricoles.
La variété Hass, désormais dominante, concentre l’essentiel des exportations et assure l’ancrage du Maroc sur les marchés européens. L’Espagne, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni absorbent la majorité des volumes, avec des performances particulièrement marquées en Allemagne, où les expéditions ont doublé, dépassant les 19 000 tonnes. «Même des marchés plus restreints, comme la Suisse, ont connu des niveaux historiques, consolidant la réputation du Maroc comme fournisseur majeur», écrit L’Économiste. Parallèlement, une diversification géographique modérée s’opère vers l’Amérique du Nord, notamment le Canada, visant à réduire la dépendance européenne, même si ces volumes restent modestes.
Mais 2025 a également révélé des tensions structurelles. Des épisodes de chaleur intense et un stress hydrique marqué dans plusieurs bassins de production, notamment le Gharb et le Loukkos, ont affecté la floraison, accru la chute physiologique des fruits et fragilisé certains vergers, en particulier les jeunes plantations ou celles équipées d’infrastructures d’irrigation insuffisantes. Cette réalité environnementale souligne les limites d’un modèle de croissance fondé sur l’extension rapide des surfaces et met en lumière l’importance de stratégies axées sur la résilience, la maîtrise de l’eau et la qualité des calibres pour sécuriser les marchés. «Les projections pour la prochaine campagne anticipent d’ailleurs une contraction des volumes, confirmant que la filière entre dans une phase plus sélective et qualitative», note. L’Économiste.
Si l’avocat marque ainsi un moment de bascule, la myrtille confirme sa trajectoire de consolidation. La production 2025 est estimée entre 75 000 et 80 000 tonnes, en hausse constante grâce à de nouvelles plantations et à des rendements améliorés, notamment dans les bassins du Loukkos et du Souss. Sa récolte précoce, démarrant dès décembre pour certaines zones et se prolongeant jusqu’au printemps, permet au Maroc de bénéficier d’une fenêtre stratégique sur le marché européen, en amont ou en relais d’autres origines. Les flux restent largement orientés vers l’Union européenne, soutenus par une logistique efficace et une standardisation des calibres et des conditionnements. La valeur progresse plus lentement que les volumes, reflet d’une pression sur les prix et d’une nécessité croissante de montée en gamme, tandis que la filière absorbe mieux les contraintes liées à l’eau, aux coûts énergétiques et aux exigences sanitaires.
En 2025, le Maroc confirme ainsi son statut de puissance exportatrice fruitière, mais dans un contexte où l’avenir dépendra moins de la quantité produite que de la capacité des vergers à résister aux aléas climatiques, à maintenir des standards élevés et à sécuriser les marchés internationaux. L’année s’inscrit comme un point charnière: elle clôt un cycle de croissance quantitative et inaugure une période où la performance commerciale et environnementale devra se conjuguer pour pérenniser le succès des filières à haute valeur ajoutée comme l’avocat et la myrtille.







