La percée touristique du Maroc met sous pression les destinations méditerranéennes

La place Jemaa El-Fna au coucher de soleil, à Marrakech.

Selon le quotidien économique espagnol El Economista, le Maroc est en passe de devenir l’un des nouveaux poids lourds du tourisme méditerranéen. En l’espace de vingt ans, le Royaume a triplé le nombre de ses visiteurs et ambitionne d’en accueillir 26 millions à l’horizon 2030, une dynamique qui commence à bousculer l’équilibre régional et à inquiéter les grandes destinations européennes, au premier rang desquelles l’Espagne.

Le 26/01/2026 à 14h16

En l’espace de deux décennies, le Maroc a profondément transformé son paysage touristique, au point d’apparaître aujourd’hui comme un concurrent crédible des grandes destinations méditerranéennes, à commencer par l’Espagne. Selon une analyse du quotidien économique espagnol El Economista, la capacité du Royaume à tripler le nombre de ses visiteurs en seulement vingt ans constitue désormais une «menace réelle» pour les positions établies du tourisme européen.

Les ambitions affichées par le Marc sont claires: accueillir 26 millions de touristes à l’horizon 2030 et intégrer le cercle fermé des quinze destinations les plus compétitives au monde. Une trajectoire qui s’appuie sur des résultats déjà tangibles. En 2025, le Maroc a frôlé les 20 millions de visiteurs, précisément 19,8 millions, soit une progression de 14% par rapport à 2024, confirmant une dynamique de croissance soutenue.

Cette montée en puissance s’est également traduite par une forte hausse des recettes touristiques. À fin novembre 2025, les revenus du secteur ont dépassé 11,55 milliards d’euros, en augmentation de près de 20% sur un an, selon les données du ministère du Tourisme. Le tourisme s’impose ainsi comme un pilier de l’économie nationale, représentant environ 7% du PIB.

Cette performance n’est pas le fruit du hasard. Dès le début des années 2000, le Maroc a fait du tourisme un axe stratégique de développement, rappelle le quotidien. Le lancement du Plan Azur visait alors un objectif jugé ambitieux à l’époque: atteindre 10 millions de visiteurs. En 2000, le pays ne comptait que 4,3 millions de touristes, avant de dépasser les 6,5 millions en 2006 et d’atteindre le seuil des 10 millions en 2013.

Sur une période de treize ans, le règne de Mohammed VI a permis au Royaume de doubler son tourisme, une performance que l’Espagne n’a réalisée qu’en vingt-cinq ans. Si cette dernière demeure le pays le plus visité au monde, avec 97 millions de touristes en 2025, contre 48,5 millions en 2001, la progression marocaine suscite désormais une attention particulière chez ses voisins européens.

Une stratégie d’investissement de long terme

L’un des facteurs clés de cette attractivité réside dans l’évolution des prix. L’inflation en Europe, qui a culminé à près de 11% en octobre 2022, a favorisé un déplacement des flux touristiques vers des destinations plus abordables. Face à l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, le Maroc s’impose comme une alternative compétitive, offrant un climat similaire, une riche proposition culturelle et gastronomique, mais à des coûts nettement inférieurs.

Dans ce contexte, le Royaume s’est affirmé comme le leader du tourisme en Afrique du Nord. Cette attractivité prix s’accompagne d’un effort constant en matière d’investissements publics et privés, notamment dans les infrastructures et les services touristiques.

Après le Plan Azur, le Maroc a enchaîné avec la Vision 2010, avant de lancer, à partir de 2023, une nouvelle feuille de route sectorielle. Celle-ci prévoit notamment l’extension des projets touristiques à neuf provinces supplémentaires, portant leur nombre total à 60, incluant les grands pôles de Marrakech, Tanger et Casablanca.

Cette stratégie vise à démocratiser l’investissement touristique à l’échelle nationale, en ne se limitant plus aux destinations déjà établies. L’objectif est également de stimuler des zones émergentes et rurales, afin de mieux répartir les retombées économiques du tourisme sur l’ensemble du territoire.

La ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, insiste sur la dimension qualitative de cette croissance. «Nous ne cherchons pas les chiffres pour les chiffres, mais un développement générateur de devises, d’activité économique et d’emplois pour les Marocains», souligne-t-elle, citée par le quotidien, précisant que cette trajectoire sera consolidée à partir de 2026.

Le développement du tourisme marocain s’appuie également sur une profonde transformation du transport aérien. La stratégie «Aéroports 2030», soutenue par l’Association internationale du transport aérien (IATA), prévoit une modernisation massive des infrastructures aéroportuaires afin d’augmenter la capacité du pays à 95 millions de passagers à l’horizon 2035.

Pour y parvenir, l’État a engagé un programme d’investissement de près de 3,5 milliards d’euros, dont environ 2,3 milliards consacrés aux principaux aéroports du pays, notamment Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. Le projet phare reste la construction d’un nouveau terminal international et d’une piste supplémentaire à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, qui permettra d’augmenter sa capacité de 20 millions de passagers.

Parallèlement, Royal Air Maroc renforce depuis plusieurs années son réseau de liaisons directes avec l’Europe, reliant notamment Tétouan à Madrid, Barcelone, Paris, Londres et Bruxelles. Les compagnies low-cost, à l’image de Ryanair, intensifient également leur présence, la compagnie irlandaise prévoyant l’ouverture d’une cinquième base au Maroc, à Rabat, avec vingt lignes dont sept nouvelles à partir d’avril prochain.

Cette amélioration de la connectivité bénéficie aussi aux flux asiatiques. Depuis un peu plus d’un an, Casablanca est reliée directement à Pékin par un vol de treize heures, ouvrant la voie à une diversification des marchés émetteurs et à un essor du tourisme asiatique au Maroc, avec un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’Afrique du Nord.

Enfin, la Coupe du monde de football 2030, organisée conjointement par l’Espagne, le Portugal et le Maroc, apparaît comme un catalyseur majeur. Selon la FIFA, l’événement pourrait attirer plus de 1,5 million de touristes. Pour le Royaume, c’est une opportunité stratégique d’accélérer le développement de son offre hôtelière et de consolider durablement sa place sur la carte du tourisme mondial.

Par Lahcen Oudoud
Le 26/01/2026 à 14h16