Entente ou pas? Le conseil de la concurrence s'exprime sur la hausse des prix des huiles de table

Une unité de production d'huiles de table.
Une unité de production d'huiles de table. . DR

Hausse des cours des matières premières, baisse de la production nationale, etc. Le Conseil de la concurrence vient de livrer son avis sur la hausse vertigineuse des prix des huiles de table dans le pays. Retour sur les principaux points à retenir.

Le 30/12/2021 à 16h45

Saisi par le président de la Chambre des représentants, le 2 avril 2021 pour émettre son avis concernant le respect des règles d’une concurrence libre et loyale par les producteurs et importateurs des huiles de table, le Conseil de la concurrence a rendu ce mercredi 20 décembre son rapport.

L’analyse menée par le Conseil de la concurrence a ainsi permis de conclure que les augmentations des prix de vente des huiles de table enregistrées sur le marché national s’expliquent par la conjonction de facteurs objectifs liés à la structure du marché lui-même et aux évolutions du marché extérieur duquel il est dépendant.

«Les augmentations des prix de vente des huiles de table constatées sur le marché national sont dues d’une part, aux insuffisances structurelles de la filière oléagineuse locale et, d’autre part, aux éléments conjoncturels liés aux fluctuations des cours mondiaux des huiles brutes, de l’énergie et du transport», explique le Conseil dans son avis.

Le Conseil relève dans ce sens des facteurs explicatifs liés au marché extérieur, notamment l’augmentation des cours mondiaux des huiles brutes depuis le début de l’allègement des mesures de confinement liées à la pandémie de la Covid-19.

Cette tendance haussière des cours mondiaux des huiles brutes est accentuée par la récente forte augmentation des tarifs de l’énergie, du fret maritime et du transport de marchandises au niveau mondial, en raison du redémarrage rapide et simultané de l’économie mondiale, caractérisé par une hausse importante de la demande, une pénurie des conteneurs et une congestion des ports.

Faible production nationaleD'autres facteurs explicatifs relèvent du marché national lui-même, à commencer par un amont agricole de la filière oléagineuse presque inexistant. «Le Maroc connaît un déficit structurel en termes de matière première utilisée pour la fabrication des huiles de table. Près de 98,7%% des besoins domestiques du pays sont importés, essentiellement sous forme d’huiles brutes et seuls 1,3% sont couverts par les graines produites localement», fait savoir le Conseil notant que cette dépendance a un coût qui pèse sur la balance commerciale du pays avec une facture de près de 4 milliards de dirhams par an, rien que pour les importations des huiles brutes. Elle s’élève à 9 MMDH si l’on rajoute les importations des tourteaux.

Tenant compte du potentiel des terres agricoles dont dispose le Maroc, évalué à 600.000 ha, un contrat programme a été conclu entre l’Etat et la fédération interprofessionnelle des oléagineux afin de relancer la filière. Cependant, malgré les réalisations enregistrées, le contrat programme n’a pas atteint les objectifs fixés puisque les résultats restent très au-dessous des objectifs inscrits initialement.

«La faible production locale en graines oléagineuses, combinée au démantèlement tarifaire relatif à la réduction des droits de douane sur les importations à la fois des huiles brutes et des tourteaux suite à l’entrée en vigueur des accords du libre-échange avec les Etats-Unis et l’Union européenne, ont considérablement réduit la compétitivité de l’activité de trituration locale», explique l’institution présidée par Ahmed Rahhou.

Afin de contribuer à l’amélioration du fonctionnement concurrentiel du marché national des huiles de table, le Conseil recommande ainsi de: soutenir l’amont de la filière relatif à la production locale de graines oléagineuses, encourager la consommation d'huile d’olive afin de réduire partiellement la dépendance aux huiles de graines oléagineuses, encourager les opérateurs à mettre en place des mécanismes de couverture du risque, moderniser les circuits de distribution traditionnels ou encore renforcer la concurrence entre les opérateurs au niveau des points de vente.

A ce sujet, le Conseil de la concurrence propose aux fabricants de mettre en place des prix de vente conseillés sur les emballages de conditionnement. Une telle démarche aura un double avantage: d’abord, elle permettra une distinction des marques et une concurrence entre fabricants par les prix et ensuite, elle sera en faveur du consommateur puisqu’elle va lui faire bénéficier des différentes baisses décidées par les fabricants.

Finalement, et pour ce qui est des perspectives d’évolution de ce marché, le Conseil de la concurrence explique que «compte tenu du contexte pandémique actuel relatif à la Covid-19, la situation sur le marché reste extrêmement volatile et il serait très difficile de spéculer sur les perspectives et la durabilité de la tendance haussière actuelle: cycle transitoire (court terme) ou supercycle (long terme)».

Par Safae Hadri
Le 30/12/2021 à 16h45