À l’heure où les tensions géopolitiques redessinent les équilibres mondiaux et où les économies s’ajustent à une conjoncture incertaine, les perspectives de croissance du Maroc se situent à la croisée de l’optimisme et de la prudence. Les principales institutions nationales et internationales livrent des projections globalement convergentes, mais traversées par des nuances qui traduisent des lectures différentes des dynamiques économiques et des risques à venir, indique le magazine Finances News Hebdo.
Les estimations officielles inscrites dans la Loi de Finances tablent sur une progression du produit intérieur brut de l’ordre de 4,6% pour l’exercice en cours. De son côté, le Haut-Commissariat au Plan avance une prévision légèrement plus ambitieuse, autour de 5%, formulée en début d’année dans un contexte encore marqué par une relative stabilité internationale. Depuis, l’évolution de la situation géopolitique, notamment au Moyen-Orient, est venue complexifier les perspectives et inciter les institutions à réajuster leurs analyses.
Les projections les plus récentes témoignent de cette relecture. Bank Al-Maghrib anticipe une croissance de 5,6% à l’horizon 2026, affichant ainsi une certaine confiance dans la dynamique interne de l’économie. À l’inverse, le Fonds monétaire international adopte une posture plus mesurée, avec une estimation de 4,4%, soit un écart significatif de 1,2 point. Cette différence ne traduit pas un désaccord fondamental sur les tendances de fond, mais plutôt des approches distinctes dans l’évaluation des variables économiques, a-t-on pu lire dans Finances News Hebdo.
Les fondamentaux du Royaume, notamment les réformes structurelles engagées et les perspectives d’une campagne agricole plus favorable, constituent des éléments de soutien reconnus par l’ensemble des institutions. Toutefois, l’impact potentiel de la hausse des prix de l’énergie et les incertitudes liées à la conjoncture internationale introduisent des marges d’appréciation différentes. Comme le souligne l’universitaire Adil Cherkaoui, ces divergences s’expliquent en grande partie par des choix méthodologiques et des hypothèses propres à chaque organisme.
Les modèles d’analyse ne reposent pas sur les mêmes anticipations en matière de commerce mondial, de demande intérieure ou encore d’évolution des prix des matières premières. Une vision plus pessimiste de l’environnement international, comme celle que pourrait privilégier le FMI, conduit logiquement à des projections de croissance plus prudentes. À l’inverse, Bank Al-Maghrib bénéficie d’un accès privilégié à des données locales actualisées, notamment sur l’investissement et la consommation, ce qui peut nourrir une lecture plus confiante de la trajectoire économique.
Au-delà de la croissance, d’autres indicateurs illustrent ces écarts d’interprétation. L’inflation, en particulier, fait l’objet d’évaluations contrastées. Le FMI prévoit une hausse des prix autour de 1,6% sur les deux prochaines années, tandis que le HCP situait cette progression à 1,8% pour l’année en cours. Bank Al-Maghrib, pour sa part, adopte une approche plus modérée, anticipant une inflation moyenne de 0,8% en 2026 avant un léger redressement à 1,4% l’année suivante, écrit Finances News Hebdo.
Ces différences reflètent des appréciations distinctes de l’évolution des prix alimentaires et énergétiques, ainsi que de l’impact des politiques monétaires. Une anticipation plus élevée de l’inflation peut traduire une vigilance accrue face aux chocs externes, notamment la volatilité persistante des marchés énergétiques. Les divergences apparaissent également en matière d’investissements directs étrangers, un indicateur clé de l’attractivité économique du pays. Bank Al-Maghrib mise sur une relative stabilité des flux, estimés à environ 3,5% du PIB à moyen terme. Le FMI, en revanche, adopte une vision plus prudente, avec des projections nettement inférieures, oscillant entre 1,2% et 1,4% du PIB.
Là encore, les hypothèses sous-jacentes diffèrent. L’exposition aux tensions régionales, en particulier au Moyen-Orient, peut influencer les décisions des investisseurs internationaux et freiner les flux de capitaux. Tandis que certains scénarios intègrent une possible résilience du Maroc et un redéploiement des investissements vers le marché local, d’autres privilégient une lecture plus réservée, tenant compte des incertitudes persistantes. Dans ce contexte, les écarts entre les prévisions ne doivent pas être interprétés comme des contradictions, mais comme le reflet d’une réalité économique complexe, soumise à de multiples variables. Ils illustrent surtout la difficulté d’anticiper avec précision l’évolution d’une économie ouverte, insérée dans un environnement international en mutation rapide.




