Céréales, maraîchage, élevage: les indicateurs de la campagne agricole en nette amélioration, selon Ahmed Bouari

Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, Ahmed Bouari. (Y.Mannan/Le360)

Les récentes précipitations enregistrées depuis la mi-novembre ont marqué un tournant décisif pour la campagne agricole en cours. Devant la Chambre des représentants, le ministre de l’Agriculture, Ahmed Bouari, a dressé un état des lieux détaillé du secteur, mettant en avant l’amélioration significative des indicateurs de production, des ressources hydriques et des dispositifs de soutien aux agriculteurs et éleveurs.

Le 02/02/2026 à 20h52

Intervenant lundi 2 février lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et forêts, Ahmed Bouari, a affirmé que les pluies et chutes de neige enregistrées dans le Royaume depuis la mi-novembre ont constitué une évolution positive majeure pour le déroulement de la saison agricole.

Selon le ministre, ces conditions climatiques ont eu un impact direct et bénéfique sur l’ensemble des cultures, notamment les céréales, les cultures maraîchères et les arbres fruitiers, tout en contribuant à une amélioration notable de l’état des parcours. Cette dynamique renforce ainsi les perspectives d’augmentation de la production et de régularité de l’approvisionnement des marchés nationaux.

À la date du 2 février, le cumul pluviométrique moyen s’est établi à environ 360 mm, enregistrant une hausse de 54% par rapport à la moyenne des trente dernières années, et de 215% comparativement à la même période de la précédente campagne agricole.

Cette évolution favorable s’est également reflétée sur les ressources hydriques. Les barrages à vocation agricole affichent une retenue de 8,22 milliards de mètres cubes, correspondant à un taux de remplissage avoisinant 58%, contre 25% seulement l’année précédente. La retenue globale de l’ensemble des barrages, y compris ceux destinés à l’eau potable, atteint quant à elle 10,26 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage de 61%, contre moins de 28% une année auparavant.

Sur le plan des emblavements, la superficie totale labourée a atteint 4,5 millions d’hectares, dont près de 10% en zones irriguées, avec un taux de mécanisation élevé de 95%.

Céréales, cultures maraîchères, arboriculture…

Le ministre a précisé que les superficies consacrées aux grandes cultures d’automne ont dépassé les 4 millions d’hectares, enregistrant une progression de 40% par rapport à la campagne précédente. Ces superficies se répartissent entre 3,7 millions d’hectares de céréales, 430.000 hectares de cultures fourragères et 113.000 hectares de légumineuses alimentaires.

Les cultures sucrières couvrent pour leur part 44.500 hectares, affichant une croissance de 24% comparativement à la saison précédente. Par ailleurs, le semis direct a concerné 215.000 hectares, en hausse de 27%, soutenu par l’acquisition de 150 nouveaux semoirs, portant le parc disponible au niveau des coopératives agricoles à près de 500 unités.

Concernant les cultures maraîchères, environ 100.000 hectares de cultures d’automne ont été réalisés, avec une production globale attendue de 2,1 millions de tonnes, soit une augmentation d’environ 300.000 tonnes par rapport à la saison passée.

Les cultures maraîchères d’hiver devraient, quant à elles, couvrir une superficie de 68.000 hectares, garantissant l’approvisionnement régulier des marchés nationaux entre février et juin, notamment durant le mois de Ramadan.

Du côté de l’arboriculture, les indicateurs sont également orientés à la hausse. La production d’agrumes est estimée à 1,9 million de tonnes, en progression de 24%, tandis que celle de l’olive avoisine les 2 millions de tonnes, affichant une hausse spectaculaire de 106%. La production de dattes est évaluée à 160.000 tonnes, en augmentation de 55% par rapport à la précédente campagne.

Dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel national, Ahmed Bouari a indiqué que le nombre de bénéficiaires du soutien a atteint 1,13 million à ce jour, pour une enveloppe financière globale de 5,306 milliards de dirhams. La distribution des aides se poursuivra jusqu’à la fin du mois de février, avant le lancement du deuxième volet du programme prévu pour avril prochain.

Le ministre a souligné que la gestion de la saison agricole repose sur un suivi de terrain permanent et un dialogue continu avec les agriculteurs et les professionnels, fondés sur une approche de vigilance, d’anticipation et d’adaptation face aux aléas climatiques et économiques.

Abordant la question de la hausse des prix des engrais, le ministre a rappelé que ces intrants bénéficient d’exonérations des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée, contribuant à l’allègement de leur coût sur le marché national. L’augmentation actuelle des prix est principalement liée à la hausse du coût de certains composants et à la volatilité des marchés internationaux, en particulier pour les engrais azotés, entièrement importés et directement exposés aux fluctuations mondiales.

Aliments du bétail

S’agissant des engrais phosphatés, le marché national a été approvisionné cette saison à hauteur de 650.000 tonnes, couvrant l’ensemble des besoins nationaux. À l’échelle internationale, les prix ont connu un recul significatif comparativement aux niveaux exceptionnellement élevés enregistrés en 2022 et 2023.

Le ministre a également évoqué des difficultés ponctuelles liées à l’acheminement de certains chargements d’engrais azotés, des navires n’ayant pu accoster dans les ports marocains en raison des conditions météorologiques.

Concernant les aliments du bétail, les prix ont globalement affiché une stabilité, à l’exception du foin, dont le prix a augmenté de 12% en 2025, sous l’effet de la succession des années de sécheresse et de la faiblesse de la production nationale. En revanche, les prix de certains aliments importés ont reculé de 14 à 27%.

Une hausse temporaire a toutefois été observée en fin d’année, portée par l’augmentation de la demande après le versement des aides destinées à l’achat d’aliments et à la préservation des femelles reproductrices dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel. Avec l’amélioration récente des parcours, une baisse notable des prix est attendue.

Le ministre a expliqué que la hausse de certains prix des produits agricoles s’explique par les précipitations, qui ont entravé temporairement les opérations de récolte et de transport. S’agissant de la viande, il a précisé que l’amélioration des indicateurs techniques liés au cheptel ne se répercute pas immédiatement sur les prix, en raison des spécificités du cycle biologique de la production animale, de l’accumulation des effets de la sécheresse et du renchérissement des coûts des intrants.

Pour les viandes bovines, représentant près de 80% de la consommation nationale de viandes rouges, les prix à la sortie des abattoirs restent relativement stables, oscillant entre 70 dirhams le kilogramme pour les bovins importés et 90 dirhams pour les bovins locaux. Le marché des ovins connaît, quant à lui, des perturbations conjoncturelles liées aux conditions climatiques, à la difficulté de la mobilité des éleveurs et à la rétention du cheptel en anticipation de l’amélioration des pâturages et de la préparation de l’Aïd Al-Adha.

Dans ce contexte, une série de mesures urgentes et structurelles a été engagée pour atténuer l’impact de la cherté de la vie sur le pouvoir d’achat, incluant la poursuite du soutien aux éleveurs, l’amélioration de l’accès aux aliments du bétail, le renforcement du contrôle des circuits de commercialisation, ainsi que la réhabilitation et l’organisation des marchés à bestiaux et des abattoirs.

Enfin, le ministre a mis en avant les efforts de valorisation des produits agricoles. En 2025, 520 unités de valorisation, d’une capacité globale de 380.000 tonnes, ont été construites et équipées au profit des petits agriculteurs dans le cadre de l’agriculture solidaire. Parallèlement, 84 labels de qualité et d’origine ont été attribués, cinq pôles agroalimentaires régionaux ont été créés, et près de 1.000 unités ont bénéficié d’un accompagnement pour l’obtention des autorisations sanitaires, renforçant ainsi la présence des produits locaux sur les marchés nationaux et internationaux.

Par Lahcen Oudoud
Le 02/02/2026 à 20h52