Le blé tendre demeure un produit stratégique pour l’économie nationale, tant pour la sécurité alimentaire que pour l’équilibre de la filière meunière. En 2025, le Royaume confirme une nouvelle fois sa forte dépendance aux marchés internationaux, conséquence directe d’un cycle agricole déficitaire marqué par des rendements inférieurs aux besoins de consommation. Toutefois, à l’approche du mois de ramadan, la tendance des exportations reste dans le viseur des autorités afin de bien fournir le marché.
Les statistiques nationales consolidées sur l’année civile ne sont pas encore totalement publiées. Toutefois, les données disponibles convergent vers un niveau élevé de recours aux importations, dans la continuité des exercices précédents, confirmant le caractère structurel du déficit de l’offre domestique en blé tendre.
À l’échelle de la campagne agricole 2025/2026 (juillet 2025-juin 2026), l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime les besoins du Royaume en importations céréalières à environ 11 millions de tonnes. Cette donnée, qualifiée d’estimation institutionnelle, repose sur une production nationale jugée «inférieure à la moyenne», dans un contexte de stress hydrique persistant. Le blé tendre constitue la composante dominante de ces volumes, compte tenu de son poids dans la consommation nationale.
Face à cette contrainte, les autorités avaient décidé de prolonger jusqu’à fin décembre 2025 le dispositif de subvention à l’importation du blé tendre, initialement prévu jusqu’en avril. L’objectif affiché est double: d’une part sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur et, d’autre part, limiter les tensions sur les prix de la farine et du pain.
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Sur le plan opérationnel, les données du Département américain de l’agriculture (USDA) indiquent que les importateurs marocains ont réceptionné 61.700 tonnes de blé tendre américain entre le 1er juin et le 18 décembre 2025. Ce volume, modeste à l’échelle des besoins nationaux, confirme néanmoins l’exécution complète des contrats conclus pour cette origine sur l’année civile.
Par ailleurs, les flux historiques disponibles montrent que le blé tendre représente la part prépondérante des céréales importées par le Maroc. Entre juin 2024 et janvier 2025, les volumes de blé tendre importés s’élevaient déjà à environ 2,95 millions de tonnes, loin devant le maïs ou l’orge, illustrant la centralité de cette céréale dans les achats extérieurs du Royaume.
S’agissant du blé d’origine européenne, notamment française, aucune donnée définitive et consolidée n’a encore été publiée pour l’ensemble de l’année 2025.
Tableau des volumes estimés des importations de blé tendre (année 2025)
| Pays fournisseur | Volume importé en 2025 (tonnes) | Part estimée (%) du total importé | Observations |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 61.700 | 1% | Importations conclues et réceptionnées intégralement selon USDA pour la campagne 2025; exécution des contrats entre juin et déc. 2025 |
| France (projeté) | 3.500.000 | 40% | Importations françaises pour la campagne céréalière 2025/26 |
| Union européenne (global) | 2.470.000 | 28% | Flux consolidés UE vers le Maroc calculés sur une période partielle |
| Russie | 1.080.000 | 12% | Importations depuis la Russie pour la période juin 2024–mars 2025 |
| Canada/autres marchés | 829.000 | 9% | Estimation commune Canada/Ukraine (indicateur marché global) pour juil. 2024–mai 2025 |
Les impacts macroéconomiques de cette dépendance se lisent dans les statistiques du commerce extérieur. Selon l’Office des changes, les importations de biens ont atteint 605.356 millions de dirhams (MDH) à fin septembre 2025, contre 554 MDH un an plus tôt, soit une progression de 9,2%.
Si la ventilation détaillée par produit n’est pas encore publiée pour l’ensemble de l’année, les séries disponibles confirment que les produits alimentaires et céréaliers contribuent significativement à cette hausse, dans un contexte de prix internationaux volatils et de volumes importés élevés. À fin septembre 2025, les importations totales de céréales (blé, maïs, orge confondus) dépasseraient 7,87 millions de tonnes, illustrant l’ampleur logistique et financière de ces flux.
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Sur le plan logistique, les plateformes portuaires de Casablanca, Jorf Lasfar et Agadir concentrent l’essentiel des importations céréalières. Cette organisation permet d’absorber des volumes importants mais renforce également la sensibilité du Royaume aux chocs exogènes, qu’ils soient climatiques, géopolitiques ou liés aux marchés mondiaux des matières premières.
Aujourd’hui, face à de nouveaux enjeux, notamment internationaux, dont la recomposition des flux d’exportation en provenance de l’Union européenne, de la mer Noire et de l’Amérique du Nord, la trajectoire observée en 2025 pose une nouvelle fois la question de la soutenabilité, à moyen terme, du modèle d’approvisionnement céréalier du Royaume qui, face à une pression sur la balance commerciale, soulève la question de l’arbitrage entre sécurité alimentaire, le coût budgétaire des subventions et la résilience agricole, laquelle reste néanmoins au cœur du débat économique.















