Aide directe au logement: ce qu’en pensent les promoteurs immobiliers

Anis Benjelloun, vice-président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).
Le 20/10/2023 à 09h00

VidéoUn nouveau mécanisme de soutien direct aux ménages entrera en vigueur l’année prochaine pour remplacer les exonérations fiscales accordées aux promoteurs immobiliers. Ce programme prendra en charge jusqu’à un tiers de la valeur des biens destinés aux citoyens à faibles revenus. Le point dans cet entretien avec le vice-président de la FNPI, Anis Benjelloun, sur l’impact de ce programme sur le secteur et les conditions à remplir pour réussir son déploiement.

Afin de soutenir les futurs acquéreurs, une aide financière directe au logement devra être instaurée en lieu et place des exonérations fiscales accordées aux promoteurs immobiliers dès l’année prochaine. Présenté devant le roi Mohammed VI, mardi 17 octobre à Rabat, ce nouveau programme, qui s’étend sur la période 2024-2028, fixe les montants de subvention en fonction de la valeur des biens.

Ainsi, le montant de l’aide a été fixé à 100.000 dirhams pour l’acquisition d’un logement dont le prix de vente est inférieur ou égal à 300.000 dirhams TTC. L’aide proposée sera, par ailleurs, de 70.000 dirhams pour l’acquisition d’un logement dont le prix est compris entre 300.000 et 700.000 dirhams TTC.

Un nouveau souffle

Dans un entretien avec Le360, le vice-président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), Anis Benjelloun, a salué ce nouveau programme qui devrait avoir un impact très positif sur la dynamique du secteur immobilier, qui stagne depuis plusieurs années en raison de la baisse du pouvoir d’achat, de l’augmentation des taux d’intérêt et des exigences renforcées des banques.

Pour Anis Benjelloun, les promoteurs immobiliers sont pleinement engagés à soutenir cette initiative et à travailler activement pour garantir la réussite de ce projet, mais ne pourront pas réussir seuls à relever ce défi.

«Les promoteurs immobiliers ne sont qu’un maillon de la chaîne. Nous appelons tous les acteurs, y compris les autorités publiques et les banques, à collaborer avec le secteur privé pour garantir la réussite de cette initiative royale, dont l’objectif final est de fournir des logements abordables à une population qui en a grandement besoin», a-t-il soutenu.

Une révision des normes urbanistiques

Selon le communiqué du cabinet royal, les logements objets du nouveau programme d’aide seront réalisés «dans le respect total des plans d’aménagement en vigueur et en conformité avec les normes techniques et de qualité». Pour le vice-président de la FNPI, il est toutefois crucial d’établir des directives claires pour prévenir les abus et de s’assurer que les logements répondent aux besoins des citoyens. Des critères tels que le standing, la superficie, le nombre de chambres et d’autres spécifications devront ainsi être définis.

«La collaboration étroite avec les autorités est essentielle pour créer des espaces de vie conformes à la réglementation en vigueur, tout en prenant en compte les contraintes urbanistiques et les aménagements», a-t-il souligné.

Anis Benjelloun insiste également sur le besoin de simplifier les démarches administratives pour faciliter l’accès aux terrains pour les promoteurs. Il propose également une refonte de la politique d’urbanisation de manière à rendre accessible un foncier à un moindre prix et permettre une expansion verticale des villes, en particulier dans les grandes villes où la disponibilité de terrains devient de plus en plus limitée.

Attention au «noir»

Si le nouveau programme d’aide directe au logement présente de nombreux avantages pour relancer le secteur et permettre aux citoyens aux revenus modestes d’acquérir leur propre habitation, l’évasion fiscale plus communément appelée «pratique du noir» pourrait représenter une menace lors des transactions portant sur des biens d’une valeur supérieure à 700.000 dirhams.

Le risque réside dans la possibilité que les promoteurs soient tentés de contourner les réglementations afin de rendre ces biens plus attrayants, tandis que les acheteurs pourraient être enclins à verser des sommes non déclarées pour tirer parti du dispositif de soutien de l’État.

Pour faire face à ce risque, Anis Benjelloun met en avant l’importance de rétablir la confiance entre l’administration, les citoyens et les promoteurs. Cela implique l’instauration d’organes de gouvernance efficaces et la mise en place de mécanismes de contrôle pour mieux encadrer les transactions effectuées.

Par Safae Hadri et Said Bouchrite
Le 20/10/2023 à 09h00