Aide aux transporteurs: la CGEM salue la mesure mais appelle à une indexation des tarifs

Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport et de la logistique, structure relevant de la CGEM. (Y.Mannan/Le360)

Le 18/03/2026 à 20h19

VidéoFace à la hausse des prix des carburants, la Fédération du transport et de la logistique (FTL) affiliée à la CGEM accueille favorablement l’aide publique accordée aux professionnels du transport, tout en pointant ses limites. Son président, Abdelilah Hifdi, plaide pour un mécanisme d’indexation des tarifs et une réforme structurelle visant à réduire les effets de rente et l’informel.

Abdelilah Hifdi, président de la Fédération du transport et de la logistique, structure relevant de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), a salué la décision du gouvernement d’accorder une subvention aux professionnels du transport, en réponse à la hausse des prix des carburants. Il plaide toutefois pour l’instauration d’un mécanisme d’indexation des tarifs afin d’accompagner durablement la volatilité des coûts énergétiques.

Intervenant lors de l’émission «Studio Le360», Abdelilah Hifdi — également représentant de la CGEM à la Chambre des conseillers — a qualifié la mesure d’«opportune», tout en pointant plusieurs limites structurelles. «Le dispositif actuel manque de transparence, notamment en ce qui concerne les modalités de distribution. Certaines catégories d’opérateurs en sont exclues, tandis que d’autres en tirent des effets de rente», a-t-il indiqué.

Selon lui, le mécanisme de soutien profite davantage aux détenteurs d’agréments qu’aux transporteurs effectifs, sans pour autant améliorer les conditions économiques des chauffeurs. «Cette configuration entretient une forme de distorsion et ne répond pas à la précarité du terrain», a-t-il insisté, rappelant par ailleurs que près de 70% du secteur évolue dans l’informel.

Le responsable relève également des insuffisances dans le dispositif opérationnel actuel, notamment l’absence de critères objectifs, tels que le kilométrage réel ou le volume d’activité, dans l’attribution des aides via la plateforme numérique dédiée. «Ce déficit de ciblage favorise des comportements opportunistes et limite l’efficacité du soutien public», a-t-il ajouté.

Face à ces dysfonctionnements, la Fédération plaide pour l’adoption d’un cadre d’indexation des prix du transport sur ceux du carburant, à travers un mécanisme de type «clause d’échelle mobile». «Il s’agit de la solution la plus pertinente pour garantir une adaptation automatique des tarifs aux fluctuations des coûts», estime M. Hifdi, rappelant que cette revendication est portée par les professionnels du secteur depuis plusieurs années.

Ce projet de réforme, actuellement en attente au Secrétariat général du gouvernement (SGG), suscite toutefois des réserves au sein de l’Exécutif, notamment en raison de ses potentielles répercussions inflationnistes et de son impact sur les équilibres macroéconomiques, en particulier la politique monétaire conduite par Bank Al-Maghrib.

Par ailleurs, la CGEM appelle à une réforme structurelle du secteur, axée sur sa libéralisation et sa professionnalisation. «Il est impératif de sortir du système des agréments, source de rente, pour évoluer vers un modèle plus transparent et concurrentiel, notamment dans le transport urbain», a plaidé M. Hifdi.

À titre de comparaison, plusieurs pays, dont la France, ont déjà mis en place des mécanismes d’indexation jugés plus équitables, permettant d’ajuster les prix du transport en fonction de l’évolution des coûts énergétiques.

En marge de ces enjeux sectoriels, le représentant de la CGEM à la Chambre des conseillers a exprimé son soutien au binôme Mehdi Tazi–Mohamed Bachiri en vue de la prochaine élection à la présidence de la Confédération, saluant la complémentarité de leurs profils et leur connaissance des rouages de l’institution.

Par Mohamed Chakir Alaoui, Yassine Mannan, Adil Gadrouz, Khalil Essalak et Abderrahim Et-Tahiry
Le 18/03/2026 à 20h19