Osez, madame!

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ChroniqueLa question est de savoir si le Maroc vient de perdre un(e) ministre de la Santé ou de gagner un(e) maire pour Casablanca.

Le 16/10/2021 à 09h01

Beaucoup ont applaudi quand Nabila Rmili a dû, sans doute à contre-coeur, abandonner son portefeuille de ministre de la Santé pour s’accrocher à celui de maire de Casablanca. Ils ont applaudi la symbolique, c’est-à-dire la fin du cumul, parce que le cumul est une aberration.

On l’écrivait ici même, la théorie de l’homme-orchestre est révolue, elle est même ridicule, le dernier homme-orchestre qui savait vraiment tout faire était Charlot. Personne n’a fait aussi bien depuis le génial vagabond.

Ministre ou maire, ce n’est pas un boulot intermittent, à temps partiel. Il faut choisir. Il ne peut pas y avoir de ministre ou de maire «free-lance». C’est une plaisanterie. La loi n’interdit malheureusement pas (ou pas encore) ce genre de cumul, mais elle finira par le faire.

Ce n’est pas parce qu’on sait jouer de tous les instruments qu’on peut le faire simultanément.

D’autres ministres du cabinet Akhannouch présentent le même cas de figure de Madame Rmili, et il est possible, pour ne pas dire souhaitable, qu’ils soient quant à eux appelés à abandonner leur «mairie» plutôt que leurs portefeuille ministériel. Ou vice versa. La loi n’a peut-être pas (encore) prévu de résoudre ce problème, mais on ne peut pas toujours se reposer que sur la loi. Parce qu’elle peut être en retard. Quand c’est le cas, il faut la devancer.

Aucune loi ne résiste à l’examen de la raison. La loi peut devancer la volonté d’une société et la façonner. Mais rien ne l’empêche, au contraire, de la suivre et de se laisser façonner par cette même société.

Pour revenir au cas de Madame Rmili, qui a déjà abattu un boulot considérable en tant que «soldat» de la santé publique, la question est de savoir si le Maroc vient de perdre un(e) ministre de la Santé ou de gagner un(e) maire pour Casablanca. Personne ne le sait.

Ce qu’on peut dire, humblement, c’est que la mairie de Casablanca n’a pas seulement besoin d’un(e) ministre, mais d’un gouvernement. C’est un tel chantier.

Casablanca est plus qu’une ville, c’est un Maroc en miniature, avec ses élans et ses entraves, ses grands espoirs et ses grandes «casseroles». Ce petit pays qu’est Casablanca a besoin d’un ministre de la Santé, des Finances, de l’Education, de l’Equipement, de la Jeunesse et des Sports, de l’Emploi, des Habous, etc.

Sans oublier le plus important: Casablanca, comme le Maroc, a besoin d’un nouveau modèle de gouvernance. Avec des dirigeants qui sont au service de la ville, ou du pays, et pas le contraire. 

Nabila Rmili n’a qu’à composer son propre gouvernement, elle ferait d’ailleurs un très bon ministre de la Santé de la ville. Ministre de la Santé de la première ville du Maroc, et maire, voilà le genre de cumul auquel on peut applaudir. Des deux mains.

Allez-y madame, mettez les mains dans le cambouis et réparez le moteur en panne de cette ville fantastique. Vous avez le soutien de beaucoup de Casablancais. Et de Marocains, bien sûr.

Par Karim Boukhari
Le 16/10/2021 à 09h01

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