Ce grand méchant Maroc

Karim Boukhari.

ChroniqueC’est cruel pour les Sénégalais mais, que voulez-vous, la loi est la loi. Cette loi, ce n’est pas le Maroc qui l’a inventée. S’ils ont été lésés, ils ont encore la possibilité de le prouver. Et s’ils contestent les règles du jeu, ils n’ont qu’à les changer. C’est leur combat, pas le nôtre.

Le 21/03/2026 à 10h00

La CAN s’est terminée il y a deux mois mais c’est seulement lundi dernier que le Maroc l’a gagnée. Il y a bien des gens qui ont fêté cette victoire inattendue, tardive, froide, mais la plupart ont gardé le calme. On se tâte, on se dit qu’après le recours gagnant du Maroc, un contre-recours du Sénégal est toujours possible. Et là, tout pourrait encore changer.

Perdre, gagner puis reperdre: en matière de yoyo émotionnel, on peut difficilement faire mieux. C’est-à-dire pire. Pas besoin d’être cardiaque pour voir le cœur flancher.

Imaginez un peu le scénario: il y a deux mois, tout le Maroc pleurait une CAN qui lui ouvrait les bras. Si on fait la fête aujourd’hui et qu’on pleure de nouveau demain, de quoi aurait-on l’air? Donc prudence, réserve et calme, surtout.

Le calme, c’est ce qu’il a fallu aux responsables marocains au lendemain de cette horrible finale perdue sur le terrain face à nos amis sénégalais. Le match s’est terminé dans la confusion totale. Il a fallu rester calme et préparer les recours. Parce que des dépassements ont eu lieu et les règles du jeu n’ont pas été respectées.

Il y avait une chance sur mille que cela aille au bout, et que la coupe partie au Sénégal revienne au Maroc. Mais cette chance, aussi minime soit-elle, existait. Parce que les arguments étaient solides.

«Et puis, tant qu’on y est, pourquoi le Ramadan n’a duré que 29 jours au Maroc, et 30 pour les autres? N’est-ce pas louche, suspect, à la limite du scandaleux? Belle question existentielle là aussi…»

—  Karim Boukhari

Ouvrons ici une parenthèse pour expliquer la règle du jeu: quand une équipe sort du terrain, elle est déclarée forfait et perd le match. Au mieux, elle récolte d’un carton jaune collectif, les joueurs déjà avertis se retrouvent alors avec deux jaunes et doivent automatiquement quitter le match.

À partir du moment où cette règle n’a pas été appliquée, le Maroc a été lésé. C’est aussi simple que cela. Son recours devient recevable et sa victoire logique. Une victoire obtenue dans les bureaux et pas sur le terrain? Oui, tout à fait, mais une victoire quand même.

C’est cruel pour nos amis sénégalais mais, que voulez-vous, la loi est la loi. Cette loi, ce n’est pas le Maroc qui l’a inventée. En quittant le terrain, les Sénégalais se sont fait hara-kiri. Ils ont été rattrapés par la patrouille. Maintenant, s’ils ont été lésés, ils ont encore la possibilité de le prouver. De préférence dans le calme et sans agitation. Et s’ils contestent les règles du jeu, ils n’ont qu’à batailler pour les changer. C’est leur combat, pas le nôtre.

Alors oui, le dénouement de cette histoire est singulier, pour ne pas dire rare et exceptionnel. Mais il reste cohérent et en parfaite conformité avec les règlements. Il interpelle, il dénote, mais il ne peut en aucun cas justifier le «bashing» anti-Maroc que l’on nous donne à voir et à entendre en ce moment. Il y a beaucoup de haine gratuite et stupide, qui déborde largement du cadre du football.

En réalité, tout au long de la CAN déjà, le Maroc a été présenté comme le bon gros méchant qui toise le reste du continent. La réussite de la compétition, au moins sur le plan logistique et organisationnel, a été constamment chahutée et scrutée avec une étonnante «suspicité».

Mais qu’est-ce qu’il a de spécial, ce Maroc? Pourquoi tout ou presque semble soudainement lui sourire? Pourquoi le Maroc a-t-il obtenu l’organisation du Mondial 2030? Comment a-t-il fait pour se hisser jusqu’aux demi-finales du Mondial 2022? Comment a-t-il retourné l’opinion internationale sur la question du Sahara marocain? Et, bien entendu, comment peut-il transformer une défaite sur le terrain en victoire administrative? Quelle est sa recette, sa combine?

Et puis, tant qu’on y est, pourquoi le Ramadan n’a duré que 29 jours au Maroc, et 30 pour les autres? N’est-ce pas louche, suspect, à la limite du scandaleux? Belle question existentielle là aussi…

Les esprits chagrins, qui sont nombreux, ont les réponses, toutes les réponses. Et ils ont surtout le seum: inutile de traduire, n’est-ce pas!

Par Karim Boukhari
Le 21/03/2026 à 10h00