Voici comment les pluies de mars ont dopé les réserves des barrages

التساقطات الإستثنائية تنعش حقينة سد المسيرة ثاني أكبر منشأة مائية بالمملكة

Barrage Al Massira. (S.Belghiti/Le360)

Le taux de remplissage des barrages a progressé de 70% à 73,7% entre le 2 et le 30 mars, soit un apport supplémentaire de plus de 925 millions de mètres cubes.

Le 01/04/2026 à 14h30

Le mois de mars aura été clément pour les réserves hydriques. Au 30 mars, les barrages affichaient un taux de remplissage global de 73,7%, contre 70% relevés en début de mois, soit un bond de près de quatre points en moins de quatre semaines. Au total, ce sont 925,1 millions de mètres cubes supplémentaires qui ont été engrangés, portant les réserves cumulées à 12.658,6 Mm³.

Et c’est le barrage Bin El Ouidane qui enregistre la progression la plus importante du mois. Passé de 74% à 92% de remplissage, il a capté à lui seul 213 Mm³ supplémentaires, devenant l’un des grands bénéficiaires des apports pluviométriques de mars.

Le barrage Ahmed El Hansali bondit de 69% à 81% (+79,7 Mm³), et Al Massira, le plus grand ouvrage du Royaume en capacité, poursuit son redressement en gagnant 3 points pour atteindre 34%, un niveau qui reste néanmoins modeste au regard de son potentiel.

Autre fait marquant du mois, le barrage Dar Khrofa a atteint la saturation totale en culminant à 100% de sa capacité. Le barrage Idriss 1er, lui, frôle le plein à 91% après avoir gagné 8 points sur la période.

BarrageRéserves au 2 mars (Mm3)Taux de remplissage au 2 mars (%)Réserves au 30 mars (Mm3)Taux de remplissage au 30 mars (%)Évolution du volume (Mm3)
Total (de tous les barrages au Maroc)11733,57012658,673,7925,1
Al Wahda3039,286295285-87,2
Al Massira834,831906,93472,1
Bin El Ouidane906,4741119,492213
Idriss 1er947,883979,19131,3
Sidi Med Ben Abdellah934,395927,695-6,7
Oued El Makhazine672,8100617,988-54,9
Ahmed El Hansali465,169544,88179,7
Dar Khrofa47298474,71002,7
Manssour Dahbi188,942230,45141,5
Hassan II169,443179,45010

Ce tableau encourageant doit toutefois être nuancé. Trois ouvrages ont vu leurs réserves reculer au cours du même mois. Le barrage Al Wahda perd 87,2 Mm³ et revient à 85% de remplissage. Le barrage Oued El Makhazine, qui affichait un taux de 100% début mars, est redescendu à 88% (soit 54,9 Mm³ de moins), signe que les lâchers d’eau et les prélèvements ont pesé sur ses niveaux. Idem pour le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah qui a perdu 6,7 Mm³.

Un printemps qui prend le relais

À quoi attribuer cette progression de mars? À la continuité d’une saison pluviale qui n’a pas encore dit son dernier mot. «Les pluies hivernales ont déjà fait leur œuvre. Aujourd’hui, ce sont les averses printanières qui prennent le relais», explique Mohamed Jalil, hydraulicien.

La saison pluviale s’étend naturellement d’octobre à mai, avec un cœur hivernal entre octobre et février où tombent les grandes pluies. «Ce que nous vivons en ce moment, c’est simplement la continuité naturelle de cette saison, celle du printemps», détaille-t-il.

Ce printemps a ceci de particulier qu’il prolonge une saison hivernale déjà généreuse. «Cette année, l’hiver a tenu ses promesses bien au-delà du mois de février. Les pluies se sont maintenues en mars, un mois qui, ces dernières années, était devenu presque sec», observe notre interlocuteur.

Contrairement aux grandes perturbations hivernales, les précipitations printanières suivent une logique différente. Les systèmes venus de l’Atlantique Nord, eux, peuvent s’étendre sur près de mille kilomètres. Au printemps, les phénomènes sont plus localisés.

«Il s’agit de masses d’air instables. Le rayonnement solaire crée des écarts de température entre les couches de l’atmosphère. Cela suffit à déclencher des orages, parfois sous un ciel encore dégagé», explique Mohamed Jalil.

Résultat: de fortes pluies peuvent tomber sur un quartier, tandis que le voisin immédiat reste au sec.

Utiles, elles le sont en effet. En complément des apports hivernaux, ces pluies entretiennent la végétation, soutiennent les cultures, alimentent les pâturages et prolongent le cycle hydrologique. «Ces précipitations printanières apportent des eaux d’appoint qui profitent aux pâturages, aux cultures et à l’ensemble des écosystèmes. C’est un bienfait réel, même si leurs volumes restent modestes comparés aux grandes pluies de l’hiver», conclut le spécialiste.

Avec un taux moyen de 73,7%, les barrages abordent le printemps dans une configuration nettement plus favorable. Mais le vrai test sera celui de l’été. «Dès le mois de juin, la demande en eau s’intensifie sur tous les fronts. L’irrigation agricole monte en puissance au moment précis où les précipitations se raréfient. Les villes voient leur consommation domestique grimper sous l’effet des chaleurs», signale Amine Benjelloun, hydrologue.

C’est pourquoi les réserves accumulées cet hiver et ce printemps constituent une marge de sécurité que les spécialistes jugent suffisante pour traverser la saison creuse. Le ministre de l’Eau Nizar Baraka a précédemment indiqué que les niveaux actuels devraient garantir au moins une année d’approvisionnement pour les réseaux les plus vulnérables et jusqu’à deux ans pour d’autres régions du royaume.

«Une projection qui tranche avec les étés récents, où certains centres urbains avaient frôlé la rupture d’approvisionnement et où des restrictions d’irrigation avaient été imposées en urgence sur plusieurs périmètres agricoles», conclut Amine Benjelloun.

Par Hajar Kharroubi
Le 01/04/2026 à 14h30