Réforme de l’école publique: le modèle des «Écoles Pionnières» au centre d’un débat académique

Otman Gair, président de l'ONDH.

Le 12/02/2026 à 19h34

VidéoAlors que le programme «École Pionnière» poursuit son déploiement dans le cadre de la feuille de route 2022-2026, un colloque national organisé à Rabat a permis d’en évaluer les mécanismes, les enjeux et les perspectives d’extension. Objectif: interroger les conditions d’une transition éducative réussie et durable.

Des experts et chercheurs en sciences de l’éducation se sont réunis, jeudi à Rabat, pour examiner les fondements et les perspectives du modèle des «Écoles Pionnières», dont l’ambition affichée est de doter l’école publique d’un cadre pédagogique modernisé et adapté aux exigences du développement national.

Organisé en partenariat avec la Faculté des sciences de l’éducation et l’Observatoire national du développement humain (ONDH), le colloque s’est articulé autour du thème: «Les Écoles Pionnières: entre modèle expérimental et enjeux de la transition éducative». Cette rencontre s’inscrit dans le contexte du déploiement progressif du programme «École Pionnière», initié dans le cadre de la feuille de route 2022-2026 pour la réforme du système éducatif.

Présenté comme l’un des axes structurants de la refondation de l’enseignement primaire public, ce dispositif vise l’amélioration substantielle des apprentissages fondamentaux — arabe, français et mathématiques — à travers l’introduction de pédagogies actives, l’intégration du numérique éducatif et la mise en œuvre de la méthodologie TaRL (Teaching at the Right Level).

Déjà étendu à plusieurs milliers d’établissements à l’échelle nationale, le modèle repose sur un mécanisme de labellisation et sur une approche pédagogique différenciée. Inspirée de la méthode TaRL, celle-ci consiste à regrouper les élèves selon leur niveau réel de maîtrise des acquis plutôt que selon leur tranche d’âge, favorisant ainsi une remédiation ciblée des lacunes et un accompagnement ajusté aux besoins effectifs des apprenants.

Le programme prévoit également une modernisation des pratiques didactiques, notamment par l’introduction de ressources numériques, la promotion de méthodes d’enseignement explicites et l’amélioration graduelle des infrastructures scolaires. Les enseignants, pour leur part, bénéficient de dispositifs de formation continue et d’un encadrement pédagogique de proximité destiné à consolider l’appropriation des nouveaux outils et référentiels.

Dans son allocution d’ouverture, le président de l’ONDH, Otman Gair, a plaidé pour une lecture critique et approfondie de ce modèle actuellement en phase opérationnelle. Il a souligné la nécessité d’interroger son architecture, ses mécanismes de mise en œuvre, ses éventuelles limites ainsi que ses perspectives d’évolution.

L’enjeu, a-t-il précisé, consiste à assurer la cohérence de cette initiative avec les orientations stratégiques de la réforme du système d’éducation et de formation, telles que définies par Sa Majesté le roi Mohammed VI et encadrées par le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique.

Au-delà du diagnostic, les travaux du colloque visent à favoriser une appropriation collective du processus de réforme et à nourrir une réflexion prospective sur les conditions de sa généralisation. Car la question centrale demeure celle du passage de la phase expérimentale — marquée par des résultats jugés probants — à une extension à grande échelle, sans dilution de l’innovation ni affaiblissement des standards qualitatifs.

En conclusion, Otman Gair a estimé que le dispositif «École Pionnière» pourrait constituer un levier stratégique pour atteindre les finalités majeures de toute réforme de l’école publique: amélioration durable des performances scolaires, réduction des inégalités territoriales et consolidation de la qualité globale du système éducatif national.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 12/02/2026 à 19h34