Ramadan à Khémisset: au marché des légumes, entre ferveur, équilibre fragile et paniers serrés

Le marché situé dans le quartier dit «des chômeurs», en plein centre-ville de Khemisset. (Y.Mannan/Le360)

Le 28/02/2026 à 20h00

VidéoÀ quelques heures de l’iftar, le grand marché de légumes de Khémisset devient le cœur battant de la ville. Entre prix fluctuants, visages familiers et habitudes bien ancrées, consommateurs et vendeurs composent avec les réalités du mois sacré.

Khémisset abrite un immense marché de légumes où les habitants viennent s’approvisionner quotidiennement, particulièrement dans les heures qui précèdent l’iftar, la rupture du jeûne. Sur place, l’affluence s’intensifie à mesure que la journée avance. Les allées se remplissent, les paniers se chargent, et les discussions se mêlent aux appels des commerçants.

Situé dans le quartier dit «des chômeurs», en plein centre-ville, le marché occupe une artère populaire très fréquentée. L’ambiance y est animée mais organisée: les étals de légumes et de fruits sont installés dans des boutiques fixes, tandis que les marchands ambulants sont interdits dans cette zone afin de réguler l’activité commerciale.

Les prix varient selon les produits. Les pommes de terre et les carottes s’affichent chacune à 5 dirhams le kilogramme, des tarifs jugés raisonnables par de nombreux clients. En revanche, les haricots verts peinent à trouver preneur à 35 dirhams le kilogramme, un prix considéré comme excessif. Les artichauts, quant à eux, sont proposés à 13 dirhams le kilogramme. Cette fluctuation alimente les conversations et oblige les ménages à ajuster leurs choix.

Parmi les figures emblématiques du marché, Tata Hafida est l’une des vendeuses les plus connues. Depuis 40 ans, elle y écoule ses légumes, fidèle à son emplacement et à sa clientèle. Souriante et énergique, elle confie être également créatrice de contenus sur les réseaux sociaux, mêlant ainsi tradition commerciale et modernité numérique. Selon cette doyenne du marché, les prix oscillent «entre des tarifs abordables et d’autres excessifs», mais ces variations font partie du quotidien, «surtout en période de forte demande», ajoute-t-elle.

Brahim et Ali, deux amis agriculteurs de la région de Khémisset, partagent cette analyse. Selon eux, la situation connaît «des hauts et des bas», sans pour autant sortir de l’ordinaire. «Nous nous approvisionnons chaque semaine, tous les samedis, pour nourrir nos familles», expliquent-ils, avant de reprendre la route de la campagne dans les alentours de Khemisset. Une routine qui structure la vie de nombreuses familles, particulièrement durant le Ramadan, où la préparation des repas revêt une importance particulière.

Au fil des heures, les balances continuent de peser, les sacs se remplissent, et chacun calcule au plus juste. Entre nécessité, habitude et adaptation, le marché de Khémisset demeure un espace central de sociabilité et d’économie locale.

À l’approche du coucher du soleil, l’agitation retombe peu à peu. Les paniers sont pleins, les discussions s’achèvent, et la ville se prépare à l’iftar. Au marché de Khémisset, le Ramadan se vit ainsi: dans le bruit des échanges, la vigilance des prix et la constance des gestes quotidiens.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 28/02/2026 à 20h00