Depuis trois semaines, l’influenceur saoudien Khalid Alolayan sillonne le Maroc, entre grandes villes et arrière-pays. Venu assister à la CAN, le célèbre créateur de contenu, suivi par 4,5 millions de followers sur Instagram, 1,4 million sur Facebook et pas moins de 13 millions sur TikTok, s’emploie à faire découvrir le Royaume sous toutes ses facettes. La modernité des infrastructures des grandes villes telles que Rabat et Casablanca, la gentillesse de la population… Khalid Alolayan publie quotidiennement sur ses réseaux sociaux ses coups de cœur, ses surprises et ses découvertes.
Mais depuis quelques jours, son séjour au Maroc a pris une tournure inattendue. Après avoir décidé de visiter Ifrane, drapée dans son manteau de neige, celui-ci a poussé son périple jusqu’aux montagnes de l’Atlas pour aller y rencontrer un influenceur d’un autre genre, aux antipodes du monde bling-bling des créateurs de contenu. Il s’appelle Rachid Ouabbass, et sa notoriété ne cesse de grandir au Maroc depuis quelques mois. Pourtant, rien ne prédestinait cet homme de 27 ans à devenir un jour célèbre.
Éleveur de poulets et de chèvres dans un village enclavé de l’Atlas, Rachid Ouabbass est sorti de son isolement en partageant chaque jour sur les réseaux sociaux son quotidien avec ses chèvres, devenues aujourd’hui de véritables stars, Kharbouch et Kharboucha. Vouant un amour inconditionnel à ses animaux, le berger partage avec une simplicité désarmante les temps forts de sa vie. Chaque jour, il se filme ainsi en train de préparer un tajine tout en partageant sa pitance avec ses chèvres au caractère bien trempé, bien déterminées à finir le plat avant lui.
Rachid Ouabbass partage aussi ses petits tips au quotidien avec son public, qui atteint aujourd’hui 1,4 million de followers sur Instagram et 1 million sur TikTok. Comment ramasser du bois? Comment réparer un trou dans une botte? Comment faire cuire du pain? Tout y passe. Malgré le comique de situation qui fait le succès de ses vidéos, la dureté de la vie qu’il mène est bien visible, et la neige qui recouvre les montagnes où il vit ne facilite pas les choses.
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Le froid est tel que sa jellaba en laine, restée accrochée à un clou, a gelé au cours d’une nuit. Pourtant, le jeune berger garde le sourire et n’a qu’une seule préoccupation en tête: le bien-être de ses chèvres, Kharbouch, Kharboucha et leur petit dernier, Khribich, au point qu’il n’hésite pas à se réveiller au milieu de la nuit pour le nourrir au coin du feu, le petit n’arrivant pas à téter sa mère avec le froid ambiant.
Rentré dans le cœur des Marocains depuis plusieurs mois, aujourd’hui, Rachid Ouabbass a conquis celui de Khalid Alolayan, qui a souhaité faire sa rencontre. Après quatre heures de route et une heure à pied dans les montagnes, sous la neige, l’influenceur saoudien a enfin atteint sa destination. Accueilli à bras ouverts par le jeune berger, Khalid Alolayan a passé plusieurs jours chez lui, partageant son quotidien. Émerveillé par la beauté de la nature environnante mais surtout fasciné par la simplicité, la débrouillardise et la gentillesse de son hôte, l’influenceur saoudien a été accueilli comme un roi, dans la plus pure hospitalité marocaine, et a documenté chaque moment de son séjour chez Rachid, donnant lieu à des scènes aussi touchantes que drôles entre les deux hommes, dont l’un parle l’arabe classique et l’autre un savant mélange de darija et d’amazigh.
Tajines cuisinés au feu de bois, pain traditionnel cuit sur la pierre chaude, thé à la menthe réalisé avec de la neige, l’eau bue à même la source… Khalid Alolayan a vécu la vie de Rachid Ouabbass pendant plusieurs jours, écoutant religieusement ses explications et ses consignes pour s’adapter à la vie locale, comprendre le cycle de la nature, apprenant à ramasser le bois, à le faire sécher avant de le brûler ou encore à différencier des empreintes de chiens et de loups… Parce que oui, il y a bien des loups dans l’Atlas.
L’un des temps forts de cette histoire, devenue la saga préférée des Marocains, est aussi le moment où l’influenceur saoudien découvre la manière dont Rachid et ses amis suivent la CAN. Direction la seule maison du village qui dispose d’une télévision, de surcroît connectée à Internet. Attablés autour d’une table bien garnie pour suivre les Lions de l’Atlas, c’est finalement en téléphonant à des habitants de la ville la plus proche, qui disposent d’une meilleure connexion, que la petite assemblée pourra suivre le match en direct.
Mais cette jolie histoire ne s’arrête pas là. Tombé sous le charme du personnage, mais aussi de la population locale, l’influenceur saoudien a décidé d’inviter les membres de sa famille à le rejoindre afin de vivre ensemble cette expérience. Décidant de changer la destination de leur voyage pour mettre le cap sur le Maroc, ses frères, ses neveux et son père ont délaissé le confort des cinq étoiles pour celui d’une auberge familiale dans le village d’Agoudim, perché sur les flancs du mont Ayachi.
Devenue familiale, l’aventure s’est poursuivie pendant plusieurs jours, occasionnant des moments inoubliables, notamment avec les enfants des alentours, qui, bien que vivant dans cette région enclavée, sont reliés au monde grâce aux réseaux sociaux. Quelle n’a pas été la surprise de l’influenceur saoudien en découvrant que tous les enfants le connaissaient et maîtrisaient parfaitement la langue arabe classique. «Mais pourquoi est-ce que tu me comprends aussi bien et Rachid ne me comprend pas bien?», a-t-il demandé à un jeune garçon rencontré sur la route. «Parce que lui n’a pas fait d’études!», s’est-il vu rétorquer. De quoi moucher Khalid Alolayan, qui n’a pas manqué d’exprimer son admiration pour ces enfants qui partagent leur temps entre l’école et les travaux du quotidien, dans des conditions de vie précaires, mais toujours avec le sourire et nourrissant le projet de devenir, qui policier, qui ingénieur ou footballeur.
L’aventure ne pouvait se terminer ainsi… Khalid Alolayan ainsi que ses proches ont été si bien accueillis qu’ils ne pouvaient se résoudre à quitter leur hôte de la sorte, sans lui rendre la pareille. Ainsi, a-t-il invité Rachid Ouabbass à l’accompagner à Rabat, afin d’y suivre le match opposant le Maroc au Nigéria. Première escale de ce voyage, auquel a pris part la chèvre Kharboucha, Ifrane, où le petit groupe a séjourné au Michlifen Resort.
Une grande première pour le berger de l’Atlas qui, les yeux médusés, a découvert le luxe et le confort d’un palace, et pour Kharboucha, qui a quant à elle séjourné dans la bergerie 5 étoiles de l’établissement.
Puis, direction Rabat, où depuis les tribunes du stade Moulay Abdellah, Rachid Ouabbass a vibré à l’unisson avec ses compatriotes le temps d’une victoire des Lions de l’Atlas dans le cadre des demi-finales.
Une belle histoire qui redonne foi en l’humanité et en la fraternité, la vraie.








