PJD: débats ouverts sur la capacité du parti à faire son come-back

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD).. DR

Revue de presseÀ cinq mois des législatives, l’un des plus anciens leaders du Parti de la Justice et du Développement, Mohamed Amhajour, met en garde contre une précipitation vers une première place, prônée par le secrétaire général, Abdelilah Benkirane. Cette option pourrait «vider le parti de sa substance idéologique et le transformer en une machine électorale sans vision réformiste», a-t-il déclaré. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 13/04/2026 à 19h45

Les récentes déclarations de Abdelilah Benkirane, qui a affirmé à plusieurs reprises que le PJD pourrait viser la première place aux prochaines élections législatives, a entraîné plus d’interrogations que d’enthousiasme parmi les militants de ce parti islamiste, dans l’opposition depuis le dernier scrutin législatif. Selon l’un des plus anciens leaders du PJD, Mohamed Amhajour, cette précipitation à s’engager dans ce qu’il qualifie de «bataille du rang» risque de «détourner le PJD de sa mission originelle», signale Assabah de ce mardi 14 avril. Le quotidien écrit que «dans un contexte marqué par des défis internes et externes, cette stratégie pourrait accélérer une dérive» du PJD, qui deviendrait «un parti «fonctionnel», obsédé par les positions de pouvoir au détriment de son ancrage idéologique».

Assabah se demande ainsi pour quelle raison le secrétaire général du PJD et l’un de ses plus anciens leaders ont choisi ce moment pour diffuser leurs déclarations, quand bien même les chefs et caciques de différents partis politiques ont d’ores et déjà commencé à évoquer leurs ambitions, en vue du scrutin législatif prévu dans cinq mois. Alors même que «cette dynamique est compréhensible pour des partis dont la finalité est avant tout électorale, elle devient problématique pour le PJD, qui se présente comme un mouvement porteur d’un projet de société réformiste», signale Assabah.

«Pourquoi Benkirane insiste-t-il sur cette première place?», s’interroge le quotidien, qui se demande aussi si cette déclaration, et la réaction qui a suivi, seraient «le résultat d’une réflexion collective, d’une vision stratégique pour l’après-élections», ou encore «une déclaration d’intention sans fondement?»

Selon Mohamed Amhajour, la déclaration du secrétaire général du PJD reflète une «absence de documents ou d’études internes justifiant cette ambition, et révèle un manque de préparation». En effet, ajoute Assabah, le PJD n’a produit qu’un seul document prospectif depuis son dernier congrès: une «feuille de route», axée sur la crédibilité du choix démocratique et la dignité du citoyen, une orientation qui, «aussi noble soit-elle, ne suffit pas à éclairer les contours d’un éventuel gouvernement mené par le parti. Que propose-t-on concrètement si le PJD arrive en tête? Quelles réformes structurelles, quelles politiques publiques? Sans réponses claires, cette ambition se réduit à une quête de pouvoir pour le pouvoir», écrit le quotidien.

Cette préoccupation n’est pas isolée. Plusieurs leaders et militants du PJD s’inquiètent d’une dérive vers ce qu’ils qualifient de «batailles de façade», où «les luttes d’influence et les calculs de loyauté prendraient le pas sur le débat d’idées». Mohamed Amhajour craint quant à lui que «le parti ne se transforme en une machine électorale», où «les enjeux de positionnement interne éclipsent la réflexion sur le long terme». Le parallèle qu’il a établi avec les partis «fonctionnels» n’est pas anodin, ces «formations, souvent critiquées pour leur manque de profondeur idéologique, se contentant de gérer les affaires courantes sans ambition transformatrice», commente Assabah, selon lequel cette «dérive» serait, pour le PJD, qui a longtemps incarné une alternative politique fondée sur des valeurs islamiques modérées et un projet de réforme, un «renoncement à son identité».

«Le parti a été fondé sur des principes, pas sur des calculs électoraux. Si on perd cela de vue, on perd tout», a rappelé à Assabah un ancien militant du PJD. En ayant insisté sur la possibilité d’une première place aux législatives pour le parti qu’il dirige, Abdelilah Benkirane semble vouloir jouer sur «un effet d’annonce, pour mobiliser ses troupes», analyse le quotidien, qui avertit toutefois que «sans cadre stratégique, cette approche pourrait se retourner contre le parti».

Au PJD, les débats internes entre militants ou leaders reflètent des tensions plus larges, qui se partagent, signale Assabah, entre «pragmatisme politique» et «fidélité aux idéaux» de l’islamisme. Dans un paysage sociétal marqué par une «fragmentation des forces politiques et la montée des attentes citoyennes, le parti doit choisir: assumer pleinement son rôle de force de proposition, avec une vision claire pour l’avenir, ou se contenter de jouer le jeu électoral sans garantie de pouvoir tenir ses engagements», écrit le quotidien. Pour Mohamed Amhajour et ses soutiens, opter pour le second chemin équivaudrait à «une trahison de l’héritage du parti», relaie Assabah, pour lequel «les prochains mois seront décisifs».

Par La Rédaction
Le 13/04/2026 à 19h45