La profession d’avocat est entrée dans une nouvelle phase de contestation après l’adoption par le gouvernement d’un projet de loi sur l’organisation de la profession. Le bureau de l’Association des barreaux du Maroc a annoncé un arrêt général les 15 et 16 janvier, les 20 et 21 janvier, ainsi que les 28 et 29 janvier 2026. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une protestation contre un texte que l’association juge «non consensuel et contraire à l’approche participative» précédemment convenue à la suite d’une médiation parlementaire, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce vendredi 16 janvier.
Dans un communiqué, l’Association des barreaux a indiqué avoir tenu, le 9 janvier dernier, une réunion ouverte à son siège à Rabat pour examiner la décision gouvernementale et définir les mesures de mobilisation à prendre face à ce qu’elle décrit comme une «politique de fait accompli». Selon le communiqué, le ministère de la Justice aurait contourné l’approche participative convenue, imposant une version du projet jugée incompatible avec les engagements pris lors des discussions parlementaires.
L’association souligne que la profession vit actuellement «un état de mobilisation totale», avec l’engagement des avocats, des présidents des barreaux et des conseils de l’ordre à respecter les décisions de l’Association. Un rassemblement national est également prévu, dont la date et le lieu seront communiqués ultérieurement. Par ailleurs, la possibilité d’un arrêt prolongé et complet des services professionnels est envisagée selon l’évolution des décisions de l’association.
La semaine précédente, les barreaux avaient déjà mis en œuvre un arrêt général accompagné de la suspension temporaire des fonctions officielles des présidents d’ordre, pour protester contre l’adoption du projet de loi n°66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat, rappelle Al Ahdath Al Maghribia. Selon les avocats, la version finale du texte, transmise par le ministère à la primature et aux ministres concernés, contredit les accords issus des sessions de dialogue et comporte des dispositions remettant en cause l’indépendance de la profession et ses fondements universels.
Les avocats considèrent cette escalade comme un message clair au gouvernement, exprimant leur refus de l’accélération «injustifiée» du processus législatif sur un texte qui touche au cœur même de leur métier. Ils n’excluent pas le recours à des formes de protestation plus sévères si leurs demandes, notamment l’ouverture d’un dialogue sérieux et responsable sur la réforme, restent ignorées. Le projet de loi n°66.23 a suscité un large débat au sein de la profession. De nombreux professionnels estiment qu’il menace l’indépendance de la profession et sa place au sein du système judiciaire, tout en ne reflétant pas les conclusions des dialogues avec le ministère de la Justice. L’association insiste sur le fait que le texte final est «non consensuel» et en contradiction avec les discussions engagées dans le cadre de la médiation parlementaire, soulignant que les négociations avaient été ouvertes après un mouvement professionnel national, avec un engagement clair de respecter la participation et le consensus comme base de toute réforme.
Parmi les changements majeurs introduits par la nouvelle loi, on note l’ouverture de la profession aux avocats étrangers et la modification des conditions d’accès au barreau. L’examen d’entrée, remplacé par un nouveau système de concours, fixe désormais l’âge maximum des candidats à 40 ans au lieu de 45, exige un master en droit plutôt qu’une licence et impose une formation initiale d’un an dans un institut spécialisé, suivie de 24 mois de stage pratique encadré par le barreau: 20 mois au sein d’un cabinet désigné par le président d’ordre et 4 mois dans une administration ou une entreprise publique liée à l’exercice de la profession. À titre de comparaison, la législation actuelle prévoit un stage de trois ans au sein d’un cabinet.
La nouvelle législation encadre également le comportement des avocats dans les tribunaux, interdisant toute action de protestation pendant les audiences et rendant obligatoire le port de leur uniforme, afin de prévenir toute usurpation d’identité et garantir le respect des traditions et de la dignité de cette profession.








