Pour commencer, une question simple s’impose: qu’entend-on par programme périscolaire? Il s’agit de l’ensemble des activités organisées autour et en dehors du temps scolaire classique au sein des établissements. Un espace éducatif complémentaire, donc, qui vise à enrichir les apprentissages, à développer des compétences sociales, culturelles, sportives ou artistiques, à offrir un encadrement structurant en dehors des heures de classe et à renforcer, in fine, le bien-être, la cohésion et l’esprit d’équipe des élèves. Ces activités se déroulent généralement avant ou après les cours, durant les pauses ou certains après-midis.
Dans la pratique, les activités périscolaires recouvrent plusieurs grands registres. On y retrouve des actions éducatives (aide aux devoirs, soutien pédagogique, méthodologie, lecture, langues, ateliers culturels, débats ou clubs de lecture), des activités artistiques et culturelles (arts plastiques, peinture, ateliers créatifs), sportives et physiques, scientifiques ou de découverte, sans oublier les sorties éducatives et excursions pédagogiques. Leur organisation varie selon les établissements: elles peuvent être portées directement par l’école ou confiées à des associations, avec l’appui d’animateurs ou de professionnels spécialisés. L’objectif est clair: favoriser le développement personnel, renforcer le lien social, lutter contre le décrochage scolaire et permettre l’acquisition de compétences transversales essentielles, telles que l’expression orale, l’autonomie ou l’esprit critique.
Pour l’année en cours, le périscolaire s’inscrit de fait comme un chantier majeur de la réforme éducative engagée par le gouvernement. Certes, il n’existe pas encore de cadre global formalisé dans un document de politique publique unique. Mais plusieurs initiatives convergentes sont déjà à l’œuvre. Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports multiplie notamment les appels à projets à destination des associations, invitant la société civile à renforcer la gestion des dispositifs d’«école de la seconde chance» et à développer des programmes extrascolaires motivants pour les jeunes en situation de décrochage ou de vulnérabilité.
Ces actions couvrent des volets clés: conception d’activités éducatives, culturelles et sportives, élaboration de plans d’engagement, mise en place d’outils pédagogiques et d’évaluation, ainsi qu’un encadrement ciblé visant à renforcer la motivation et la persévérance scolaire.
«Réduire le décrochage scolaire ne se jouera pas uniquement en classe: il se joue aussi dans ce que l’école offre avant, après et autour du cours.»
— Mustapha Sehimi
Pour la rentrée 2025-2026, plusieurs piliers éducatifs intégrés au système public sont directement liés au périscolaire: le développement des activités sportives et culturelles dans les établissements, le soutien scolaire renforcé pour les classes vulnérables, les dispositifs de réintégration pour les élèves à risque ou en situation de «seconde chance», ainsi que la formation continue des enseignants afin d’accompagner des approches pédagogiques plus diversifiées.
Ces programmes répondent à des objectifs stratégiques assumés: réduire le décrochage scolaire — estimé à près de 280.000 sorties annuelles — en stimulant l’engagement des élèves; promouvoir une approche globale de l’éducation qui dépasse le cadre strict du cours magistral; et renforcer l’inclusion en offrant un accompagnement spécifique aux élèves vulnérables, notamment en milieu rural. Le périscolaire est ainsi conçu non pas comme un dispositif périphérique, mais comme un levier complémentaire de la réforme éducative.
Des avancées notables ont été enregistrées au cours de la dernière décennie, alors que ces dispositifs demeuraient longtemps marginaux. Le taux de préscolarisation des enfants de 4 à 5 ans est passé de 50% à 70% entre 2015 et 2025, avec une progression encore plus marquée en milieu rural, de 36% à 75%, pour atteindre aujourd’hui près de 81%. Le nombre d’unités publiques est passé de 6.185 en 2018-2019 à plus de 23.000 en 2024-2025. Le budget alloué a suivi la même trajectoire, passant de 1,13 milliard de dirhams en 2019 à près de 3 milliards en 2025. La généralisation du préscolaire est annoncée à l’horizon 2028.
Pour autant, les défis restent nombreux. La question de la qualité demeure centrale, avec des disparités persistantes entre zones urbaines et rurales. Les pratiques pédagogiques interactives doivent être renforcées, la participation de tous les élèves reste inégale, et la place du livre et de la lecture demeure insuffisante. Le récent rapport de l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique dresse un diagnostic sans complaisance. Il interpelle clairement les pouvoirs publics, appelés désormais à traduire les orientations affichées en mesures concrètes, cohérentes et évaluables.
Dans un pays jeune, confronté à des enjeux majeurs d’employabilité, de cohésion sociale et d’égalité des chances, le périscolaire n’est plus un supplément d’âme. Il est devenu un test politique.




