La fausse bonne idée du jeûne hydrique: l’éclairage du Professeur Jaafar Heikel

Eau aromatisée (Photo d'illustration).

Depuis quelque temps, la mode du jeûne hydrique séduit de nombreux adeptes en quête de détoxification ou de perte de poids rapide. Face à cet engouement, les médecins tirent la sonnette d’alarme: si cette méthode peut présenter un intérêt dans un cadre médical strict, sa prolongation au-delà de quelques jours expose l’organisme à de sérieux dangers. Explications avec le professeur Jaafar Heikel, spécialiste des maladies infectieuses et de la nutrition.

Le 03/03/2026 à 20h17

Le corps humain est une machine de précision, dont l’équilibre repose sur un apport constant en nutriments essentiels. Le jeûne hydrique, pratique consistant à ne consommer que des liquides, est souvent présenté comme un «remède miracle», qui permettrait de nettoyer l’organisme tout en affinant la silhouette. Si le chiffre sur la balance chute effectivement de manière spectaculaire dès les premiers jours, cette victoire est un trompe-l’œil. En l’absence de protéines et d’énergie, le corps ne se contente pas de puiser dans ses réserves de graisse, il s’attaque à ses propres organes, transformant une volonté de bien-être en une véritable agression métabolique.

Il faut bien comprendre ce qu’on entend par jeûne hydrique avant de s’y adonner. «Ce type de jeûne ne peut se concevoir que sur une très courte période et dans des contextes bien précis», insiste d’emblée le Professeur Jaafar Heikel. «Sur le court terme, le jeûne hydrique entraîne effectivement une perte de poids, mais cette perte concerne à la fois la masse grasse et la masse musculaire», explique-t-il. «Sans activité physique adaptée, le risque est clair: affaiblir le corps plutôt que l’améliorer», précise le professeur.

Autre point souvent ignoré: la composition même du jeûne hydrique, parce qu’il existe selon le médecin, un jeûne H₂O purement basé sur de l’eau et un jeûne incluant des électrolytes comme pour les tisanes et bouillons. «Sodium, potassium et autres électrolytes sont indispensables au fonctionnement des muscles, du cœur et, tout simplement, à notre survie», explique-t-il.

Dans le cadre médical, avant certains actes chirurgicaux par exemple, le jeûne hydrique est strictement encadré et limité à deux ou trois jours. Passé ce délai, les risques dépassent largement les bénéfices. «Le jeûne hydrique à moyen et long terme n’est absolument pas bon pour la santé», avertit le médecin. Pourquoi? Parce que l’organisme a besoin d’un apport régulier et équilibré en protéines, glucides, lipides, vitamines et minéraux. «Les protéines animales et végétales sont indispensables, tout comme les vitamines et les sels minéraux», rappelle-t-il.

Une autre confusion fréquente consiste à remplacer les aliments par des jus. «Les fruits et légumes ne peuvent pas être totalement remplacés par des jus. En cause: la perte des fibres et la dégradation de certaines vitamines lors du mixage ou de l’extraction qui touche à l’efficience nutritionnelle», précise Professeur Heikel.

Et les dangers du jeûne hydrique prolongé ne s’arrêtent pas à la fatigue ou à la perte musculaire. «Les carences en protéines, en vitamines ou en sels minéraux ont un impact direct sur la peau, le cœur, les reins, le foie et tous les organes nobles», avertit le médecin. Plus inquiétant encore, «les données scientifiques mettent aujourd’hui en évidence des effets négatifs potentiels sur le cerveau», souligne-t-il.

«Le jeûne hydrique peut se concevoir dans des circonstances médicales particulières et sur un très court terme», résume le spécialiste. Quatre jours maximum dans un cadre médical, éventuellement jusqu’à une semaine dans des stratégies très encadrées de perte de poids, avec une attention particulière à la préservation de la masse musculaire.

Mais au-delà, «il n’y a en réalité aucun intérêt scientifique, bien au contraire», conclut Professeur Heikel. L’équilibre alimentaire reste la seule voie durable vers la santé: protéines, glucides, lipides, vitamines et sels minéraux forment une chaîne indissociable. Le corps n’a pas besoin de privation extrême, mais de cohérence et de bonnes mesures.

Par Ryme Bousfiha
Le 03/03/2026 à 20h17