Entre des apports hydriques exceptionnels et le spectre de sept années consécutives de sécheresse ayant pesé sur le Royaume, les agences des bassins hydrauliques se retrouvent face à une équation délicate: comment tirer profit de l’abondance actuelle sans compromettre la sécurité de demain? Les fortes précipitations qui ont porté le niveau de plusieurs barrages à des seuils élevés ont, en contrepartie, imposé le recours à des lâchers préventifs dans des ouvrages ayant atteint ou frôlé leur capacité maximale.
Depuis décembre 2025, le volume total d’eau déversé à l’échelle nationale a atteint près de 4 milliards de mètres cubes, soit une quantité supérieure à la capacité du plus grand barrage du pays, Al Wahda.
Dans le bassin du Bouregreg, 647,41 millions de mètres cubes ont été déversés entre le 15 décembre 2025 et le 11 février 2026. Un chiffre important qui ne traduit pas tant une abondance rassurante qu’une vigilance permanente, visant à protéger les infrastructures, réguler les crues et garantir la sécurité des populations et des biens situés en aval des barrages.
Les opérations de déversement ne sont ni improvisées ni aléatoires. Elles reposent sur un dispositif rigoureux de suivi et d’analyse. Un réseau de stations hydrologiques, installées au niveau des barrages et le long des bassins versants, permet de mesurer en temps réel le niveau des retenues, les quantités de pluie, le débit des oueds, la vitesse du vent et les taux d’évaporation. Ces données sont analysées en continu afin d’anticiper les apports futurs et prévenir toute montée soudaine des eaux.
Au siège de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia, la vigilance est constante. De grands écrans affichent des indicateurs en mouvement permanent: courbes, graphiques et codes couleurs évoluent à chaque variation de niveau ou de débit.
Ingénieurs et techniciens surveillent les données minute par minute, analysent la moindre fluctuation et signalent tout risque potentiel afin de prendre la décision adéquate au moment opportun. Chaque lâcher d’eau comporte en effet des implications environnementales, sociales et économiques.
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L’objectif n’est pas seulement de soulager la pression sur la structure du barrage, mais aussi de préserver une capacité de stockage disponible pour absorber d’éventuels apports imprévus et réguler les débits sans exposer les riverains au moindre danger. Un remplissage total, aussi rassurant qu’il puisse paraître, peut devenir un facteur de risque en cas de crues supplémentaires.
«La décision de déversement passe par plusieurs étapes: analyse des prévisions de la Direction générale de la météorologie, élaboration de modèles numériques par les experts de l’Agence pour simuler différents scénarios d’apports, puis détermination des volumes à libérer selon une progression étudiée – petits lâchers d’abord, puis moyens, et éventuellement plus importants si la situation l’exige – en coordination étroite avec les autorités et l’ensemble des intervenants concernés» explique Mohamed Slimani, chef du service de l’évaluation et de la planification des ressources en eau à l’Agence
Le déversement des eaux n’est donc pas un simple acte technique, mais une ligne de défense essentielle pour la protection des vies humaines et des biens. Depuis le siège de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg, le travail se poursuit dans la discrétion et la responsabilité, afin d’assurer une gestion rigoureuse des ressources en eau quelles que soient les conditions, et de faire des barrages un rempart sûr face aux aléas climatiques.







