Bassin du Sebou: de 40% à 90% en moins de trois mois, les retenues dépassent 5 milliards de m³

Barrage Al Wahda. (Y.Jaoual/Le360)

En moins de trois mois, le bassin du Sebou est passé d’un remplissage de 40,2% au 1er décembre à un plateau supérieur à 90% à la mi-février, avec des volumes stockés qui dépassent désormais les 5 milliards de m³. Les détails, en chiffres.

Le 18/02/2026 à 15h00

Le bassin du Sebou a connu, entre début décembre et la mi-février, une remontée continue de ses retenues, jusqu’à un plateau supérieur à 90% sur plusieurs jours. Les volumes stockés se chiffrent désormais à 5.019,1 millions de m³ (Mm³).

Le 1er décembre, le bassin du Sebou affiche 2.237,6 Mm³ pour 40,2% de remplissage. La fin du mois confirme une première montée, avec 44,7% le 26 décembre et un volume de 2.482,7 Mm³, avant que janvier n’installe un rythme nettement plus soutenu. Le 5 janvier, le remplissage atteint 51,2% (2.845 Mm³), puis 57% le 20 janvier (3.167,2 Mm³). La hausse se prolonge ensuite à 61,8% le 25 janvier (3.436,4 Mm³) et atteint 68,7% le 28 janvier (3.816,1 Mm³).

Après un taux de 77,4% le 30 janvier, le bassin remonte à 81% le 31 janvier, pour 4.503,5 Mm³. Le 1er février, il atteint 81,4%, connaît une fluctuation le 2 février (79,7%) puis repart à la hausse. Entre le 3 et le 7 février, le remplissage passe de 78,1% à 84,7%, les volumes évoluant de 4.338,5 Mm³ à 4.707,2 Mm³. Le 8 février, le seuil de 85% est franchi à 85,5% (4.751,4 Mm³), puis le bassin atteint 87,4% le 9 février avant de dépasser 90% le 10 février, à 90,3% et 5.015,9 Mm³.

La période du 11 au 16 février correspond à une zone haute et quasi stable, avec un remplissage compris entre 91% et 91,5%. Les volumes restent au-dessus de 5.050 Mm³, avec un maximum à 5.086 Mm³ le 11 février. Le 18 février, le niveau reste élevé, à 90,3% pour 5.019,1 Mm³.

Évolution du remplissage du bassin du Sebou. (Source: Maa Dialna)

DateTaux de remplissage (%)Volume (en Mm3)
18 février90,35019,1
17 février90,75038,5
16 février91,25063,7
15 février91,35047,3
14 février915055,5
13 février90,95051,8
12 février91,55081,7
11 février91,55086
10 février90,35015,9
9 février87,44854
8 février85,54751,4
7 février84,74707,2
6 février84,24677,3
5 février83,54639,8
4 février79,34407,5
3 février78,14338,5
2 février79,74427,6
1 février81,44521,9
31 janvier814503,5
30 janvier77,44299,4
28 janvier68,73816,1
25 janvier61,83436,4
20 janvier573167,2
5 janvier51,22845
26 décembre44,72482,7
1 décembre40,22237,6

Les indicateurs consolidés sur la campagne confirment la lecture. Entre le 1er septembre 2025 et le 14 février 2026, les apports en eau du bassin dépassent de 163% les moyennes habituelles. Les précipitations cumulées atteignent environ 663,6 mm, soit un excédent de 73,2% par rapport à une année normale et de 343,9% comparativement à la même période de l’année précédente.

Le principal effet d’entraînement vient d’Al Wahda. Ses apports atteignent près de 3.809,27 millions de m³, soit 169% par rapport à la moyenne d’une année normale, et ils sont presque entièrement concentrés entre le 12 décembre 2025 et le 13 février 2026, à hauteur de 99,58%. À ces niveaux de remplissage, la question devient aussi opérationnelle. Plus les retenues s’approchent du plein, plus la gestion repose sur des lâchers préventifs pour conserver une marge de sécurité, absorber de nouveaux apports et lisser les débits en aval, afin de sécuriser les ouvrages et limiter le risque d’inondation.

À partir du moment où les ouvrages montent vers le plein, l’enjeu se déplace. Le stockage reste central, mais la régulation devient tout aussi structurante. Les lâchers préventifs et réguliers servent à préserver une marge dans la retenue pour absorber une nouvelle arrivée d’eau, réduire le risque de dépassement des seuils et lisser les débits en aval. Dans le Sebou, cette logique a été renforcée depuis la deuxième semaine de décembre 2025, avec une hausse significative des niveaux des oueds Sebou et Ouergha.

Les débits de lâchers ont ainsi varié selon les apports et les niveaux, d’abord entre 250 et 500 m³ par seconde, pouvant atteindre 2.200 m³ par seconde, avant de se stabiliser autour de 600 m³ par seconde avec une météo plus stable. Sur le plan économique, l’intérêt est double, protéger les infrastructures et sécuriser l’aval tout en maintenant la trajectoire de recharge lorsque les apports restent importants.

Cette séquence se double d’un agenda d’investissement qui vise à transformer l’amélioration conjoncturelle en capacité structurelle. Le bassin a connu le démarrage de la mise en eau du barrage Koudiat El Borna d’une capacité de 12 millions de m³, destiné à l’irrigation et à l’eau potable, la poursuite des travaux des barrages Sidi Abou et Ratba, ainsi que l’avancement du barrage Ribat El Kheir.

Deux petits barrages, Hamdallah et Meskdal, complètent ce dispositif. En parallèle, le transfert d’eau vers le bassin du Bouregreg se poursuit dans le cadre de l’interconnexion, avec 954 millions de m³ transférés à fin décembre 2025.

Pour rappel, le bassin du Sebou représente à lui seul près de 30% des ressources en eau de surface du Maroc. Drainé par l’oued Sebou, qui prend naissance dans le Moyen Atlas et parcourt environ 500 km avant de rejoindre l’Atlantique près de Kénitra, il couvre un territoire très contrasté au Nord-Ouest du Royaume, entre les reliefs du Rif et du Moyen Atlas, la plaine du Saïss et les grands affluents du moyen Sebou, Ouergha et Beht, jusqu’à la plaine du Gharb ouverte sur le littoral. Un périmètre élargi qui intègre également les bassins de Drader-Souier et de M’da.

Par Hajar Kharroubi
Le 18/02/2026 à 15h00