Une équipe élargie, politique, rajeunie et renouvelée: ce qu’il faut retenir du nouveau gouvernement

Une photo immortalisant l’accord entre Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement désignée, et les dirigeants de l’Istiqlal, de l’USFP et du PPS.

Nommé ce vendredi 16 octobre par le roi Mohammed VI, le nouvel exécutif dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri compte 32 membres, dont sept femmes et onze ministres délégués. Sans secrétaire d’État, le gouvernement associe reconductions, promotions et nouveaux profils, tout en redessinant les périmètres de plusieurs départements. L’introduction de l’intelligence artificielle dans l’architecture gouvernementale et l’accent mis sur la performance publique figurent parmi les principaux changements.

Le 16/10/2026 à 18h55

Le gouvernement El Mansouri est désormais connu. Trois semaines après les élections législatives du 23 septembre, le roi Mohammed VI a présidé, ce vendredi 16 octobre, au Palais royal de Rabat, la cérémonie de nomination des membres du nouvel exécutif. Dirigée par Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à occuper la fonction de cheffe du gouvernement, cette équipe compte 32 membres, dont onze ministres délégués. Elle ne comprend aucun secrétaire d’État. Sept femmes y siègent, en comptant la cheffe du gouvernement.

Au-delà de sa taille, cette équipe se distingue par sa forte coloration politique. À l’exception de quelques profils issus de la haute administration ou du monde de l’entreprise, notamment Ahmed Rahhou et Jalal Charaf, la plupart des membres du gouvernement affichent une appartenance partisane assumée. Le PAM, arrivé en tête des législatives avec 97 sièges, gouvernera avec l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. Une coalition qui dispose de 207 sièges à la Chambre des représentants.

Ce choix donne à la nouvelle équipe une assise politique clairement identifiable. Il place aussi ses composantes face à une responsabilité commune. Il s’agit de transformer les engagements électoraux en politiques publiques coordonnées, dans un contexte marqué par les attentes en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de santé, d’éducation et de réduction des inégalités territoriales.

La composition dessine ainsi un équilibre entre continuité institutionnelle, renouvellement des profils et redistribution des responsabilités.

La continuité est particulièrement visible dans plusieurs départements stratégiques. Abdelouafi Laftit est reconduit à l’Intérieur, Nasser Bourita conserve les Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, tandis qu’Ahmed Toufiq demeure à la tête du ministère des Habous et des Affaires islamiques. Abdeltif Loudyi conserve également la responsabilité de l’Administration de la Défense nationale, en qualité de ministre délégué auprès de la cheffe du gouvernement.

(Z.Agzit/Le360)

Ces reconductions assurent la continuité des dossiers relevant de ces institutions. Elles coexistent avec une recomposition plus marquée dans les secteurs économiques et sociaux, où plusieurs responsables du précédent exécutif conservent leur poste, parfois avec un périmètre élargi, tandis que de nouveaux visages accèdent aux responsabilités ministérielles.

Le gouvernement fait également une place à des responsables ayant accumulé de l’expérience dans les appareils partisans, les collectivités territoriales et les institutions parlementaires. Ce profilage politique concerne notamment plusieurs membres de l’USFP et du PPS.

Le renouvellement générationnel constitue un autre trait de cette composition, avec l’arrivée de nouveaux responsables et de profils issus de parcours professionnels variés.

Lekjaa promu, Baraka élargit son périmètre

L’une des principales évolutions concerne Fouzi Lekjaa, promu ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique. Jusqu’ici ministre délégué chargé du Budget, il prend désormais la tête d’un département central pour la conduite de la politique économique, la mobilisation des ressources publiques et l’arbitrage des dépenses de l’État.

L’ajout de la performance publique à l’intitulé du ministère mérite une attention particulière. Il inscrit explicitement la question des résultats de l’action publique dans le périmètre du département, au-delà de la seule gestion budgétaire. Le nouvel argentier du Royaume devra ainsi concilier la soutenabilité des finances publiques, le financement des priorités sociales et l’efficacité de la dépense.

Autre changement notable, Nizar Baraka conserve le ministère de l’Équipement et de l’Eau, désormais élargi aux Forêts. Ce transfert de compétence ouvre la voie à une nouvelle articulation entre les politiques hydrique, forestière et d’aménagement du territoire.

À l’Industrie, Ryad Mezzour conserve son portefeuille, élargi à l’investissement et à l’inclusion économique. Omar Hejira reste ministre délégué chargé du Commerce extérieur. L’Istiqlal conserve ainsi les deux responsabilités, dans une configuration proche de celle du précédent gouvernement.

Bensaid reconduit, Benabdallah fait son retour

Contrairement aux spéculations sur son départ, Mohamed Mehdi Bensaid est reconduit au gouvernement, à la tête du ministère de la Jeunesse, de la Culture et des Sports. Membre de la direction collégiale du PAM aux côtés de Fatima Ezzahra El Mansouri et de Fatima Saâdi, il retrouve un portefeuille qui lui permettra de poursuivre les chantiers engagés lors du précédent mandat.

Le secteur sportif revient ainsi dans son périmètre, après avoir été rattaché à l’Éducation nationale. Les enjeux sont importants, entre développement des infrastructures, promotion du sport de proximité et renforcement de l’encadrement des jeunes.

Le retour de Nabil Benabdallah constitue un autre signal politique. Le secrétaire général du PPS retrouve une fonction ministérielle après plusieurs années d’absence de l’exécutif. Il avait dirigé le département de la Communication entre 2002 et 2007, avant de prendre en charge l’Habitat et la Politique de la ville de 2012 à 2017.

Son nouveau portefeuille, qui regroupe l’Éducation nationale, le Préscolaire, la Formation professionnelle et la Qualification, rassemble plusieurs niveaux du système éducatif et de formation. Cette architecture peut favoriser une meilleure articulation entre apprentissages, acquisition des compétences et insertion professionnelle. Elle exige cependant une coordination étroite avec l’Enseignement supérieur, l’Emploi et les départements chargés de l’inclusion économique.

Azzeddine El Midaoui conserve, pour sa part, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Il devra poursuivre les réformes engagées dans un secteur confronté à des enjeux de qualité de la formation, d’employabilité des diplômés et de rapprochement entre universités et monde économique.

Le nouvel exécutif hérite de plusieurs dossiers qui appellent des réponses rapides. Au ministère du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh est reconduit dans ses fonctions. La colère des transporteurs, alimentée par la hausse des coûts du carburant malgré les mécanismes d’aide directe de l’État, figure parmi les sujets sensibles. La régulation du transport par application constitue un autre dossier à traiter, dans un secteur où les opérateurs traditionnels et les nouvelles plateformes défendent des intérêts parfois contradictoires.

À l’Emploi et au Dialogue social, Abderrahim Chahid, responsable de l’USFP et député de la circonscription de Zagora, hérite d’un portefeuille particulièrement sensible. Il devra notamment renouer le dialogue avec les partenaires sociaux, dans un contexte marqué par la rupture des échanges et le retrait de certains syndicats face à la gestion de plusieurs dossiers sous le précédent gouvernement, notamment celui du droit de grève. Le rétablissement de la confiance et la recherche de compromis avec les organisations syndicales figureront ainsi parmi les principaux enjeux de son mandat.

Dans l’agriculture, Khalid Hatimy, membre du bureau politique du PAM et ancien député de Taroudant-Sud, prend la tête d’un ministère élargi à la Pêche maritime et à la Souveraineté alimentaire. Ahmed Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’USFP et figure du parti à Mohammedia, est nommé ministre délégué chargé de la Pêche maritime.

Intelligence artificielle et performance publique

La création d’un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration constitue l’une des nouveautés les plus visibles du gouvernement El Mansouri. Sa direction est confiée à Ahmed Rahhou, ancien président du Conseil de la concurrence. Son parcours dans le secteur bancaire, notamment à la tête du CIH, est marqué par le développement des services numériques et la transformation des usages bancaires. Son profil paraît en phase avec les missions de son nouveau département, qui devra faire de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique des leviers de modernisation de l’administration.

Deux autres nominations méritent attention. Hassan Tariq, ancien responsable de l’USFP, universitaire et ancien ambassadeur du Maroc en Tunisie, devient secrétaire général du gouvernement, en remplacement de Mohamed Hajoui. Il dirigeait l’Institution du Médiateur du Royaume depuis le 24 mars 2025.

Jalal Charaf, nommé ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie solidaire, représente un profil issu du monde économique. Ancien directeur général délégué de la CGEM et responsable de structures professionnelles, il a également travaillé sur la valorisation des filières du terroir, notamment autour de la rose de Kelaâ M’Gouna. Son expérience dans les organisations professionnelles et la promotion des produits locaux pourra être mobilisée sur des dossiers qui associent tourisme, artisanat et développement territorial.

Sept femmes, des responsabilités importantes

Le gouvernement compte sept femmes sur 32 membres, soit un peu moins d’un quart de l’équipe. Najwa Koukouss, avocate de formation, présidente du Conseil national du PAM et ancienne responsable de la jeunesse du parti, prend en charge la Famille, le Développement social et l’Égalité.

À l’Istiqlal, Madiha Khayr est nommée ministre déléguée chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification. Elle s’est distinguée lors des dernières législatives par sa victoire sur la liste régionale de l’Istiqlal dans la région de Béni Mellal-Khénifra, avec un score présenté comme un record national.

Fatima Saadi, membre de la direction collégiale du PAM, est chargée de l’Habitat et de la Politique de la ville. Ancienne maire d’Al Hoceïma et ex-députée, elle apporte une expérience de la gestion locale et de l’action sociale à un portefeuille confronté aux enjeux de l’accès au logement, de l’aménagement urbain et de la réduction des disparités territoriales.

Kouloub Faitah, avocate, députée et présidente de l’Organisation des femmes du PAM, est chargée des Relations avec le Parlement et la Société civile auprès de la cheffe du gouvernement. Son rôle sera notamment de faciliter les relations entre l’exécutif, les groupes parlementaires et les acteurs associatifs.

Charafat Afailal fait, elle aussi, son retour au gouvernement, cette fois à la tête du ministère de l’Énergie, des Mines et du Développement durable. Elle avait été secrétaire d’État chargée de l’Eau dans le gouvernement El Othmani, avant de quitter ses fonctions lors du remaniement d’octobre 2017, dans un contexte de différend avec son ministre de tutelle de l’époque, Abdelkader Amara. Son retour intervient dans un secteur stratégique, marqué par les enjeux de transition énergétique, de sécurité d’approvisionnement et de développement durable.

Aïcha Guellaa, issue de l’USFP, est nommée ministre déléguée chargée de la Réforme de l’administration. Sa présence dans un département placé au cœur de la transformation numérique souligne l’importance accordée à la modernisation des services publics dans la nouvelle architecture gouvernementale.

L’arrivée de Youns Bjijou au ministère de la Santé et de la Protection sociale constitue l’un des changements de profils les plus notables. Professeur d’anatomie et de chirurgie expérimentale, il occupait jusqu’ici le poste de directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé. Son parcours l’a conduit à participer aux réflexions sur la réforme du système de santé. Il lui revient désormais de contribuer à leur traduction en décisions publiques, notamment en matière d’accès aux soins, de ressources humaines et de protection sociale.

À l’Éducation nationale, Kamal Hachoumi, professeur de droit constitutionnel et de science politique à l’Université Mohammed V et issu de l’USFP, est nommé ministre délégué chargé du Préscolaire et de la Lutte contre la déperdition scolaire. Ancien directeur de cabinet de Habib El Malki lorsque celui-ci présidait la Chambre des représentants, il dispose d’une expérience universitaire et institutionnelle qu’il devra mobiliser sur un dossier où les résultats dépendent autant de l’offre éducative que de l’accompagnement social des élèves.

Plusieurs autres responsables font leur entrée au gouvernement. Samir Belfkih, universitaire spécialisé en sciences de l’ingénieur et militant du PAM, prend en charge l’Aménagement du territoire national, l’Urbanisme, l’Habitat et la Politique de la ville, tout en devenant porte-parole du gouvernement. Son parcours politique s’est notamment illustré par sa candidature à la direction du PAM lors d’un précédent congrès du parti.

Salah-Eddine Abkari, responsable de la jeunesse du PAM, est nommé ministre délégué chargé de la Jeunesse auprès du ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports. Cette nomination intervient dans un contexte où l’emploi, la formation et la participation des jeunes à la vie publique figurent parmi les attentes importantes exprimées dans le débat national.

Rachid Hamouni, député du PPS connu pour ses interventions musclées à la Chambre des représentants, devient ministre délégué chargé de l’Inclusion sociale auprès de la ministre de la Famille, du Développement social et de l’Égalité.

Abdeljabbar Errachidi, membre de l’Istiqlal et ancien secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, retrouve lui aussi le gouvernement, cette fois comme ministre délégué chargé de l’Artisanat et de l’Économie solidaire.

La culture des résultats comme principal test

Le renforcement de la dimension politique de l’exécutif peut clarifier la responsabilité des partis dans la conduite des politiques publiques. Il implique aussi que les composantes de la majorité assument collectivement les arbitrages et les résultats de leur action. De même, l’élargissement de certains départements peut favoriser une meilleure coordination, à condition que les responsabilités soient clairement définies et que les chevauchements soient maîtrisés.

L’enjeu sera désormais de relier cette architecture aux priorités concrètes des citoyens: création d’emplois, amélioration du pouvoir d’achat, accès à la santé et à l’éducation, sécurité alimentaire, modernisation de l’administration et réduction des inégalités territoriales.

La nouvelle équipe dispose d’une feuille de route institutionnelle et politique. Sa crédibilité se construira à travers sa capacité à fixer des objectifs lisibles, à coordonner les politiques sectorielles, à suivre les résultats et à rendre compte des progrès réalisés. Au-delà du nombre de ministres et de la diversité des profils, c’est bien l’efficacité de l’action publique qui constituera le principal critère d’appréciation de ce nouveau mandat.

Par Wadie El Mouden
Le 16/10/2026 à 18h55