Depuis quelques jours, un narratif soigneusement relayé par des médias et influenceurs proches du pouvoir en Algérie tente d’imposer une lecture alternative des récents développements diplomatiques autour du Sahara. Selon cette version, Alger n’aurait jamais refusé de participer aux négociations encouragées par le Conseil de sécurité. Une affirmation qui se heurte pourtant à une accumulation de déclarations officielles, publiques et documentées démontrant exactement le contraire. Une simple rétrospective factuelle permet de révéler une stratégie de déni désormais fragilisée par la chronologie même des positions algériennes.
Les récentes discussions organisées à Madrid ont marqué un tournant diplomatique notable. La participation algérienne a été obtenue sous forte pression des États-Unis, aujourd’hui considérés comme l’acteur décisif du dossier saharien. L’Algérie a pourtant immédiatement tenté d’en minimiser la portée. Son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, était bel et bien présent dans la capitale espagnole. La communication officielle algérienne a cependant présenté ce déplacement comme étant exclusivement consacré à des entretiens bilatéraux avec son homologue espagnol José Manuel Albares, évacuant soigneusement toute référence à des discussions relatives au Sahara. Dans les médias officiels et sur les réseaux sociaux algériens, le silence a été total. Il aura fallu que la mission américaine auprès de l’Organisation des Nations unies rende publique la tenue des discussions en précisant la participation algérienne pour que la ligne officielle évolue brusquement.
La nouvelle ligne: réécrire l’histoire
Face aux révélations publiques, Alger tente désormais de soutenir qu’elle n’a jamais manifesté d’opposition de principe à participer aux négociations. Cette version contredit pourtant frontalement plusieurs positions diplomatiques officielles adoptées ces dernières années.
Le 30 octobre 2020, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 2548, mentionnant explicitement l’Algérie comme partie prenante au processus politique relatif au Sahara. La réaction algérienne fut révélatrice. Dans un communiqué officiel, la diplomatie algérienne a tenté de redéfinir le rôle de son pays, le présentant comme un simple «observateur officiel du processus de paix», en contradiction avec les formulations du texte adopté. Cette tentative de repositionnement marquait déjà une volonté de s’extraire du cadre négocié établi par la communauté internationale.
La rupture devient formelle en 2021. Une déclaration officielle, relayée par l’Agence Presse Service, annonce clairement le refus algérien de participer aux tables rondes consacrées au Sahara, Alger affirmant ne pas être partie prenante au conflit. Cette position est ensuite notifiée officiellement aux Nations unies via les canaux diplomatiques habituels, notamment la représentation permanente algérienne à New York.
La déclaration la plus explicite est prononcée le 22 octobre 2021 par Amar Belani, alors ambassadeur envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et aujourd’hui représentant algérien auprès de l’ONU. À l’agence officielle algérienne d’information APS, il déclarait sans ambiguïté: «Quant au format dit des tables rondes, que nous avons déjà rejeté publiquement, l’Algérie ne s’est jamais engagée à en faire partie à l’avenir car nous estimons que ce format est loin de constituer la solution idéale et que, bien au contraire, il est devenu contreproductif depuis que le Maroc a décidé, de manière irresponsable et malhonnête, de l’instrumentaliser pour tenter misérablement d’escamoter le caractère de décolonisation de la question du Sahara Occidental au profit d’un prétendu conflit régional et artificiel dont l’Algérie serait une partie prenante», affirmait le faux diplomate.

Il ajoutait: «Pour ces raisons, nous confirmons notre rejet formel et irréversible de ce format dit des tables rondes et nous avons instruit notre représentant permanent à New York à l’effet de notifier cette position du gouvernement algérien au président du Conseil de sécurité, en lui demandant de faire circuler la note verbale en question à tous les membres du Conseil».
Quelques jours auparavant, le 12 octobre 2021, le même responsable affirmait déjà, et au siège même de l’ONU, que le format des tables rondes était «obsolète» et «n’est plus à l’ordre du jour». Ces déclarations constituent des positions diplomatiques officielles, assumées et communiquées aux instances internationales.
L’incohérence du discours algérien se renforce avec la résolution 2797 adoptée en 2025, considérée comme marquant une nouvelle étape dans la reconnaissance du plan d’autonomie proposé par Maroc. Membre non permanent du Conseil de sécurité cette année-là, l’Algérie n’a d’ailleurs pas participé au vote de la résolution. C’est dire!
Aujourd’hui, la participation algérienne aux discussions est davantage dictée par les évolutions du rapport de force diplomatique que par un changement volontaire de doctrine. Les discussions actuelles visent précisément à examiner les modalités d’application du plan d’autonomie, cadre auquel Alger s’était toujours opposée.
L’affirmation selon laquelle l’Algérie n’aurait jamais refusé de participer aux négociations sur le Sahara ne résiste pas à l’examen des faits. Les archives diplomatiques, les communiqués officiels et les déclarations publiques de responsables algériens démontrent un rejet explicite, formalisé et assumé de toute négociation. La tentative actuelle de réécriture narrative s’inscrit dans une stratégie de repositionnement diplomatique contrainte par les évolutions internationales. Mais face aux déclarations passées, documentées et notifiées aux instances multilatérales, ce récit est difficilement soutenable et relève davantage de la communication de crise que de la réalité diplomatique.








