Le Maroc et Israël maintiennent le cap de leur coopération militaire et entament l’année 2026 avec l’adoption commune d’un nouveau plan d’action au titre de l’année qui démarre. La signature de cette nouveau plan de travail militaire est intervenue cette semaine, à l’issue de la troisième réunion de Commission militaire conjointe, tenue à Tel-Aviv, annonce l’armée israélienne (IDF). Cette rencontre intervient cinq ans après la reprise officielle des relations diplomatiques entre les deux pays dans le cadre des Accords d’Abraham.
Côté israélien, les discussions ont été conduites par la Direction de la planification de l’armée israélienne et sa division Tevel, en charge des relations internationales. Elles ont donné lieu à plusieurs réunions techniques entre responsables militaires des deux pays, ainsi qu’à des visites d’unités opérationnelles, d’industries de défense et de directions militaires, «constituant une nouvelle étape dans le cadre des Accords d’Abraham et un pas supplémentaire en faveur de la stabilité régionale», souligne l’IDF.
Au cœur de cette rencontre figurait un panel stratégique consacré au renforcement des capacités militaires, abordant les méthodes de montée en puissance des forces armées, la planification à long terme et les objectifs communs de coopération entre les deux armées. Le plan d’action signé pour 2026 vise à structurer ces échanges à travers des mécanismes réguliers de coordination, de formation et de coopération technique.
Au-delà de son aspect opérationnel, cette signature revêt une portée géostratégique significative pour le Maroc. Elle s’inscrit dans une dynamique de diversification des partenariats militaires du Royaume, engagé depuis plusieurs années dans un vaste chantier de modernisation des Forces armées royales, de renforcement de ses capacités et d’adaptation de leur doctrine aux menaces contemporaines. En s’appuyant sur des partenaires disposant d’une expertise avancée, notamment dans les domaines de la technologie militaire, du renseignement et de la cyberdéfense, Rabat cherche à renforcer son autonomie stratégique et ses capacités de dissuasion. Dans ce contexte, le Maroc se positionne comme un acteur de stabilité, misant sur une diplomatie sécuritaire proactive et sur des alliances pragmatiques, sans renoncer à son indépendance stratégique.
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Cinq ans après les Accords d’Abraham, le partenariat militaire maroco-israélien illustre ainsi une coopération qui dépasse le cadre diplomatique pour produire des effets concrets sur le plan sécuritaire. La coopération militaire entre le Maroc et Israël s’est progressivement renforcée à travers une série d’acquisitions d’équipements jugés performants et adaptés aux besoins opérationnels des Forces armées royales. En 2025, ce rapprochement s’est notamment illustré par la décision de Rabat de se tourner vers l’entreprise israélienne Elbit Systems pour l’acquisition de 36 pièces d’artillerie autotractées Atmos 2000, montées sur des camions Tatra. L’Atmos 2000 est notamment apprécié pour sa mobilité, sa rapidité de déploiement et sa facilité d’intégration sur le terrain.
Cette orientation ne constitue pas un cas isolé. Dès 2022, le Maroc avait signé un contrat avec Israel Aerospace Industries pour l’acquisition du système de défense aérienne et antimissile Barak MX, à la suite d’une visite officielle à Rabat du ministre israélien de la Défense de l’époque et de la conclusion d’un accord de coopération militaire bilatéral. Le choix de ce système s’expliquait à la fois par son efficacité opérationnelle et par un coût jugé compétitif par rapport à d’autres solutions disponibles sur le marché. Une grande partie des équipements a depuis été livrée et intégrée aux capacités de défense marocaines. Le Royaume s’est également doté de drones de surveillance de type Heron, renforçant ses moyens de renseignement et de contrôle du territoire.
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En 2024, cette dynamique a franchi un nouveau cap avec la commande par le Maroc de deux satellites Ofek 13 auprès du groupe IAI, pour un montant estimé à un milliard de dollars, avec une livraison prévue d’ici cinq ans. Il s’agit du plus important contrat jamais signé entre les deux pays depuis la reprise de leurs relations. Ces acquisitions successives traduisent un tournant stratégique en matière d’armement, fondé sur des critères d’efficacité, de coût et de réactivité industrielle. Selon les données de Stockholm International Peace Research Institute, Israël figure désormais parmi les principaux fournisseurs militaires du Maroc, représentant environ 11% de ses importations d’armement, confirmant la profondeur croissante de cette coopération stratégique.
Le Maroc ne se contente pas d’importer des équipements de défense israéliens, mais s’inscrit résolument dans une logique d’industrialisation et de montée en compétence locale. L’israélien BlueBird Aero Systems a ainsi réaffirmé son intention de lancer au Maroc une usine de production de drones SPY-X, en accueillant récemment une équipe technique marocaine pour une formation approfondie au sein de ses installations. Cette visite s’inscrivait dans le cadre d’un programme structuré de transfert de technologie (TOT), combinant échanges de connaissances et apprentissage pratique, en préparation du démarrage de la première ligne de fabrication locale de ce type de drones. L’initiative illustre la volonté des deux parties de dépasser la simple relation fournisseur-client pour bâtir une capacité industrielle durable, dans un climat de coopération renforcée. Pour rappel, le PDG de BlueBird, Ronen Nadir, avait indiqué en avril 2024 que l’infrastructure de production locale était déjà en place et devrait entrer en activité dans un avenir proche, sans calendrier précis.












