L’annonce est passée sous les radars mais ce début 2026 marque le déploiement d’une technologie militaire qui promet de faire bien des différences et le couronnement d’un partenariat qui porte ses premiers fruits sur le terrain. Il s’agit de l’activation du système de défense aérienne et antimissile Barak MX par le Maroc, qui marque une nouvelle étape décisive dans la modernisation de l’architecture militaire du Royaume et dans la consolidation de sa coopération stratégique avec Israël. Pour la première fois, le Maroc se dote d’un bouclier aérien multi-couche de dernière génération, capable de faire face aux menaces contemporaines les plus complexes, notamment la prolifération régionale des drones armés et des munitions rôdeuses.
Confirmée par des analyses de signatures électroniques détectées par satellite et relayée par des médias israéliens généralistes, à l’image de The Jerusalem Post, comme spécialisés, tel quel Defense Post, l’entrée en service du Barak MX est préparée depuis la signature du contrat en 2022, d’une valeur globale de 500 millions de dollars, soit environ 4,5 milliards de dirhams, et la réception progressive des composants à partir de 2023. Elle symbolise l’aboutissement opérationnel d’un partenariat militaire qui a gagné en densité et en maturité depuis la reprise des relations maroco-israéliennes en décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham.
La relation bilatérale entre les deux États a connu une accélération notable, particulièrement dans le domaine militaire et sécuritaire. Longtemps menée avec prudence, cette coopération s’est progressivement imposée comme l’un des axes les plus structurants du rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv. Si les dimensions économique, technologique et touristique ont bénéficié d’une large visibilité, la coopération militaire s’est, quant à elle, développée de manière plus discrète mais non moins déterminante.
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En quelques années, les deux pays sont passés d’un dialogue exploratoire à un partenariat stratégique dense, reposant sur l’acquisition d’armements de haute technologie, l’échange d’expertise militaire, le transfert de compétences industrielles et, plus récemment, l’implantation d’unités de production israéliennes sur le sol marocain. Cette évolution répond à une vision stratégique marocaine de long terme visant à moderniser les Forces armées royales, à diversifier les partenaires de défense et à renforcer l’autonomie stratégique du Royaume dans un environnement régional de plus en plus marqué par l’instabilité et les menaces asymétriques.
Barak MX: le dôme de fer du Sahara
L’entrée en service du système de défense aérienne et antimissile Barak MX constitue l’un des développements les plus significatifs de la coopération militaire entre le Maroc et Israël. Conçu par Israel Aerospace Industries et acquis par Rabat en 2022, ce système a été livré progressivement à partir de 2023, avant d’atteindre son plein statut opérationnel au début de l’année 2026. Sa mise en service a été confirmée par des analyses satellitaires révélant des signatures électroniques caractéristiques, attestant de son déploiement effectif sur le terrain.

Le Barak MX offre au Maroc une capacité de défense multi-couche de dernière génération, capable d’intercepter un large éventail de menaces aériennes, allant des drones et aéronefs aux missiles de croisière et aux missiles balistiques, à des distances pouvant atteindre environ cent cinquante kilomètres. Cette capacité marque une rupture avec les dispositifs de défense précédents, plus limités, et permet désormais aux Forces armées royales de disposer d’un véritable bouclier aérien intégré.
Le déploiement de ce système répond à plusieurs objectifs stratégiques majeurs. Il permet d’abord un renforcement substantiel du contrôle de l’espace aérien national, notamment au-dessus des régions méridionales et du Sahara. Il s’inscrit ensuite dans une adaptation aux évolutions contemporaines des conflits armés, caractérisés par la prolifération rapide des drones armés et des munitions rôdeuses. Enfin, il confère au Maroc une capacité de dissuasion crédible face à des menaces conventionnelles et asymétriques, qu’elles émanent d’États ou d’acteurs non étatiques.
«En Israël, la famille des systèmes Barak s’inscrit dans l’architecture globale de défense aérienne aux côtés du Dôme de fer, de la Fronde de David et du système Arrow, chacun couvrant un niveau de menace spécifique», explique The Times of Israel en annonçant le déploiement marocain .
SpyX: le made in Morocco contre les menaces asymétriques
La coopération maroco-israélienne trouve l’un de ses terrains d’expression les plus dynamiques dans le domaine des drones et des systèmes autonomes. Les Forces armées royales ont progressivement intégré plusieurs plateformes israéliennes destinées à la reconnaissance, à la surveillance et à l’intervention ciblée, renforçant ainsi leurs capacités de renseignement et d’action rapide.
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Le drone kamikaze SpyX, développé par l’entreprise israélienne BlueBird Aero Systems, illustre parfaitement cette orientation stratégique. Cette munition rôdeuse est conçue pour effectuer des missions de surveillance avant de neutraliser une cible avec une grande précision, grâce à une charge explosive intégrée et un système de guidage avancé. Elle répond directement aux exigences des conflits modernes, où la rapidité d’exécution, la précision et la réduction des dommages collatéraux sont devenues des paramètres essentiels.
L’aspect le plus marquant de ce programme réside toutefois dans la dimension industrielle de la coopération. L’inauguration d’une usine de production du SpyX à Benslimane marque une étape sans précédent, faisant du Maroc le premier pays d’Afrique du Nord à accueillir une installation industrielle israélienne de défense. Cette implantation permet non seulement la production locale de ces systèmes, mais aussi la formation de techniciens et d’ingénieurs marocains, favorisant ainsi l’appropriation progressive de technologies sensibles.
Ce transfert industriel contribue à réduire la dépendance du Royaume aux importations d’armement, à raccourcir les chaînes logistiques et à renforcer la résilience stratégique nationale. À plus long terme, il ouvre la voie à l’émergence d’une véritable base industrielle de défense marocaine, capable de répondre aux besoins internes et, potentiellement, de s’insérer dans des chaînes de valeur régionales ou internationales.
Atmos 2000, artillerie moderne et ISR
La coopération militaire entre Rabat et Tel-Aviv ne se limite pas aux systèmes aériens et antimissiles. Elle s’étend également aux équipements terrestres et aux capacités de renseignement, illustrant une approche globale de la modernisation des Forces armées royales. L’acquisition de systèmes d’artillerie automotrice Atmos 2000, développés par Elbit Systems, s’inscrit dans cette logique. Le pays consacrera environ 1,9 milliard de dirhams pour l’acquisition de 36 unités.
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Monté sur camions, le système Atmos 2000 combine mobilité, précision et rapidité de déploiement, ce qui le rend particulièrement adapté aux vastes espaces désertiques et aux scénarios opérationnels rencontrés dans le sud du Royaume. Cette artillerie moderne renforce la capacité de feu des FAR tout en offrant une grande flexibilité tactique, essentielle dans des environnements où la rapidité de manœuvre est déterminante.

Parallèlement, l’intégration de drones israéliens dédiés à la surveillance et à la reconnaissance a permis au Maroc de renforcer considérablement ses capacités ISR (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance). Ces systèmes jouent un rôle clé dans la détection précoce des menaces, la collecte de renseignements en temps réel et la coordination des opérations militaires, notamment dans des zones difficiles d’accès ou faiblement couvertes par des moyens conventionnels.
Une coopération institutionnalisée et durable
L’une des évolutions les plus significatives de ces dernières années réside dans l’institutionnalisation progressive de la coopération militaire entre le Maroc et Israël. La mise en place de commissions militaires conjointes et la signature, en 2026, d’un plan d’action militaire annuel témoignent d’une volonté commune de structurer cette relation sur le long terme.
Ce cadre institutionnel permet d’instaurer des mécanismes réguliers de coordination, de planifier des programmes de formation et d’échange d’expertise et de développer une coopération accrue dans les domaines doctrinaux et technologiques. Il confère à la relation militaire une profondeur stratégique nouvelle, en la rendant moins dépendante de considérations conjoncturelles ou de cycles politiques à court terme.
Pour le Maroc, cette coopération représente un levier essentiel de modernisation, de dissuasion et d’autonomie stratégique, parfaitement aligné avec sa volonté de diversification des partenariats et de montée en gamme technologique. Pour Israël, elle constitue une opportunité de projection industrielle et stratégique. À moyen et long terme, ce partenariat est susceptible de contribuer à une recomposition durable des équilibres sécuritaires régionaux et à l’affirmation du Maroc comme acteur militaire technologiquement avancé sur le continent africain.












