Les avocats dans la rue contre le projet de réforme de leur profession

Sit-in des avocats devant le Parlement à Rabat contre le nouveau projet de loi de procédure civile (Y.Mannan / Le360).

Revue de presseBravant la pluie, des milliers d’avocats venus des différents barreaux du Royaume ont manifesté vendredi devant le Parlement pour dénoncer le projet de loi 66.23 encadrant la profession. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 06/02/2026 à 21h02

Malgré les fortes averses qui se sont abattues vendredi matin sur Rabat, des milliers d’avocats ont bravé les intempéries pour se rassembler sur l’avenue Mohammed V, précisément devant le Parlement, répondant à l’appel lancé par l’Association des barreaux du Maroc. Cette mobilisation vise à dénoncer le projet de loi n° 66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat, un texte qui suscite une vive controverse au sein du corps professionnel, indique le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 7 et 8 février.

La manifestation, qui a débuté à 11 heures, a réuni des représentants des dix-sept barreaux du Royaume, venus exprimer leur colère et leur rejet d’un projet qu’ils considèrent comme une régression remettant en cause des acquis historiques. Les protestataires estiment que ce texte menace l’indépendance de la profession et affaiblit son rôle fondamental dans le système judiciaire. Tout au long du rassemblement, les avocats ont scandé des slogans appelant au retrait du projet, insistant sur leur attachement à la défense des libertés, de la dignité professionnelle et de la justice équitable. Les manifestants ont notamment dénoncé ce qu’ils qualifient de «projet de loi caricatural», rejetant toute forme de corruption ou de marchandisation de la profession.

Les participants ont également tenu à rappeler que la profession d’avocat constitue un pilier essentiel de la protection des droits et des libertés, ainsi qu’une garantie du droit à un procès équitable. Selon eux, toute réforme législative touchant ce secteur ne peut aboutir sans une implication réelle et effective des avocats, qu’ils considèrent comme des acteurs centraux du système judiciaire et non de simples intervenants techniques dans la procédure.

La mobilisation n’a pas rassemblé uniquement des avocats, écrit Assabah. La présence de la Coalition nationale pour la défense de l’indépendance de la profession d’avocat, composée de 43 organisations politiques, associatives et de défense des droits humains, a donné une dimension élargie au mouvement. Cette coalition a affirmé que la bataille menée par les avocats dépasse le cadre corporatiste, estimant que toute atteinte à l’immunité et à l’indépendance de l’avocat constitue une menace directe pour le droit des citoyens à la défense et pour la protection des libertés fondamentales.

Dans une allocution prononcée lors du rassemblement, le bâtonnier Houcine Ziani, président de l’Association des barreaux du Maroc, a souligné que les protestations actuelles ne constituent pas une crise en soi, mais plutôt la conséquence directe d’une crise engendrée par le nouveau projet législatif. Il a insisté sur le fait que les avocats ne s’opposent pas au principe de réforme, mais réclament une loi élaborée dans le cadre d’une démarche participative impliquant l’ensemble des parties concernées.

Le bâtonnier a précisé que cette manifestation s’inscrit dans une série d’actions décidées par le bureau de l’association, visant à contester le contenu du projet de loi, qu’il accuse de porter atteinte à l’indépendance de la profession et à la protection du droit à la défense, tout en remettant en cause plusieurs acquis professionnels. Il a ajouté que l’association reste ouverte à toute réforme véritable, à condition qu’elle soit conforme à la Constitution marocaine, aux constantes nationales et aux standards internationaux régissant la profession. Il a également averti que les avocats refusent d’exercer leur métier dans un cadre légal susceptible de restreindre leur liberté d’action et d’affaiblir les principes fondamentaux de la profession.

Le rassemblement devant le Parlement s’inscrit dans un programme d’escalade des formes de protestation initié par l’Association des barreaux du Maroc, en réaction à ce qu’elle considère comme l’absence de réponse du ministère de la Justice. Ce mouvement de contestation a déjà connu plusieurs étapes, allant de l’arrêt de travail d’une journée à des grèves de deux jours, puis d’une semaine, incluant la suspension totale des activités professionnelles, le boycott des audiences et des fonds judiciaires. À ce stade, les représentants de la profession affirment que la poursuite ou l’intensification de ce mouvement dépendra de la réaction des autorités gouvernementales, dont le silence continue d’alimenter les tensions.

Par La Rédaction
Le 06/02/2026 à 21h02