L’Algérie, le Sahara occidental et le processus de Madrid

Xavier Driencourt.

ChroniqueFort de ses premiers succès diplomatiques, Rabat ne pouvait que tirer parti du retour de Donald Trump sur la scène politique pour consolider ses acquis. Le Maroc y est parvenu avec habileté, d’abord à travers l’organisation réussie de la Coupe d’Afrique des nations — qui, au passage, a permis à de nombreux joueurs et supporters algériens de constater, comme certains me l’ont confié, le niveau de développement du Royaume et l’hospitalité de son peuple. Mais surtout grâce à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui relance la mécanique du processus de Madrid.

Le 10/03/2026 à 17h04

La réunion de Madrid entre les États-Unis, l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et le Polisario a remis à l’ordre du jour la question du Sahara occidental.

La question des frontières, et singulièrement de la frontière entre l’Algérie et le Maroc n’est pas un sujet nouveau. Dès 1962, avant même l’indépendance de l’Algérie, le Maroc cherchait à rectifier sa frontière avec le futur État algérien.

En effet, l’Algérie ayant eu vocation, aux yeux de Paris, à rester «éternellement» française, le colonisateur avait tracé les frontières qui l’arrangeaient, notamment dans le sud algérien. La carte de l’Algérie en forme de «jupe évasée» montre que la France «repoussait» en quelque sorte les deux pays voisins, Tunisie à l’est, Maroc à l’ouest le plus loin possible vers l’extérieur.

Entre le Maroc et l’Algérie, la région de Béchar et Tindouf est depuis toujours contestée, chacun revendiquant cette portion du territoire. La frontière entre l’Algérie, alors française et le Maroc n’était véritablement définie que sur 165 kms, le reste restant flou, car considéré comme inhabité. Les lignes «Varnier» en 1912 et «Trinquet» en 1938 ne sont pas identiques s’agissant du tracé et c’est seulement en 1952 que la France intègre au département d’Oran les régions de Tindouf et de Colomb-Béchar. Devenu indépendant en 1956, le Maroc réclame immédiatement un nouveau tracé des frontières à la France qui cherche alors à obtenir en échange du Maroc qu’il renonce à soutenir l’ALN, ce que Rabat n’accepte pas. Le Roi Mohammed V signe finalement en 1961 avec Ferhat Abbas, président du GPRA, un accord selon lequel la frontière entre les deux pays sera renégociée une fois l’Algérie indépendante.

Peine perdue, car après 1962, le nouveau pouvoir algérien refuse de renégocier le tracé frontalier entre les deux pays désormais indépendants. Le Roi Hassan II tente de profiter de la période– encore française et antérieure à l’indépendance algérienne (juillet 1962)– pour que le Général de Gaulle modifie au profit du Maroc, la frontière avec le futur État algérien. La guerre des sables à l’automne 1963 confirme l’opposition entre Alger et Rabat sur cette question.

Le conflit se déplacera alors sur le dossier du Sahara occidental: ancienne colonie espagnole, riche en phosphates, le Sahara espagnol fait l’objet très rapidement de la revendication marocaine. L’Espagne, trop occupée par la succession de Franco et la transition démocratique laisse faire et signe, après la marche verte organisée par le Roi Hassan II un traité de partage de sa colonie entre le Maroc et la Mauritanie.

«Alger est isolé et cède quand on lui impose un rapport de forces, comme le font les États-Unis et comme ne le fait pas le gouvernement français.»

—  Xavier Driencourt

Ce traité irrite profondément Alger qui prétend officiellement ne pas être partie au conflit, mais soutient le Front Polisario à la fois en raison du cas d’espèce, mais aussi au nom du principe d’intangibilité des frontières issues de la décolonisation.

À partir de cette date, le dossier du Sahara occidental devient la pomme de discorde entre Alger et Rabat. Les efforts entrepris tant par les puissances étrangères (États-Unis, France notamment) que par les Nations-Unies qui nomment régulièrement un Représentant spécial chargé de négocier entre les parties au conflit (MM. Baker, Köhler entre autres) buttent sur le caractère irréconciliable des positions de part et d’autre. Dans le fond, le dossier du Sahara occidental empêche toute réconciliation et coopération entre les deux grands pays d’Afrique du Nord.

C’est finalement le gouvernement Trump I qui frappe un grand coup en signant avec le Maroc les «Accords d’Abraham» qui marquent l’engagement américain aux côtés du Royaume chérifien en échange du rétablissement des relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv. À partir de cette date, les jeux sont quasiment faits: Rabat garde l’initiative et amène la plupart des grands pays à rejoindre la position marocaine: l’Espagne, ancien colonisateur, le Royaume-Uni, et le 30 juillet 2024, la France puis la Belgique reconnaissent sous une forme ou une autre, la position marocaine. Lourde défaite pour le régime d’Alger qui se retrouve bien isolé dans son soutien à la cause sahraouie et fera chèrement payer à Paris ce que le pouvoir militaire algérien considère comme une trahison (alors qu’il ne prendra aucune mesure à l’encontre des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la Belgique). C’est donc Paris qui paie pour les autres…

Fort de ses premiers succès diplomatiques, Rabat ne pouvait que tirer parti du retour de Donald Trump sur la scène politique pour consolider ses acquis. Le Maroc y est parvenu avec habileté, d’abord à travers l’organisation réussie de la Coupe d’Afrique des nations — qui, au passage, a permis à de nombreux joueurs et supporters algériens de constater, comme certains me l’ont confié, le niveau de développement du Royaume et l’hospitalité de son peuple. Mais surtout grâce à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui relance la mécanique du processus de Madrid. Pour la première fois, les principaux protagonistes — le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario — se retrouvent réunis autour d’une même table, sous l’égide des États-Unis.

Il est certes prématuré de tirer des conclusions définitives de cette rencontre, mais certaines observations peuvent d’ores et déjà être formulées:

  • D’abord, elle est la conséquence directe du vote, à l’automne 2025 de la résolution 2797 qui a vu le Maroc remporter un succès avec une approbation de son plan d’autonomie pour le Sahara occidental. Qui dit plan d’autonomie dit de fait une reconnaissance implicite par les Nations-Unies de la «marocanité de la province». Le plan et la résolution avaient été votées, il faut donc les mettre en œuvre.
  • Ensuite, ce sont les États-Unis qui ont pris les choses en main en invitant ou convoquant à leur ambassade à Madrid les protagonistes: le Maroc, mais aussi l’Algérie et le Front Polisario. Alger met ainsi fin, sous la pression américaine, à la grande hypocrisie qui consistait à dire que l’Algérie n’était pas le moins du monde concernée par ce dossier, qu’elle ne faisait que soutenir le seul qui compte, le Front Polisario. Le Polisario montre ainsi qu’il n’était qu’un jouet dans les mains d’Alger.
  • Les États-Unis semblent vouloir mettre fin à ce conflit qui dure depuis si longtemps. Ils ont sans doute tapé du poing sur la table, fait pression sur Rabat et menacé Alger. Washington veut que le comité technique chargé de finaliser l’accord-cadre soit installé rapidement.
  • Cette réunion constitue aussi une victoire pour le Maroc puisque c’est effectivement le plan marocain qui sert de base de travail. Les autres solutions possibles ne sont pas évoquées. La réunion confirme donc ce que j’écris depuis longtemps: Alger est isolé et cède quand on lui impose un rapport de forces, comme le font les États-Unis et comme ne le fait pas le gouvernement français. Si Washington obtient des résultats concrets d’ici le printemps, une étape majeure aura été franchie et les relations entre les deux pays voisins du Maghreb prendront peut-être un nouveau cours.
Par Xavier Driencourt
Le 10/03/2026 à 17h04