Géopolitique: l’heure du choix entre les causes étrangères et la raison d’État

L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, a été assassiné dans la nuit du samedi 28 février au dimanche 1er mars 2026, à Téhéran. AFP or licensors

Revue de presseAlors que les observateurs s’interrogent sur la mutation de l’ordre international, le portrait du monde est redessiné sous les traits de la realpolitik trumpienne. Loin des grands discours, c’est sur le terrain, par l’élimination de ses figures et l’effondrement de ses piliers, que se serait scellé le sort de ce que l’on nommait l’«axe de la résistance», laissant les nations lucides face à la nécessité de préserver leur singularité. Cette revue de presse est tirée d’un éditorial d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 01/03/2026 à 18h07

L’expression «nouvel ordre mondial», forgée en 1991 dans le sillage de l’effondrement de l’Union soviétique, n’aura véritablement pris corps sur la scène internationale qu’à la faveur du second mandat de Donald Trump. Tous les signes et indicateurs convergent aujourd’hui pour attester de son avènement, comme le souligne l’éditorialiste du quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce lundi. Lorsque Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, déclarait il y a quelques semaines, que l’ancienne architecture mondiale, y compris les Nations unies, appartenait au passé, il ne faisait que traduire en actes la vision de Donald Trump. C’est dans cette perspective que les observateurs avisés anticipaient, depuis un certain temps, l’élimination du guide suprême iranien, conscient que cette issue était inéluctable.

Ils savaient également que l’offensive du 7 octobre n’avait d’autre but que d’entraver l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham. Nous l’avions écrit alors: «ce dessein échouerait, et le Hamas, suivi du peuple palestinien, en paierait un lourd tribut». Ils seront rejoints dans ce douloureux règlement de comptes par tous ceux qui se réclamaient de l’«axe de la résistance». Cet axe, en réalité, fédérait des dirigeants autoritaires convaincus que la tyrannie, associée à une défense hypocrite de la cause palestinienne, était leur unique rempart pour se maintenir au pouvoir.

Leur chute n’en fut que plus éclatante, tombant comme des dominos: Bachar al-Assad contraint à l’exil à Moscou, Hassan Nasrallah éliminé au Liban, Ismaël Haniyeh à Téhéran, Qassem Soleimani à Bagdad, Yahya Sinwar à Gaza, tandis que Nicolás Maduro était appréhendé jusque dans l’enceinte de son palais. Désormais, les thuriféraires et porte-étendards de cette cause résonneront plus de chants, organiseront plus de sorties dominicales ou de marches nocturnes pour tenter de digérer la «harira» indigeste de cette géopolitique nouvelle. Incapables d’en saisir les subtilités, ils n’auront d’autre échappatoire que le cri de la rue.

Le sage, quant à lui, s’attèlera à trouver pour sa nation un refuge dans cette recomposition planétaire, en ne défendant que l’intérêt supérieur de son pays. Il demeurera fidèle à sa terre et à son État, en l’occurrence le Maroc, sans jamais se faire le champion ou le héraut des causes étrangères. S’il est authentiquement marocain, il comprendra que la sagesse séculaire de la patrie, son génie et son héritage profondément enraciné l’ont préservée des chausse-trappes où d’autres se sont engloutis, note l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia.

C’est dire que la carte du monde est en train d’être redessinée, et que seuls les plus lucides y trouveront leur place. Ce monde nouveau n’offrira de perspective qu’aux esprits brillants, capables, par leur intelligence, d’opérer la mue nécessaire et de franchir le pas décisif.

Par Hassan Benadad
Le 01/03/2026 à 18h07