À moins d’imaginer qu’une diplomatie de l’ombre d’une rare intensité soit à l’œuvre, ou qu’une métamorphose spectaculaire survienne, la relation franco-algérienne s’installe désormais dans une cassure froide: une hibernation sans âme. Ce qui devait être le signal d’un dégel — la visite tant attendue à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez — semble désormais relégué aux oubliettes de l’agenda diplomatique. Le silence est devenu la règle.
Pourtant, Laurent Nuñez aurait pu s’atteler à crever l’abcès qui congestionne le dialogue entre Paris et Alger: le dossier des OQTF (Obligations de quitter le territoire français). Dans une posture de défi mâtinée de mauvaise humeur, le régime algérien refuse toujours de réadmettre ses ressortissants. Le ministre aurait également pu remettre la coopération sécuritaire sur les rails. Las, ces objectifs cruciaux demeurent lettres mortes, littéralement congelés.
Interrogés sur l’état de cette relation, les responsables français affichent aujourd’hui un fatalisme mêlé d’impuissance. Aucune voix, qu’elle émane du Quai d’Orsay ou de l’Élysée, n’est plus en mesure de fixer un calendrier. Le renoncement semble avoir gagné tous les étages de la vision française.
Ces derniers jours, l’actualité algérienne en France s’est limitée à une chronique de la violence urbaine, certains médias soulignant les débordements de supporters exaltés par le parcours (désormais clos) de l’équipe nationale algérienne à la CAN 2025. À chaque sortie des «Verts», l’impact sécuritaire sur les quartiers sensibles était redouté comme une fatalité saisonnière.
Parallèlement, une proposition singulière a agité le débat médiatique: l’idée, formulée par un commentateur, que des forces spéciales puissent mener une extraction pour libérer le journaliste français Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie. Une suggestion manifestement inspirée par l’opération américaine contre Nicolás Maduro au Venezuela.
«Le verrou politique qui paralyse tout retour à la normale se situe au cœur de l’institution militaire algérienne. Celle-ci n’a jamais pardonné à Emmanuel Macron son virage historique sur le dossier du Sahara marocain.»
— Mustapha Tossa
Si une telle option est militairement et politiquement irréalisable, sa simple évocation illustre le degré de défiance atteint. Que l’on puisse imaginer des solutions de force pour trancher un différend diplomatique en dit long sur la profondeur du gouffre qui sépare désormais les deux capitales.
À l’examen, tout porte à croire que Paris et Alger sont parvenus à la même conclusion: aucune évolution majeure n’est envisageable sous les leaderships actuels. Emmanuel Macron, qui avait érigé la réconciliation mémorielle en chantier emblématique de son règne, se voit contraint de remballer ses ambitions. Son rêve de marquer l’histoire entre les deux rives est renvoyé aux calendes grecques.
Le verrou politique qui paralyse tout retour à la normale se situe au cœur de l’institution militaire algérienne. Celle-ci n’a jamais pardonné à Emmanuel Macron son virage historique sur le dossier du Sahara marocain. Le régime, dans sa configuration présente, s’emploie à faire payer à Paris ce qu’il perçoit comme un «tropisme marocain». C’est là le grand non-dit médiatique de la crise.
Officiellement, le Sahara n’est jamais cité comme l’obstacle à la normalisation. Officieusement, il contamine tout. La crise des OQTF, le sort de Christophe Gleizes ou de Boualem Sansal, et le délitement de la coopération sécuritaire ne sont que les symptômes d’une rancœur algérienne qui ne dit pas son nom. Faute de pouvoir infléchir le cours des événements, les communicants des deux bords évitent soigneusement ce paramètre, alors même qu’il sature l’intégralité du (non) dialogue politique.
À Alger comme à Paris, le sentiment de l’impasse prédomine. Le pouvoir algérien se crispe sur son rejet de toute concession, transformant l’hostilité envers la France en un carburant de légitimité intérieure. De son côté, Emmanuel Macron semble avoir fait le deuil de son grand dessein algérien.
Désormais, la diplomatie se réduit à la gestion d’un statu quo, en attendant que la météo politique ne crée, peut-être, les conditions d’un nouveau dialogue… ou d’une rupture définitive.





