La représentativité des femmes en politique est désormais perçue comme étant «un impératif national», qui répond «à des exigences constitutionnelles en matière de droits et de libertés et à une évolution sociétale profonde», concrétisée par «une participation croissante des femmes dans les sphères culturelles, sociales et économiques», écrit Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 6 mars.
Selon le quotidien, les Marocaines, qui représentent «52% de la population, avec un profil démographique résolument jeune (76% ont moins de 44 ans)», représentent «une force sociale et économique incontournable pour tout modèle de développement», mais «la traduction de ce poids numérique en une participation effective aux instances décisionnelles se heurte à des obstacles structurels tenaces».
Le Maroc a certes franchi des étapes décisives sur le plan législatif. La réforme constitutionnelle de 2011 consacre «une avancée majeure en élevant le principe d’égalité», affirme Al Ahdath Al Maghribia. «D’une simple égalité formelle devant la loi, on est passé à une exigence d’égalité dans la loi», un principe fondateur qui «a trouvé une application concrète dans les scrutins électoraux par l’instauration de quotas, instaurés au niveau national dès 2002 et étendus au niveau territorial en 2009, et ce, malgré les réserves initiales de certains constitutionnalistes quant à leur fondement juridique».
Cependant, ces mécanismes correcteurs n’ont pas suffi à opérer la mue d’une représentativité purement quantitative vers une représentativité qualitative et effective. Le quotidien affirme que cette situation trouve son origine première dans la culture politique des partis, qui n’ont pas pleinement saisi l’enjeu de l’émancipation politique des femmes. Professeure en sciences sociales, Sanae Benbali, affirme que l’absence de volonté manifeste au sein des formations politiques d’accroître le nombre de candidates et, surtout, de les promouvoir à des postes de direction où elles pourraient exercer des responsabilités politiques. «Si elles ne sont pas nommées à des postes de responsabilité et si elles ne jouent pas de rôles importants au sein de leurs partis et dans les assemblées élues, les femmes ne peuvent pas acquérir l’expérience nécessaire», a-t-elle indiqué.
À cet état de fait, vient s’ajouter «un déficit de démocratie interne dans ces mêmes formations. Dès lors, la désignation des candidates sur les listes électorales ou leur accession aux conseils et instances nationales obéissent rarement aux critères de compétence, de mérite ou d’expérience. Elles sont trop souvent le résultat de logiques clientélistes, de décisions arbitraires, de liens de parenté ou de loyautés personnelles», relaie le quotidien.
Malgré des progrès constitutionnels et juridiques, «des problématiques légales persistent et entravent l’émancipation politique» des femmes, alors que les mécanismes actuels, bien que «garantissant une présence numérique, n’offrent pas une protection suffisante contre les discriminations et ne parviennent pas à ouvrir aux femmes les portes des bureaux exécutifs et des comités directeurs, là où se conçoivent les politiques et les lois», indique Al Ahdath Al Maghribia. C’est la raison pour laquelle selon la professeure Benbali, «malgré les multiples réformes engagées depuis le début des années 2000, la représentativité des femmes reste en dessous de leurs aspirations légitimes. Les résultats des dernières élections confirment que la classe politique n’est pas encore prête à se passer des quotas».
Au-delà des défis liés à la culture politique des partis, «l’émancipation [des femmes] se heurte à des restrictions légales qui encadrent [leur] participation», écrit Al Ahdath Al Maghribia. Cependant, l’aspect le plus sombre du parcours des femmes politiques marocaines reste «leur exposition à des formes de violence multiples et systémiques (...), de la violence symbolique et psychologique à des violences verbales et physiques, en passant par les violences économiques et numériques», écrit le quotidien.








