El Guerguerat: quand l’Algérie hallucine face à un passage qui tourne à plein régime

A El Guerguerat, la Minurso veille au respect du trafic commercial. . DR

Blocage de la frontière marocco-mauritanienne par une poignée de «baltagia», remise en selle du «Polisario de l’intérieur» à travers une sortie d’Aminatou Haidar, communiqué du Polisario, dépêche de l’APS. Voici comment l'Algérie a ouvert un nouveau front à El Guerguerat pour contrer le Maroc.

Le 02/09/2020 à 16h52

Le mardi 1er septembre, le Polisario a fait deux sorties médiatiques presque concomitantes. La première est celle d’Aminatou Haidar, une activiste du Polisario de l’intérieur qui appelle l'ONU à fermer le passage d'El Guerguerat. «L'ONU a l'obligation de fermer cette brèche illégale restant le principal passage de la drogue marocaine et autres crimes transfrontaliers», a-t-elle écrit dans un tweet relayé par l’Agence de presse algérienne (APS).

Au même moment, le Polisario sort à son tour un communiqué dans lequel il exprime son «rejet catégorique de la persistance du passage illégal d’El Guerguerat», le qualifiant de «violation du cessez-le-feu». Avant d’ajouter, selon les termes du communiqué repris par l’APS, qu’il «est inacceptable que la MINURSO continue de fermer les yeux sur la persistance de ce passage illégal et sur le transit quotidien de marchandises, y compris les énormes tonnes de drogue».

Après la théorie des avions de RAM qui transportent «autre chose» que des passagers vers les capitales africaines, voici que le régime algérien, pourtant connu pour être un accro au commerce de la cocaïne, comme en atteste l’affaire de Kamal El Bouchi, pointe le passage d’El Guerguerat comme point de transit de la drogue.

Cette nouvelle manœuvre anti-marocaine, par laquelle l’Algérie met la «drogue» dans la bouche du Polisario et envoie un groupe de Sahraouis pour entraver le trafic commercial au niveau du passage frontalier marocco-mauritanien, intervient dans un contexte précis.

Tout d’abord, et dans un rapport adressé la semaine dernière à l’Assemblée générale de l’ONU, et couvrant la décennie 2011-2020, le secrétaire général de l’instance onusienne, Antonio Guterres, a abordé le dossier du Sahara. Ce dernier y est qualifié de différend régional, soumis au Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, relatif au règlement pacifique des différends, et pour lequel seule une solution exclusivement politique, et non un référendum d’autodétermination, est envisagée par le Conseil de sécurité, comme mentionné dans sa résolution 2494 d’octobre 2019.

Le nouveau rejet définitif de l’option référendaire au Sahara par le secrétaire de général de l’ONU donne déjà des sueurs froides à l’Algérie et au Polisario, en prévision de la réunion annuelle du Conseil de sécurité consacrée chaque fin d’octobre au dossier du Sahara.

Cette réunion, et en l’absence d’un envoyé spécial au Sahara, donnera à Guterres la latitude de réaffirmer à nouveau la position qui a toujours été la sienne sur le passage d’El Guerguerat. A savoir que celui-ci doit garder son caractère socio-économique profitable à toute la région, loin de toute surenchère belliciste. Dès avril 2017, et dans un rapport distribué aux membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU avait écrit, au plus fort de la crise qu’a connu ce passage, qu’il «demeure profondément préoccupé par la présence continue d’éléments armés du front Polisario dans cette région (El Guerguerat, Ndlr), et par les défis que cela pose à la raison d’être de cette zone tampon». Cette présence militaire a été finalement interdite par Guterres, car violant le cessez-le-feu et pouvant engendrer un «impact dangereux sur la sécurité et la stabilité de l’ensemble de la région». A cette occasion, le secrétaire général de l’ONU a affirmé haut et fort que «le trafic commercial régulier ne doit pas être entravé».

En janvier dernier, le chef de l’ONU a réitéré la même position en mettant en garde le Polisario contre toute action qui menacerait ou empêcherait le passage du rallye «Race Eco Africa», qui terminait à l’époque son étape marocaine et s’apprêtait à passer en Mauritanie, via El Guerguerat.

Par ailleurs, face à l’échec de sa stratégie économique vers l’Afrique, et surtout la fermeture quasi définitive de son passage frontalier avec la Mauritanie dont elle voulait se servir comme rampe de pénétration des marchés ouest-africains, l’Algérie digère mal aujourd’hui que, même en période de pandémie de coronavirus, le passage d’El Guerguerat continue à fonctionner à plein régime.

Ce passage rappelle au régime d’Alger les échecs cuisants qu’il subit chaque fois qu’il tente de trouver une parade pour contrer l’influence du Maroc. Le passage frontalier de l’Algérie avec la Mauritanie, qui était supposé concurrencer El Guerguerat et ouvrir une nouvelle route au commerce entre le nord et le sud du continent, a été inauguré en grande pompe, avant de devenir une traversée infernale pour les routiers algériens poussés par le régime à l’emprunter, pour ensuite être déserté et enfin complètement fermé. Regarder chaque jour El Gueguerat prospérer, en dépit des baltagias dépêchés sur place, est insupportable pour le régime algérien. Alors il lâche sa meute contre le Maroc. Mais Alger devrait garder à l’esprit ce proverbe qui décrit parfaitement la situation à El Guerguerat: les chiens aboient, la caravane passe.

Par Mohammed Ould Boah
Le 02/09/2020 à 16h52