«Déçus» par le verdict de l’affaire Raissouni, les États-Unis dénient jusqu’au bénéfice du doute à sa victime

Le porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price, le 30 mars 2021, à Washington, aux Etats-Unis.

Le porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price, le 30 mars 2021, à Washington, aux Etats-Unis. . MANDEL NGAN / AFP

La diplomatie américaine, qui a exprimé hier, lundi 12 juillet 2021 sa «déception» quant à la condamnation du journaliste Soulaimane Raissouni à cinq ans de prison ferme, n’a accordé aucune attention à sa victime, pourtant agressée sexuellement.

Le 13/07/2021 à 12h33

La diplomatie américaine a exprimé lundi sa «déception» quant à la condamnation du journaliste Soulaimane Raissouni à cinq ans de prison ferme. «Les Etats-Unis sont déçus par les rapports concernant la condamnation par un tribunal au Maroc du journaliste Soulaimane Raissouni à cinq ans de prison», a indiqué dans une déclaration le porte-parole du département d’Etat, Ned Price. 

«Nous notons que M. Raissouni a fait part d'allégations concernant des violations des garanties à un procès équitable», a ajouté Ned Price lors du point de presse quotidien du département d’Etat. 

«Nous sommes de l’avis que le processus judiciaire ayant abouti à ce verdict contredit la promesse fondamentale du système marocain du droit à un procès équitable pour les individus accusés de crimes, tout en n’étant pas cohérent avec la promesse de la Constitution de 2011, ni avec l’agenda de réformes de Sa Majesté le Roi Mohammed VI», a souligné le porte-parole du département d’Etat.

Washington s’est également dit «préoccupé par l’impact négatif de ce cas sur les libertés d’expression et d’association au Maroc.

«La liberté de la presse est fondamentale pour les sociétés prospères et sûres, et les gouvernements se doivent d’assurer que les journalistes puissent remplir sereinement leur rôle essentiel sans crainte de détention injuste, de violence ou de menaces», a-t-il ajouté.

«Nous suivons cette affaire attentivement ainsi que celles d’autres journalistes en détention au Maroc, dont Omar Radi, et nous avons soulevé et continuerons à soulever ces préoccupations avec le gouvernement marocain», a conclu le porte-parole de la diplomatie américaine.

Dans son intervention, le porte-parole du département d’Etat n’a pas eu un seul mot pour la victime de Soulaimane Raissouni, un militant LGBT qui affirme avoir été violé par le journaliste.

Cette volonté d’invisibiliser la victime et considérer comme caduque l’agression sexuelle qu’elle a subie a fait régir sévèrement Mohamed Salah Tamek, Délégué général à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), qui s’est interrogé: «est-ce que des citoyens américains, objets d’agression sexuelle, qu’ils soient de l’un ou de l’autre sexe, méritent plus de protection et un traitement plus humain que des victimes marocaines de ce type d’agression?»

Soulaimane Raissouni n’a pas été condamné en raison de ses écrits de journaliste, mais parce qu’il a agressé sexuellement un jeune homme, Adil Achraa, plus connu dans les réseaux sociaux sous le nom d’Adam.

Les Etats-Unis sont un pays ami et un allié majeur du Maroc. Entre amis et alliés, on peut tout se dire sans langue de bois.

Mais encore faut-il considérer la situation dans sa globalité et écouter aussi les victimes de Soulaimane Raissouni et de Omar Radi pour se faire une idée juste de la situation.

Par Mohammed Boudarham
Le 13/07/2021 à 12h33