Casablanca: des voix en échange de «dalles de la mort»

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Revue de presseKiosque360. La «délinquance électorale» est un phénomène récurrent qui refait surface à la veille des élections. Dans la banlieue de Casablanca, des candidats distribuent déjà aux habitants des «bons d’achat» de matériaux de construction pour mettre des «dalles» à leurs baraques.

Le 17/08/2016 à 22h23

A Casablanca, le micmac électoral s’est déjà mis en branle par la mise en place d’un système d’achat de voix via la distribution de «bons d’achat» de matériaux de construction aux habitants des bidonvilles, et ce dans plusieurs douars de la banlieue.

Le journal Assabah rapporte ainsi, dans son édition de ce jeudi 18 août, que des plaintes parvenues au ministère de l’Intérieur et à la wilaya de la région de Casablanca-Settat ont interpellé les autorités sur la rapide extension verticale de l’habitat anarchique dans certains douars relevant de l’arrondissement d’Ain Chock.

Le journal ajoute, citant des témoins, que des candidats aux élections législatives du 7 octobre prochain ont, dans plusieurs douars «donné le feu vert» à leurs potentiels électeurs pour rajouter des étages supérieurs au-dessus de leurs baraques foncièrement dégradées.

Ces «dalles de la mort» constituent une infraction au code de la construction et augurent d'une nouvelle catastrophe d’effondrement avec son cortège de morts et de blessés, comme cela s’est produit à Bourgogne et à Sbata, tout récemment.

Dans le douar Mzabiyine, à Sidi Massaoud, notamment, la construction de nouveaux toits se poursuit à un rythme effréné, malgré les interventions des autorités qui tentent de limiter, voire d'éradiquer l’habitat insalubre.

D’après le journal, ces habitants qui, pour la plupart, attendent depuis des années, disent qu’ils ne connaîtront jamais d’amélioration de leurs conditions d’habitat et se soumettent donc au diktat de ces «élites politico-mafieuses» qui leur proposent, par l’entremise d’un tiers, des «bons d’achat» gratuits de matériaux de construction (ciment, briques, fer à béton…), en vue d’obtenir leurs votes le jour des élections législatives.

D’ores et déjà, au rythme où évolue la situation, le douar Mzabiyine a vu s'élever des dizaines d’étages pendant la nuit. Ce douar compte quelque 4000 baraques, un chiffre appelé à évoluer dans les prochains jours, ce qui rendra difficile l’opération de recensement des occupants. 

Le journal souligne les insuffisances graves et les lenteurs qui ont marqué les opérations de «villes sans bidonvilles», et constate avec dépit le manque de dynamique dans la politique urbaine. Aussi, rien ne vient vraiment endiguer la reproduction de la «délinquance électorale» qui se développe au détriment des intérêts et droits fondamentaux des citoyens.

Déjà en 2012, rappelle le journal, le procureur du roi avait ordonné, sur la base d’un rapport des autorités administratives locales, de raser le bidonville sorti de terre lors des élections de 2011, à Sidi Maârouf.

Aujourd’hui, on assiste au même phénomène dans le douar Mzabiyine, considéré comme un réservoir électoral important.

Par Abdelouahed Kidiss
Le 17/08/2016 à 22h23