8 septembre 2021: la fin d'un cauchemar

Saâd-Eddine El Othmani vote à Salé, le 8 septembre 2021.

Saâd-Eddine El Othmani vote à Salé, le 8 septembre 2021. . DR

Revue de presseKiosque360. Les dirigeants islamistes savent, sans l’avouer, que la défaite cuisante qu’il ont subie est une sanction politique naturelle et une résultante logique de leur gestion catastrophique et de leurs décisions étroitement partisanes.

Le 09/09/2021 à 21h17

Les pires ennemis du PJD ne lui prédisaient pas une chute aussi brutale, qui a surpris les adversaires du parti avant ses partisans.

Le quotidien Al Akhbar rapporte, dans son édition du vendredi 10 septembre, que les plus pessimistes des prévisions, y compris celles des instances officielles, prévoyaient que le parti islamiste allait perdre entre 30 et 40 sieges. Mais de là à se défaire de 113 sièges et à dégringoler à la huitième place avec la chute du secrétaire général du parti, de ses dirigeants et de ses ministres, ce n’est plus une simple défaite, c’est un véritable seime politique.

Autant dire que ce résultat catastrophique nécessite une sérieuse remise à plat du système PJDiste et une véritable autocritique de ses dirigeants pour sauver ce qui reste des meubles islamistes.

Il est évident que les «frères» ne vont pas digérer rapidement cette puissante secousse qui a fissuré les fondations de leur parti. Ils seront certainement en état de choc psychique, reniant l’évidence en imputant ce suicide électoral aux complots, aux intrigues, à l’argent politique, à l’Intérieur et à la justice. En résumé, ils vont tirer sur tout ce qui bouge, pendant toute une longue période de victimisation avant de sombrer dans l’hibernation.

Les dirigeants islamistes savent, sans l’avouer, que la défaite cuisante qu’il ont subie est une sanction politique naturelle et une résultante logique de leur gestion et de leurs décisions. Mais dans les premiers jours de ce choc, ils useront de toutes les manœuvres pour éluder tout sentiment d’échec et surtout pour se protéger contre les menaces de décomposition et de dissolution.

Le quotidien Al Akhbar rapporte qu’en vérité, cette lourde sanction électorale est un message clair qui rejette toute une décennie de gestion partisane on ne peut plus étroite de la chose publique. Cette longue période que le PJD a passée au pouvoir, soutenu par des contextes extérieurs et un chantage intérieur, était malavisée et vaine. La gestion gouvernementale, parlementaire et locale des islamistes a envenimé la situation et a suscité la colère et les protestations d’une large frange de la population. Il est donc normal que le verdict populaire soit proportionnel à la politique d’un parti qui a renié ses promesses, oublié les slogans de l’opposition en savourant l’aisance du pouvoir et remplacé le langage de l’éthique par celui de la loi pour justifier les privilèges.

C’est ainsi qu’au lieu de combattre la rente, il en a profité pour se servir de la largesse de ses pensions et de ses indemnités. Au lieu de lutter contre la corruption, le PJD a choisi la lâche formule de l’amnistie, ou plutôt de l’amnésie, tout en s’opposant au recrutement dans la fonction publique, en touchant à la retraite des fonctionnaires et en libérant les prix pour confronter les citoyens aux affres de la loi du marché. En définitive, le PJD est un parti qui mange avec le loup et pleure avec le berger, qui dit la chose et son contraire, qui troque ses convictions contre des privilèges et qui s’ingénie à transformer l’échec en victoire.

Par Hassan Benadad
Le 09/09/2021 à 21h17