Venezuela: un «bond historique» après l’assouplissement des sanctions et une réforme libérale du pétrole

Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela.

Moins d’un mois après la spectaculaire intervention militaire américaine qui a conduit à la capture du président Nicolas Maduro, le pétrole vénézuélien a accompli jeudi, selon la présidente par intérim, un «bond historique» avec une réforme de la loi ouvrant le secteur au privé, doublée de l’annonce par Washington d’une suspension partielle des sanctions instaurées en 2019.

Le 30/01/2026 à 06h59

«Nous effectuons des pas historiques (...) J’ai reçu aujourd’hui un appel du président des Etats-Unis, Donald Trump, et de son secrétaire d’Etat, Marco Rubio», a lancé la dirigeante par intérim Delcy Rodriguez lors d’une manifestation pro-pouvoir d’employés du secteur pétrolier.

Washington a levé les sanctions qui pesaient sur Petroleos de Venezuela (PDVSA), autorisant de facto les entreprises américaines à commercer avec le géant pétrolier public.

Les transactions opérées par PDVSA, ainsi que celles des sociétés dont il détient au moins 50% des parts, sont désormais «autorisées», affirme le ministère américain des Finances.

Dans le même temps, Donald Trump a annoncé jeudi avoir demandé la réouverture de l’espace aérien du Venezuela aux vols commerciaux. «Les citoyens américains vont, dans très peu de temps, être en mesure d’aller au Venezuela et ils y seront en sécurité. (Le pays) est sous un contrôle très ferme», a précisé le président américain, indiquant avoir également échangé avec son homologue vénézuélienne.

Hasard ou conséquence? L’annonce de la suspension des sanctions est intervenue quelques minutes après l’adoption par l’Assemblée nationale vénézuélienne de la réforme de la loi sur les hydrocarbures, qui ouvre le secteur pétrolier au privé et bouleverse profondément le modèle hérité de l’ex-président Hugo Chavez (1999-2013), d’inspiration socialiste.

De nombreux analystes soulignent qu’il s’agissait d’une exigence de Donald Trump.

«L’objectif principal de cette loi est que nous cessions de dire que nous avons les réserves les plus importantes (du monde) pour commencer à dire que nous comptons parmi les principaux producteurs de pétrole de toute cette planète», a déclaré le président de l’Assemblée, Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim.

Cette loi permet au pays de réaliser un «véritable bond historique, qualitatif», a vanté Delcy Rodriguez.

L’exploitation pétrolière était jusqu’ici l’apanage de l’État ou d’entreprises mixtes dans lesquelles l’État détenait la majorité. La réforme de la loi portée par Hugo Chavez en 2006 avait limité l’activité des acteurs privés, imposant une participation majoritaire du public dans toutes les entreprises et fixant des impôts élevés.

Le nouveau texte autorise la signature de contrats permettant aux entreprises privées d’exploiter, de distribuer et de commercialiser la production sans participation de l’État. Il doit aussi dynamiser l’exploration, jusqu’ici réservée au secteur public.

Flexibilité

Les différents impôts vont être remplacés par une contribution unique maximale de 15%, ainsi que par des redevances maximales de 30% des revenus bruts.

L’objectif est d’introduire de la flexibilité: l’exécutif déterminera les taux d’imposition selon les projets. L’État pourra ainsi, par exemple, baisser les impôts si un projet s’avère moins rentable que prévu ou accuse du retard, puis les augmenter lorsque celui-ci fonctionne mieux.

Jadis surnommé «Venezuela saoudite», lorsqu’il était un acteur majeur du marché mondial, le pays produit aujourd’hui, selon les autorités, quelque 1,2 million de barils par jour.

Des années de mauvaise gestion et de corruption ont fait chuter la production d’un pic de plus de 3 millions de barils par jour au début des années 2000 à un plus bas historique de 350.000 barils par jour en 2020.

La nouvelle loi va permettre des «contrats de service ou de production partagée. Cela démantèle totalement le modèle pétrolier d’Hugo Chavez», explique à l’AFP l’expert pétrolier Francisco Monaldi, tout en avertissant que les conditions opérationnelles restent étroitement liées au bon vouloir de l’État.

«Sans débat»

Pour Rafael Ramirez, ex-ministre du Pétrole de Chavez, accusé de corruption et exilé en Italie, la nouvelle loi constitue un «énorme recul» pour le pays sud-américain, qui avait nationalisé son industrie en 1976 sous la présidence du social-démocrate Carlos Andres Perez.

La réforme «se fait malheureusement sans débat, de manière accélérée», a-t-il regretté sur X.

Pendant les discussions à l’Assemblée, le pouvoir avait organisé une manifestation de travailleurs du secteur à Caracas.

«Cette réforme nous aide à améliorer (nos conditions de vie), nous, le moteur de la production de pétrole du Venezuela», a estimé auprès de l’AFP Karina del Carmen Rodriguez, employée de 53 ans.

Les travailleurs espèrent que les investissements étrangers revitaliseront le secteur et permettront une hausse de revenus aujourd’hui extrêmement faibles. Les analystes s’attendent par ailleurs à ce que le flux de devises généré par le pétrole contribue à enrayer la spirale inflationniste.

Par Le360 (avec AFP)
Le 30/01/2026 à 06h59