Depuis décembre 2025, Ségolène Royal préside l’Association France-Algérie, une organisation créée en 1963 pour promouvoir l’amitié et la coopération entre les peuples français et algérien. Dotée d’un capital symbolique fort– tant par sa date de création que par les personnalités qui l’ont portée, tels Germaine Tillion et Edmond Michelet– l’association s’est, au fil des décennies, affirmée comme un acteur de la diplomatie associative, servant de relais durant les nombreuses périodes où les relations officielles étaient bloquées ou fragiles. Indépendante du gouvernement français, officiellement non partisane, elle a néanmoins, dès les origines, évolué dans l’orbite de la gauche française: réseaux associatifs, syndicaux et universitaires, membres issus du Parti Socialiste et du Parti Communiste Français, et présidences successives assumées par d’anciens ministres socialistes, pour ne citer que les plus récents, Pierre Joxe, Jean-Pierre Chevènement puis Arnaud Montebourg.
L’arrivée de Ségolène Royal s’inscrit dans cette continuité mais sans la crédibilité de ses aînés. Ancienne ministre de François Mitterrand puis de François Hollande, cet éléphant du PS n’a d’ailleurs d’autre légitimité pour le job que sa longévité dans le parti et sa capacité intacte à saturer l’espace médiatique. Depuis son échec à l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal est à peu près candidate à tout. Elle n’est pas la seule sur ce créneau, mais la parité lui donne assurément un avantage comparatif sur Manuel Valls.
Ségolène Royal, diplomate? C’est effectivement le dernier costume officiel qu’elle a endossé, comme ambassadeur chargé des pôles et des négociations climatiques. Un registre fort éloigné du lien bilatéral France-Algérie– sinon par les chauds et froids de ladite relation. Une fonction où elle a surtout cultivé– comme dans l’exercice de ses portefeuilles ministériels– une démarche politique originale, mélange de morale et de prises de position radicales, le tout souvent en décalage avec le langage prudent du Quai d’Orsay. À la Havane, Ségolène Royal saluait les «avancées démocratiques» de Cuba; en Chine pendant sa campagne présidentielle, elle louait «la brillante gestion de Pékin» face aux évènements de Tian’anmen. On attend avec impatience son commentaire élogieux sur la Mecque des libertés, au retour du parloir de Tizi Ouzou– où croupit l’otage français Christophe Gleizes.
Ségolène Royal et l’Algérie? Née en Afrique certes, à Dakar d’un père officier. Et depuis des années, elle se distingue par ses prises de position sur la mémoire coloniale et l’identité. «Je serai la Présidente de la France métissée», proclamait-elle en 2007; pour finalement appeler à voter Mélenchon en 2022. Mais son investissement pour la relation politique France-Algérie est récent, très récent. Aucun engagement militant en faveur de la libération de Boualem Sansal, aucune critique de l’incarcération arbitraire de l’écrivain… Sans doute préparait-elle déjà son élection à la tête de l’Association France-Algérie, tandis qu’Arnaud Montebourg, son président, rejoignait courageusement le comité de soutien du romancier.
À peine élue, lors d’un voyage à Alger placé sous le signe de la réconciliation (!), appelant à une «amitié réparée», Ségolène Royal a enchaîné les messages à charge contre la France: appel à la reconnaissance des crimes de la colonisation, demande de restitution d’archives et de biens culturels. Et toute honte bue, d’un pupitre estampillé «Presidency of the Republic», l’ancienne ministre d’État a dénoncé «ceux qui ne veulent pas que l’Algérie avance et qui refusent encore de reconnaître la souveraineté nationale de l’Algérie, son rôle diplomatique dans le monde, sa décision de non-alignement et sa liberté totale de choisir ses alliances et ses causes», concluant: «Je respecte profondément cela et j’espère que les autorités françaises finiront elles aussi par respecter cette souveraineté nationale de l’Algérie».
Les uns y verront la marque de fabrique Royal, l’art de faire parler de soi depuis quarante ans; les autres, le premier jalon d’une nouvelle «présidentialisation». Car, à gauche de l’échiquier politique français, toute campagne présidentielle démarre par les gages donnés à Alger.





