Le réchauffement de l’Afrique ne date pas d’aujourd’hui

Bernard Lugan.

ChroniqueLe but de cette chronique n’est pas d’alimenter le débat entre «catastrophistes» et «climato-sceptiques», mais de porter sur le phénomène un simple regard d’historien, loin des passions et des anathèmes.

Le 03/03/2026 à 12h00

L’Afrique se réchauffe, le constat est clair. Mais ce n’est pas la première fois. La paléoclimatologie, la climatologie tropicaliste, l’archéologie et l’histoire nous apprennent en effet que, par le passé, et cela depuis des centaines de milliers d’années, le climat africain change, avec parfois des variations considérables.

Ceci étant, le but de cette chronique n’est pas d’alimenter le débat entre «catastrophistes» et «climato-sceptiques», mais de porter sur le phénomène un simple regard d’historien, loin des passions et des anathèmes.

Le point de départ de toute analyse et de toute réflexion au sujet des changements climatiques africains est de bien prendre conscience que toute l’histoire du peuplement de l’Afrique s’inscrit dans les incessantes variations climatiques que ce continent connaît depuis les origines des temps, avec une alternance entre réchauffement donc humidité et refroidissement donc aridité. En effet, et, contrairement à ce qui est encore trop souvent écrit, en Afrique, froid = aridité et chaleur = pluies.

Il y a +- 120.000 ans, la colonisation de l’Afrique par l’Homme moderne se fit dans une Afrique froide, donc aride, une phase d’hyper aridité découlant de la réduction de la zone tropicale. Le phénomène connût une accentuation il y a 30.000 ans, le Sahara central perdit alors ses lacs, dont le lac Tchad, et il se couvrit de dunes de sable. L’étendue du désert était alors plus importante qu’aujourd’hui et l’aridité plus absolue. Durant cet épisode aride, l’homme disparût du Sahara.

«À partir de la fin du 18ème siècle, et jusqu’à aujourd’hui, nous assistons, dans la région sahélo-saharienne, à une alternance de brefs épisodes d’extrême aridité et de rémissions humides inscrits dans un cycle de réchauffement ayant débuté il y a environ 5.000 ans. »

—  Bernard Lugan

Ces changements climatiques qui furent une catastrophe pour les populations sahariennes furent en revanche une bénédiction pour l’Égypte. Le peuplement de la vallée du Nil s’explique en effet par les variations du niveau du fleuve. Inondée et par conséquent vidée de ses populations durant les phases de grande humidité, la vallée commença à se repeupler il y a environ 8.000 ans, recevant alors des apports de populations sahariennes proto-berbères d’une part, et d’autres venues du désert oriental. Ces migrants entrèrent en contact avec les populations déjà installées dans la vallée du Nil et qui avaient adapté leur mode de vie fondé sur la chasse et la cueillette à un espace devenu limité, ayant en quelque sorte appris à gérer les ressources de la nature.

La «naissance» de l’Égypte est donc due à la rencontre entre ces hommes. Ce fut d’ailleurs à cette époque, soit il y a environ 7.500 ans que débuta le Prédynastique ou période formative de l’Égypte. De pastorale, l’économie devint alors peu à peu agricole, tandis que l’habitat se sédentarisait.

Puis, en raison de l’essor démographique, l’homme fut contraint d’entreprendre des travaux collectifs communautaires destinés à augmenter les productions par l’utilisation efficace de l’inondation et surtout de la décrue, donc de la circulation de l’eau et des limons alluviaux. Un tel système impliquant une rigoureuse organisation de l’espace et des hommes fut généralisé à l’ensemble de la vallée, Delta du Nil compris, durant le Protodynastique, soit il y a environ 5.000 ans.

Au sud du Sahara, la migration des agriculteurs bantuphones qui recouvrit une grande partie de l’Afrique centrale, orientale et australe se fit il y a entre 3.000 et 2.000 ans à l’intérieur de séquences climatiques elles aussi bien identifiées.

À l’est, à la même époque, deux vagues migratoires pastorales venues du nord s’écoulèrent vers le sud. La première vit des pasteurs nilo-sahariens quitter l’actuel Soudan pour aboutir à l’ouest du lac Victoria en empruntant le couloir des hautes terres du rift occidental. La seconde, partie de la Corne de l’Afrique, concerna des éleveurs couchitiques qui se répandirent entre l’océan indien et le lac Victoria.

Plus près de nous, à partir du début du 17ème siècle, la région sahélo-saharienne entra à nouveau dans une période de dure aridité entraînant des crises alimentaires et politiques doublées d’invasions de criquets. Puis, à partir de la fin du 18ème siècle, et jusqu’à aujourd’hui, nous assistons à une alternance de brefs épisodes d’extrême aridité et de rémissions humides inscrits dans un cycle de réchauffement ayant débuté il y a environ 5.000 ans.

Par Bernard Lugan
Le 03/03/2026 à 12h00