L’augmentation du prix des hydrocarbures est une bouffée d’oxygène qui ne viendra pas effacer les tendances lourdes qui plombent l’économie de l’Algérie. La raison en est simple: le pays ne peut, sauf à la marge, augmenter ses exportations en raison d’un recul de production (3,3% pour l’ensemble des hydrocarbures en 2025, dont -17,5% pour le gaz naturel) et d’une consommation intérieure en hausse, ce qui réduit mécaniquement les volumes exportables.
De plus, la production algérienne fait face à un déclin structurel qui s’est amorcé en 2011, avec deux accélérateurs:
- Le vieillissement des gisements, dont Hassi Messaoud qui décline malgré les techniques de récupération assistée.
- La baisse de l’exploration, donc l’absence de découverte de nouveaux grands champs venant compenser le déclin naturel des gisements historiques.
Le résultat est que la production pétrolière moyenne des années 2000 qui était de ≃1,25 million de barils/jour, est tombée à ≃0,97 mb/j en 2025 pour une production mondiale de 106,9 mb/j, soit environ 0,8 à 0,9% de la production mondiale de pétrole en 2025.
Or, les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et environ 60 à 70% du budget algérien. Le pays est donc extrêmement dépendant des fluctuations du marché mondial. Aussi, avec des prix du pétrole sous les 70 $ le baril avant la guerre d’Iran, la situation économique rentière de l’Algérie allait donc devenir intenable. Grâce à la hausse des cours, l’embellie est donc réelle. Cependant, il faut bien voir que, même avec l’hypothèse d’un baril à 150 dollars, les tendances négatives lourdes demeureront. En effet, et selon le ministère algérien de l’Énergie et des Mines (11 mars 2024), la consommation pétrolière intérieure représentera 80% du total de la production en 2030, un coup fatal sera alors porté aux capacités d’exportation de l’Algérie. Pour mémoire, la forte consommation intérieure est liée à la politique des subventions des produits énergétiques pour les ménages.
«Comme par le passé, [l’Algérie] utilisera la manne imprévue pour continuer à gérer le court terme en achetant cette paix sociale qui permet au régime de survivre»
— Bernard Lugan, chercheur africaniste et auteur.
Les chiffres du gaz ne sont guère plus encourageants. L’Algérie produit environ 130 milliards (mds) de mètres cubes (m³) sur une production mondiale de 3.850 mds de m³, soit 2,4% de la production mondiale. Comme la consommation intérieure représente environ 54% de la production nationale, soit ≃63 mds de m³, et comme le torchage est de ≃20 mds de m³, l’Algérie ne dispose donc en réalité que de 40 à 50 mds de m³ de gaz pour l’exportation. En 2024, l’Algérie a ainsi exporté 48,7 mds de m³ de gaz naturel, dont plus de 40 mds de m³ vers le marché européen. À titre de comparaison, comme l’UE en importe annuellement environ 520 mds de m³, l’Algérie ne lui fournit donc que ≃8% de sa consommation, un chiffre marginal. L’Algérie doit donc absolument augmenter sa production afin de pouvoir détenir une part plus importante dans un marché européen, son client presque exclusif tant qu’il se privera volontairement –et à l’évidence provisoirement– du gaz russe.
Des découvertes «majeures» dans les régions de Béchar, Ain Salah, Djanet, lllizi et Ouargla ont été annoncées par les autorités algériennes qui devraient permettre, «à moyen terme» (sans précision d’échéances), de produire 200 mds de m³ au lieu des 130 mds actuellement. Or, à supposer que ces prévisions sont fondées, sur les 70 mds de m³ supplémentaires qui seraient alors produits «à moyen terme», comme au moins le tiers alimentera la consommation locale, il s’agira d’une quantité exportable supplémentaire de 50 mds de m³ au maximum, soit un total d’environ 80/90 mds de m³. Un hypothétique doublement des capacités actuelles qui, là encore, ne changera pas les données profondes de l’économie algérienne.
En effet, l’embellie actuelle due à l’augmentation du prix des hydrocarbures, et l’annonce de mise en production de futurs gisements ne changeront pas le cours des choses car, faute de diversification, l’économie rentière algérienne continuera à être quasi totalement dépendante des hydrocarbures. Les cours actuels vont donc simplement permettre à l’Algérie de recharger ses réserves de change alors qu’elle pourrait tout au contraire profiter de l’actuelle hausse des prix pour investir enfin dans l’impérative diversification de son économie. Or, tout semble indiquer que, comme par le passé, elle utilisera la manne imprévue pour continuer à gérer le court terme en achetant cette paix sociale qui permet au régime de survivre.





