Israël: l’opposition acte la fin du consensus sur la guerre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tient une carte lors du débat général de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU à New York, le 26 septembre 2025. AFP or licensors

L’opposition israélienne a signalé jeudi la fin du consensus politique sur la conduite de la guerre régionale déclenchée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec les États-Unis en attaquant l’Iran, et pour laquelle l’armée dit désormais ouvertement avoir besoin de plus de combattants.

Le 27/03/2026 à 07h34

«Je veux mettre en garde les citoyens d’Israël, nous sommes au bord d’un nouveau désastre sécuritaire», a averti solennellement le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, à la tête du parti de centre droit Yesh Atid («Il y a un avenir»), au 27e jour du conflit.

M. Lapid, qui comme l’ensemble de la classe de la politique israélienne avait soutenu sans réserve l’attaque américano-israélienne du 28 février contre la République islamique, largement perçue en Israël comme une menace existentielle pour la survie de l’État hébreu, réagissait à une fuite sur des propos qu’aurait tenus la veille le chef de l’état-major sur l’état de ses troupes.

«Tsahal [l’armée israélienne, NDLR] est en train de se diriger vers un effondrement interne», aurait déclaré le lieutenant-général Eyal Zamir lors d’une réunion du cabinet de sécurité, structure gouvernementale restreinte habilitée à prendre des décisions diplomatiques et stratégiques urgentes, selon la presse israélienne.

«Je tire dix signaux d’alarme», aurait-il ajouté, «les réservistes ne tiendront pas» et l’armée «a besoin maintenant d’une loi sur la conscription», aurait-il ajouté, en référence à une loi permettant d’enrôler les juifs ultra-orthodoxes, largement exemptés de service militaire.

Cette loi correspond à une demande d’une très large majorité de la population qui ne supporte plus l’exemption dont bénéficient les «harédim» («craignants Dieu» en hébreu) alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux depuis la guerre déclenchée par l’attaque en Israël du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023.

Mais M. Netanyahu, tributaire de ses alliés des partis ultraorthodoxes pour se maintenir au pouvoir, a jusqu’ici usé de tous les moyens pour repousser l’adoption d’un tel texte.

«Tsahal est poussée à bout, au-delà de ses limites», a déclaré M. Lapid, en accusant le gouvernement de laisser «l’armée blessée, abandonnée sur le champ de bataille».

«Le gouvernement envoie l’armée combattre (...) sur plusieurs fronts sans stratégie, sans les moyens nécessaires et avec beaucoup trop peu de soldats», a-t-il ajouté, avant d’insister: les réservistes «sont exténués».

«Petites manœuvres politiques»

«Le gouvernement ne gagne nulle part, ni au Liban, ni à Gaza [...] En Iran, nous verrons», a déclaré pour sa part l’opposant de droite Naftali Bennett sur le plateau de la chaîne de télévision N12.

«Notre objectif principal en Iran était de démanteler le programme nucléaire [mais] il y a encore 460 kg d’uranium enrichi en Iran», a ajouté M. Bennett, que les sondages donnent comme le mieux à même de battre M. Netanyahu à six mois de la date limite pour la tenue des législatives.

«Nous avons établi un État ultra-orthodoxe à l’intérieur de l’État d’Israël», a-t-il ajouté, appelant lui aussi à l’adoption rapide d’une loi de conscription universelle.

Même son de cloche du chef de l’alliance de gauche Les Démocrates, Yaïr Golan, ancien chef d’état-major adjoint, qui a accusé la coalition gouvernementale de M. Netanyahu, tiraillé entre ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes, d’«abandonner la sécurité d’Israël en temps de guerre pour de petites manoeuvres politiques» et de «mettre en péril la sécurité de l’Etat».

«La mise en oeuvre de la loi sur le service militaire obligatoire pour tous est l’exigence du moment, c’est un impératif de conscience, elle seule ramènera Israël sur le droit chemin», a déclaré sur X Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et chef d’un parti de centre-droit.

Le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l’armée, a confirmé dans la soirée lors d’une point de presse télévisé que celle-ci avait besoin de «forces supplémentaires», notamment au Liban, où l’armée israélienne a établi «une zone de défense avancée» dans le sud contre le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l’Iran, et d’une manière générale pour pouvoir assurer l’ensemble de ses «missions».

Selon un sondage publié jeudi soir par la chaîne N12, 60% des Israéliens soutiennent la poursuite de la guerre contre l’Iran, et 67% celle des combats contre le Hezbollah au Liban.

Par Le360 (avec AFP)
Le 27/03/2026 à 07h34