Les manifestations se sont poursuivies dans plusieurs villes iraniennes, au septième jour d’un mouvement de protestation déclenché contre la vie chère dans la République islamique, et qui a pris une tournure politique.
Ces affrontements, survenus dans un contexte de mobilisation sociale déclenchée par la vie chère, marquent un nouveau durcissement de la contestation et ravivent le spectre des répressions passées.
Parti d’un motif économique, le mouvement s’est élargi en quelques jours à des slogans et revendications plus directement dirigés contre les autorités, dans un schéma déjà observé lors de précédentes mobilisations: la hausse des prix, le chômage, la dégradation du pouvoir d’achat et la défiance envers les institutions finissent par se rejoindre dans la rue.
Ces manifestations sont les plus importantes depuis le mouvement de 2022-2023, dans lequel la répression par les autorités avait fait des centaines de morts et des milliers d’arrestations, selon des activistes. Ce précédent récent pèse lourd sur la séquence actuelle: d’un côté, il nourrit chez les protestataires la conviction qu’il faut se montrer plus nombreux pour ne pas être isolés; de l’autre, il renforce chez les autorités la tentation de contenir vite et fort, afin d’éviter que la contestation ne s’enracine.
Selon le mouvement de défense des droits de l’Homme Hengaw, basé en Norvège, les Gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur des manifestants dans le district de Malekshahi, dans la province occidentale d’Ilam, tuant quatre membres de la minorité kurde. La mention de victimes kurdes, dans une zone frontalière et historiquement sensible, ajoute une dimension identitaire et sécuritaire à une contestation née du quotidien: quand les provinces périphériques s’embrasent, le pouvoir redoute toujours que l’économie ne serve de détonateur à des fractures plus profondes.
Des manifestations qui s’étendent dans le pays
L’ONG Iran Human Rights, elle aussi basée en Norvège, a fait état pour sa part de quatre morts et de trente blessés à cet endroit, en publiant des images de ce qui paraissait être des corps ensanglantés au sol, sans qu’il soit possible de vérifier leur véracité dans l’immédiat.
Les médias iraniens ont pour leur part évoqué des heurts, l’agence Mehr annonçant la mort d’un Gardien de la révolution après que des «émeutiers» ont tenté d’entrer dans un poste de police.
Les manifestations ont touché à des degrés divers au moins 30 villes, essentiellement moyennes, à travers le pays, selon un décompte de l’AFP effectué à partir d’annonces officielles et de médias. L’extension géographique est un indicateur décisif: plus la contestation sort de la capitale et s’enracine dans des villes moyennes, plus elle devient difficile à cantonner à un incident local. Ces foyers dispersés peuvent fonctionner comme des vases communicants, chacun s’alimentant du suivant, au gré des réseaux de solidarité, des rumeurs et des appels qui circulent en ligne.
Lire aussi : En Iran, les étudiants se joignent au mouvement social
Au moins 12 personnes ont été tuées dans des heurts depuis mercredi, dont des membres des forces de l’ordre, selon les rapports officiels. Ces chiffres, présentés par les autorités, visent aussi à installer une lecture sécuritaire: l’État se dit attaqué, ses agents visés, et donc fondé à riposter. À l’inverse, les organisations de défense des droits humains mettent l’accent sur la disproportion supposée des réponses et sur la responsabilité d’unités réputées plus dures, en particulier les Gardiens de la révolution.
Selon une ONG basée aux États-Unis, Human Rights Activists News Agency, il y a eu depuis une semaine des manifestations dans au moins 25 provinces du pays.
Le mouvement, initialement lié au coût de la vie, a débuté le 28 décembre à Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’hyperinflation et le marasme économique, et s’est depuis élargi à des revendications politiques. Cette trajectoire, du rideau baissé à la rue, puis du prix du panier à la question du pouvoir, raconte une société sous pression: quand l’économie devient un mur, la politique finit par apparaître comme la porte, ou comme la prison. Et, dans ce bras de fer, chaque journée de mobilisation ajoute une question simple et brutale: jusqu’où peut aller un pays où la colère sait compter, mais où le pouvoir sait frapper?











