Gaza: poursuite des bombardements israéliens, les espoirs d’une trêve s’amenuisent

De la fumée s'élève après un bombardement israélien sur Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 mars 2024.. AFP or licensors

L’armée israélienne a poursuivi ses bombardements dans le centre et le sud de la bande de Gaza, alors que les espoirs d’une trêve avant le ramadan s’amenuisent, plus de cinq mois après le début de la guerre. L’aide humanitaire tente de s’organiser par voie terrestre, aérienne et maritime, afin de faire face à ce que l’ONU qualifie de «famine généralisée presque inévitable» dans le territoire palestinien.

Le 10/03/2024 à 09h31

Plus de cinq mois après le début de la guerre, l’armée israélienne continue de pilonner sans répit l’ensemble de la bande de Gaza, notamment des zones dans Khan Younès et Deir El Balah (centre), ainsi qu’à Rafah (sud), tuant au moins 82 personnes au cours des dernières 24 heures, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Dans le sud du Liban, au moins cinq personnes, dont une femme enceinte et sa famille, ont été tuées samedi par une frappe israélienne sur leur maison, a indiqué l’agence officielle Ani. Le Hezbollah a annoncé que le père et ses deux enfants étaient des combattants du parti «morts en martyrs».

Après des semaines de pourparlers et de rencontres, conduits par le Qatar, les États-Unis et l’Égypte, les espoirs d’une trêve avant le ramadan s’amenuisent. Israël a accusé samedi le Hamas de «ne pas être intéressé par un accord», selon un communiqué des services du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le président américain Joe Biden a pour sa part estimé samedi que, par sa conduite de la guerre à Gaza, M. Netanyahu «fait plus de mal que de bien à Israël». «Il faut qu’il fasse plus attention aux vies innocentes perdues à cause des actions entreprises», a-t-il réclamé lors d’un entretien avec la chaîne MSNBC.

Pénurie de lait maternel

Dans le territoire palestinien assiégé, les mères notamment peinent à nourrir leurs bébés, face au manque de lait infantile. «Mon cœur se déchire quand je le vois pleurer, et lorsque je vois qu’il veut téter, je ne sais pas quoi faire», se désespère à Gaza Oum Karam, mère d’un nourrisson de cinq mois, qui ne dispose plus que d’une dernière boîte de lait en poudre, quasi vide.

Alors que l’aide fournie par voie terrestre entre au compte-gouttes dans la bande de Gaza, à cause des blocages de l’armée israélienne, et que celle larguée par voie aérienne ne porte que sur des quantités très limitées, un couloir maritime sera ouvert depuis Chypre, à quelque 370 kilomètres du territoire palestinien. Deux ONG, Open Arms (Espagne) et World Central Kitchen (WCK, États-Unis) se préparent à faire partir un premier bateau chargé de 200 tonnes de nourriture.

Famine «presque inévitable»

Un navire de soutien logistique de l’armée américaine a par ailleurs quitté les États-Unis avec à son bord le matériel nécessaire à la construction d’une jetée temporaire pour acheminer l’aide humanitaire à Gaza, a annoncé le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans un communiqué samedi. La construction de cette jetée pourrait prendre jusqu’à 60 jours et impliquerait probablement plus de 1.000 soldats.

Selon l’ONU, 2,2 des 2,4 millions d’habitants du territoire palestinien exigu frappé par d’importantes pénuries d’eau et de nourriture sont menacés de famine, et 1,7 million ont été déplacés par les combats et les frappes israéliennes. D’après le ministère de la Santé du Hamas, au moins 23 personnes, dont des enfants en bas âge, sont mortes de malnutrition et de déshydratation à Gaza, après le décès de trois nouveaux enfants.

Samedi à Rafah, à la frontière égyptienne, où sont massés près de 1,5 million de personnes selon l’ONU, des dizaines de Palestiniens faisaient la queue devant un camion-citerne pour remplir des bidons d’eau. «Il y a beaucoup trop de besoins pour trop peu d’eau», se lamentait Oum Serraj, une Palestinienne déplacée.

L’armée jordanienne a annoncé samedi un nouveau largage d’aide par une dizaine d’avions dont deux jordaniens, quatre américains et deux français. Mais pour l’ONU qui met en garde contre une «famine généralisée presque inévitable» à Gaza, les parachutages, de même que l’envoi d’aide par la mer, ne peuvent se substituer à la voie terrestre.

Reprise du financement de l’Unrwa pat la Suède et le Canada

Par ailleurs, la Suède et le Canada ont annoncé reprendre le financement de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), principal fournisseur d’aide dans le territoire palestinien, plus d’un mois après l’avoir suspendu à l’instar d’une quinzaine de pays, après qu’Israël a accusé fin janvier 12 de ses employés d’être impliqués dans l’attaque du 7 octobre, sans toutefois fournir de preuves.

L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 sur le sol israélien a entraîné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP à partir de données officielles israéliennes.

En représailles, Israël pilonne depuis plus de 4 mois la bande de Gaza, qu’il maintient sous blocus depuis 17 ans et sous un siège total depuis le début de la guerre. Les bombardements et les opération terrestres de l’armée israélienne ont tué plus de 30.960 Palestiniens, en grande majorité des femmes, des enfants et des adolescents, et fait près de 72.000 blessés, selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas.

En Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 et où le Hamas n’est pas représenté, plus de 450 Palestiniens ont été tués par les soldats et les colons israéliens depuis le 7 octobre, et des centaines de personnes ont été «arrêtées» par les forces israéliennes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait face à la pression de plus en plus grande de l’opinion publique nationale pour parvenir à un accord avec le Hamas sur la libération des otages retenus à Gaza. Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi soir à Tel-Aviv pour exiger le départ du gouvernement et réclamer le retour des otages. «Elections! Maintenant!», «Honte au gouvernement», a scandé la foule.


Par Le360 (avec AFP)
Le 10/03/2024 à 09h31