Depuis son élection à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) en 2020, Rafik Temghari s’est illustré par une algérianisation sans limite de sa mandature municipale. Il rêve de devenir député ou sénateur pour mieux servir les intérêts d’Alger. Car en six ans sa municipalité où il est cantonné aux affaires locales a révélé une autre feuille de route. Ni rueilloise ni française. Il s’est vite érigé en un parfait aboyeur algéro-algérien arrivé en intrus dans la vie politique française, et fait mieux que les élus Franco-Algériens natifs de France.
Né en Algérie en 1976, Rafik Temghari est champion de l’intégration cocotte-minute. Arrivé sur le tard dans l’Hexagone, il a su tirer profit des accords pervers de 1968 et obtenir la nationalité française, plus vite que l’éclair, «par amour», clame-t-il, pour une lointaine cousine. Depuis, il fait dans le communautarisme et fait passer l’Algérie avant la France. Antimarocain notoire, et bien sûr pro-Polisario, la France est utilisée comme une plateforme de tensions identitaires et de déclarations diplomatiques qui choquent les moins prudes, révélant ses liens étroits avec le régime d’Alger. Il utilise avec calcul sa fonction de conseiller municipal délégué à la Communication, pour officiellement promouvoir la cohésion sociale (entendez vis-à-vis de la population algérienne des HLM), mais râpe plutôt sa fonction pour mettre en avant ses racines.
Il a pour vocation de fédérer les élus de France d’origine algérienne, comme s’il n’avait que cela à faire en Hauts-de-Seine. Il fonde ainsi le Cercle de l’émir Abdelkader, officiellement lancé le 10 décembre 2023. Le choix du nom est parlant, mais trompeur. L’émir est présenté comme un héros et fondateur de l’Algérie moderne, et sert à entretenir un récit mémoriel parmi les Franco-Algériens en quête de repère identitaire. L’association utilise des subventions publiques françaises et réunit exclusivement des élus d’origine algérienne à travers le pays. Jusqu’à 200 membres en 2025, selon Temghari, qui sort tout de suite un autre chiffre: 6 millions d’Algériens en France, dont il se voit un jour le plus haut représentant.
Par exemple, chaque 17 octobre, pour marquer la commémoration des manifestations algériennes à Paris de 1961, il organise un rassemblement ubuesque de Franco-Algériens au château d’Amboise– lieu où fut logé l’émir Abdelkader– reliant deux faits historiques qui n’ont a priori aucun rapport. Il fustige à cette occasion la France dans des discours grandiloquents où il attise la haine, mais on le retrouve de même chaque mois de Ramadan à glorifier le vivre-ensemble lors d’un «iftar» annuel où élus et acteurs associatifs se retrouvent dans un soi-disant esprit de convivialité. Une ambivalence amour-haine typique des personnes déconstruites.
En mai 2025, Rafik Temghari a coordonné, avec des fonds occultes dont on ignore la provenance, un voyage en Algérie d’une délégation d’élus français (parmi lesquels des députés et sénateurs), les «Amis de l’Algérie» pour les commémorations du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Même rengaine: mémoire, chouhadas, martyrs, victimisation, culpabilité et haine d’une certaine France. Cette action a surtout cherché à peser sur le bras de fer au moment des tensions diplomatiques et des barbouzeries algériennes sur le sol français. Et d’y aller dans les médias algériens avec son «Le 8 mai est une date commune pour la France et l’Algérie», pour mieux servir la remontrance d’Alger et l’aplaventrisme attendu de Paris. Et de continuer avec un «rapprochement franco-algérien sur des bases apaisées» tout en soufflant le chaud pour attiser des sentiments de rejet entre les Français et leur histoire, un voyage à décrypter comme un chantage: «Voyez ce que vos arrière-grands-parents nous ont fait, donc fermez les yeux sur l’actualité franco-algérienne tendue aujourd’hui». Derrière un discours officiel de fraternité, Rafik Temghari suscite davantage le malaise en France.
Pro-Polisario et anti-Maroc
Une des facettes de l’engagement politique de Rafik Temghari en France est son positionnement sur le dossier du Sahara. L’élu municipal n’hésite pas à tenir des propos virulents envers le Maroc, pays pourtant allié de la France. Dès 2024, il évoque un «abandon de la cause sahraouie», qu’il explique, tenez-vous bien, par un chantage de Rabat sur Macron, et des dossiers secrets qui fait du président français un otage entre les mains des Marocains, un élément de langage mis en avant par Alger qui a circulé pendant quelques mois.
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Dans la foulée, il a redoublé de déclarations pro-Polisario et antimarocaines, dans un registre parfois très offensif. Ainsi, courant 2025, il déclare, confondant plutôt le rôle de son pays de naissance dans le fractionnement de la région: «Le Maroc, obsédé par le Sahara occidental qu’il avale illégalement, rêve de balkaniser l’Algérie pour masquer ses propres échecs». Par cette phrase, Temghari fait dans le complotisme accusant Rabat de nourrir des visées contre l’unité de l’Algérie– allusion à un supposé soutien marocain au séparatisme kabyle. Il ajoutait, dans le même élan, une pique contre «Israël, faiseur de génocides», pour souligner l’alliance entre le Maroc et l’État hébreu, alliance honnie par Alger. Ces propos particulièrement durs, tenus lors d’une rencontre franco-algérienne, illustrent combien Rafik Temghari récite par cœur le narratif du régime d’Alger.
Ce positionnement sans concession tranche avec la diplomatie française où il cherche pourtant à faire carrière. Depuis 2024 celle-ci soutient la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et considère le Royaume chérifien comme un partenaire stratégique. En embrassant la cause du Polisario (qualifié officiellement en France de mouvement indépendantiste et non de «peuple», de «nation» ou d’«État»), Temghari hurle solitairement dans les bois. Ses critiques du Maroc rejoignent en réalité celles formulées quasi quotidiennement par la presse d’État algérienne, qui parle du Sahara comme d’un territoire «colonisé» par le voisin marocain et accuse Rabat de comploter contre l’Algérie. Il n’est donc pas exagéré de dire que Rafik Temghari s’est mué en porte-voix du Polisario et d’Alger sur la scène publique française. Il s’affiche publiquement comme un militant hostile à l’intégrité territoriale du Maroc.
Sur les réseaux sociaux, Temghari est désormais taxé d’activiste du Polisario, qui plus est privilégiant à chaque occasion l’Algérie à la France, qui n’avait pas sa place dans une liste électorale française. Ensuite, son discours fait de lui une figure embarrassante aux yeux de certains responsables français, y compris au sein de sa propre famille politique. Jusqu’ici, Patrick Ollier, le maire LR de Rueil-Malmaison, l’avait intégré à son équipe municipale, voyant sans doute son ancrage dans la communauté algérienne locale comme un atout. Mais à l’approche des élections municipales de mars 2026, la question de son maintien sur la liste de la majorité a émergé publiquement. Des conseillers municipaux d’opposition ont commencé à poser des questions sur la compatibilité de ses prises de position avec son mandat local. Fin 2025, une tribune anonyme diffusée sur les réseaux de Rueil demandait crûment: «M. Rafik Temghari est-il en mesure de représenter l’ensemble des Rueillois et des Rueilloises?», insinuant que sa préoccupation première semblait être Alger plutôt que les affaires de la commune. Ce type d’interpellation traduit la gêne ressentie localement face à un élu qui, en marge de ses fonctions municipales, endosse un costume quasi diplomatique.
Des voix appellent le maire de Rueil à écarter Rafik Temghari de la future équipe, arguant que ses positions antimarocaines assumées et sa ferveur algérienne étaient incompatibles avec son rôle d’élu local en France. La boite de Pandore est ouverte, il mêle un agenda géopolitique étranger à la politique municipale, au risque de créer des divisions au sein même de la population de Rueil.
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Il a d’ailleurs participé à des événements pro-Polisario en Europe: sa présence est signalée lors de conférences de soutien au mouvement séparatiste, et il n’est pas rare qu’il exprime sa solidarité avec la RASD autoproclamée par le Polisario. Cet activisme réel conforte l’idée qu’il fait figure d’«antenne» algérienne au sein de la classe politique française, poussant le narratif d’Alger sur tous les fronts– y compris celui du Sahara, pourtant l’un des plus clivants.
Prises de position controversées: l’Algérie avant la France
Dans les faits, Rafik Temghari est souvent monté au créneau pour attaquer les Français qui défendent la France. À l’automne 2024 par exemple, il a organisé, avec le Cercle de l’émir Abdelkader, une attaque en règle de l’ancienne ministre Noëlle Lenoir, qui sur CNews avait critiqué l’aphonie des binationaux algériens sur les barbouzeries d’Alger. On a vu le petit élu municipal de Rueil-Malmaison lancer une pétition et même déposer une plainte officielle avec saisine du procureur contre Mme Lenoir. Son objectif est de faire taire tout point de vue qui ne glorifie pas les pitres d’Alger et ne se tait pas lorsqu’il faut dénoncer les abus de la diaspora politique algérienne dans le paysage français.
Nombre de ses déclarations publiques trahissent un biais pro-algérien alarmant. Il ne s’en cache d’ailleurs pas: «L’association a toujours placé la défense de l’Algérie et de la communauté algérienne établie en France parmi ses priorités», affirme-t-il sans ambages dans un entretien accordé à la presse algérienne. En d’autres termes, Temghari considère qu’il est de son devoir de prendre fait et cause pour l’Algérie dès que celle-ci est critiquée ou mise en cause en France. Cette posture interpelle: un élu de la République peut-il ouvertement faire de la défense des intérêts d’un pays étranger une «priorité» de son mandat? Ses détracteurs y voient la preuve qu’il «oublie son travail d’élu français» pour se muer en porte-voix d’Alger.
Rafik Temghari milite pour la reconnaissance des crimes coloniaux et exige, comme de nombreux élus franco-algériens, un geste de repentance de la France. Aux côtés d’autres personnalités d’origine algérienne, il appelle l’État français à «reconnaître ce qu’il a fait» et à «demander pardon», considérant que la pleine admission de ce passé est une condition pour une relation apaisée. Cette insistance sur les «dossiers historiques douloureux» est un leitmotiv du discours de Temghari, qui rejoint en cela les exigences du gouvernement algérien.
De même, il n’hésite pas à défendre le régime algérien actuel lorsqu’il est mis en cause. Lors de la diffusion en janvier 2026 du documentaire «Complément d’enquête» sur France 2, explorant l’influence algérienne en France, son amie la députée Sabrina Sebaihi a été vivement critiquée pour avoir refusé de condamner la nature autoritaire du système algérien. Sebaihi avait répondu de manière éhontée que «l’Algérie c’est une démocratie». Ce relativisme a déclenché un tollé, voire la risée, des Français. On constate que Rafik Temghari s’abstient lui aussi de toute critique du gouvernement algérien et a volé au secours de sa compatriote dans les médias algériens. Que ce soit sur les atteintes aux droits de l’Homme en Algérie, l’emprisonnement d’opposants ou d’autres sujets sensibles dont on ne donnera pas la liste ici tant elle est connue du plus grand nombre, il demeure silencieux, préférant mettre l’accent sur la France dans les frictions.
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Le discours de Temghari sur la diaspora illustre bien cette priorité donnée à l’Algérie. Dans une interview au quotidien algérien Echorouk, il regrette que les Franco-Algériens n’aient pas su structurer un lobby dominant en France, et il appelle à l’émergence de porte-voix capables de défendre les intérêts de la communauté algérienne. Un appel du pied pour être lui-même davantage soutenu et sélectionné par Alger. Il demande ainsi à l’Algérie de créer par exemple des structures d’appui via les consulats et en valorisant les talents binationaux dans la coopération bilatérale. Ces propositions montrent qu’il considère la diaspora comme un prolongement de l’État algérien, et non comme de simples citoyens en France. D’ailleurs, Temghari salue explicitement les gestes du président algérien Abdelmadjid Tebboune en direction des binationaux: il se félicite de la création en 2023 d’un Conseil mondial de la diaspora algérienne, dont il a assisté au lancement à Paris, et applaudit la politique d’ouverture économique du gouvernement algérien envers les expatriés. «Grâce à la volonté de l’État algérien, on peut ouvrir une entreprise [en Algérie] avec 0 dinar. C’est maintenant que ça se passe, il ne faut pas patienter», clamait-il fin 2024 en incitant les entrepreneurs d’origine algérienne à investir massivement au pays. Il fait la promotion de la «nouvelle Algérie» de M. Tebboune comme d’autres des produits de placement financier.
Des liens étroits avec Alger et sa «propagande»
Sa proximité avec les institutions algériennes en France et, plus largement, le relais qu’il assure de la communication officielle d’Alger sont un secret de Polichinelle. Il collabore régulièrement avec l’ambassade d’Algérie en France et les consulats. De même, en décembre 2023, il fait partie d’une délégation de la Grande Mosquée de Paris (dirigée par le recteur Chems-eddine Hafiz, ambassadeur-bis de l’Algérie en France, qui aime ressasser à chaque interview qu’il est «l’ami intime» ou un «proche» de Tebboune) invitée à Alger par le ministère des Affaires religieuses: Temghari est officiellement reçu avec les représentants de la Mosquée par le ministre algérien. Le fait qu’un élu municipal participe à ce genre de visites protocolaires en Algérie en dit long sur son statut officieux d’intermédiaire. Il se meut aisément dans les cercles de pouvoir algériens, y compris les plus hauts placés.
Temghari franchit la ligne rouge en se posant de facto en représentant des intérêts algériens sur le sol français. Au cœur de cette «cinquième colonne» pro-Alger en France, il n’y a aucune loyauté envers la France. Et la nationalité qu’il a obtenue ne fait pas de lui un Français. Son camp est tout choisi et l’odeur rance de l’Algérie, quittée il y a à peine quelques années, lui colle toujours à la peau.








