Bastien Lachaud. Une activité politique devenue ligne morte, sans pulsation ni sursaut, sauf sur l’Algérie et le Polisario. Député LFI de la Seine-Saint-Denis depuis 2017, reconduit en 2022 puis en 2024, il doit moins sa longévité politique à l’adhésion populaire qu’à une arithmétique électorale précise: le vote discipliné des Franco-Algériens, devenu la clef silencieuse de sa survie parlementaire. Cette dette politique, il la règle en s’érigeant en l’un des porte-voix les plus zélés d’Alger et les plus virulents du Polisario sur la scène française.
Il s’est fait un nom à coups de billets rageurs, sur son blog personnel nourri d’invectives où le Sahara est martelé comme «non décolonisé» et où le Maroc est sommé de répondre de «l’occupation de 80% du territoire des Sahraouis». Pendant des années, il a invoqué avec constance le catéchisme du moment: «la France doit œuvrer à une solution conforme au droit international», autrement dit «l’organisation d’un référendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU». Mais cette même légalité internationale, brandie comme une arme commode, est revenue le défier depuis le 31 octobre dernier, telle un boomerang. La résolution du Conseil de sécurité, reconnaissant sans ambiguïté la souveraineté du Royaume sur le Sahara, a fait vaciller son édifice rhétorique. Depuis, le droit international n’est plus convoqué. Les arguments se sont tus, frappés de mutisme.
Opportuniste à souhait, il relie l’escalade entre la France et l’Algérie à une «faute originelle», expliquant la détérioration des liens exclusivement par la reconnaissance de Paris du Sahara marocain, ayant selon lui provoqué une montée des tensions avec l’Algérie. Ce faisant, Bastien Lachaud se pose en chevalier d’Alger, adoptant sans réserve la rhétorique du régime militaire algérien, sans jamais évoquer ou condamner les dérives autoritaires, les atteintes aux droits humains ou les activités subversives de ce même régime. Il se garde bien, par exemple, de mentionner les multiples activités illégales orchestrées sur le sol français: campagnes de surveillance et de harcèlement contre des opposants algériens, intimidations de journalistes ou de militants issus de la diaspora, pressions sur les associations et réseaux berbéristes, voire les tentatives d’influence dans certains cercles communautaires et politiques dont il est le parfait exemple!
Il ne dit rien non plus du rôle trouble des services algériens dans les affaires d’espionnage, ni de l’emprisonnement de figures critiques du régime comme Christophe Gleizes arrêté dans des conditions opaques et condamné pour des accusations saugrenues d’«atteinte à la sûreté de l’État» et de «terrorisme», dans un climat de répression généralisée contre les voix dissidentes. En niant ou en passant sous silence cette réalité, Bastien Lachaud valide de fait les méthodes d’un régime dont les pratiques sont régulièrement dénoncées par des ONG internationales et par de nombreux défenseurs des droits humains. Sa grille de lecture, strictement binaire et anti-marocaine, ne tient compte ni des nuances ni des réalités de terrain, et semble guidée moins par une fidélité aux principes qu’à un héritage idéologique et une posture de confrontation avec la diplomatie française actuelle. C’est une critique sans équilibre, qui s’aveugle sur les abus d’Alger pour mieux frapper Rabat, au prix d’une crédibilité affaiblie sur la scène internationale.
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Bastien Lachaud n’est pas un penseur de la question saharienne, mais un télégraphiste militant, qui se contente de relayer, sans nuance ni profondeur, les slogans standardisés venus tout droit d’Alger. Depuis huit ans qu’il se prétend engagé pour le peuple sahraoui, pas une seule analyse de fond, pas un article structuré, pas un essai, pas même une conférence digne de ce nom ne sont venus attester d’un travail intellectuel sérieux sur le dossier. Il n’a jamais brillé dans un colloque par des idées nouvelles, encore moins par une connaissance approfondie de l’histoire ou du droit international. Son engagement ressemble moins à une conviction construite qu’à une récitation mécanique, répétée sans effort critique.
Les quelques phrases figées qu’il martèle –droit à l’autodétermination, violation du droit international, Maroc colonisateur, dernière colonie d’Afrique, etc.– sont les mêmes que celles que l’on retrouve, à la virgule près, dans les communiqués du ministère algérien des Affaires étrangères ou de la représentation du Polisario. On les entend dans la bouche de tous les supplétifs d’Alger en France, ces militants recyclés dans l’activisme diplomatique qui récitent une partition sans jamais la remettre en question. Lachaud n’y déroge pas. Il sonne creux, et c’est précisément parce qu’il n’a pas de culture géopolitique réelle, ni la rigueur d’un analyste, ni la hauteur de vue d’un stratège, qu’il s’enferme dans ce rôle de porte-voix automatique, où l’idéologie remplace la pensée.
En réalité, il ne vit pas pour une cause, il vit d’un alignement: celui qui flatte son image d’opposant systématique au Maroc, et que ses électeurs apatrides souhaitent entendre. Mais soutenir une cause sans la comprendre, sans la penser, sans l’actualiser dans ses contradictions, c’est n’en être qu’un figurant. Et Bastien Lachaud, à ce titre, ne s’est jamais élevé au-delà de ce rôle.
Prises de position vis-à-vis de l’Algérie
Depuis 2020, Bastien Lachaud dégoupille systématiquement contre les journalistes, élus ou membres du gouvernement qui osent évoquer la révision des accords migratoires franco-algériens de 1968. Pour lui, tout questionnement devient une attaque, toute réserve une insulte: il dégaine aussitôt les qualificatifs d’algérophobes, de nostalgiques de l’Empire, voire de racistes patentés. À ses yeux, la nuance n’existe pas, et toute voix dissonante est sommée de comparaître devant le tribunal de sa morale militante.
En janvier 2025, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée, il pousse le pathos jusqu’au ridicule: face au Premier ministre, il exhume la guerre d’Algérie comme un spectre sorti de sa tranchée, lançant, théâtral: «Savez-vous que la guerre d’Algérie est terminée depuis 63 ans et que la France coloniale l’a perdue parce que c’était une guerre criminelle et injuste? Pourquoi cherchez-vous à la raviver?» Cette sortie, au lieu d’élever le débat, le plombe dans un passé instrumentalisé, ressuscitant les antagonismes pour mieux agiter les spectateurs, comme un acteur en quête d’effet facile. Ce n’est pas le fond qu’il sert, c’est la mise en scène, où l’histoire devient accessoire et l’indignation, posture.
Il reproche ensuite au gouvernement son vocabulaire arrogant, ses gesticulations guerrières, sa prétendue volonté de stigmatiser les Français d’origine algérienne. Mais c’est là que les fils de sa faconde commencent à s’emmêler. Car lui-même joue exactement sur cette fibre communautaire, cajolant un certain électorat déboussolé, instrumentalisant le sentiment patriotique des Franco-Algériens pour l’adosser à son propre agenda. Il parle de pacification, mais sème la division, vilipende la stigmatisation tout en pointant du doigt toute voix qui ne chante pas l’hymne algéro-compatible. Lachaud accuse la France d’alimenter les fantasmes, mais se nourrit des siens: une vision binaire du monde, où la France est éternellement coupable, et l’Algérie, éternellement victime.
Ainsi, il n’éclaire pas le débat, il l’assombrit, recouvrant la complexité d’un linceul de slogans. Et derrière les tirades moralisantes, on ne trouve ni lucidité, ni courage, mais une mécanique politicienne bien huilée, où l’indignation sert de carburant à défaut d’idées. Lachaud ne pacifie rien, il recycle. Avec le ton du procureur mais les outils d’un pamphlétaire sans archives.
L’affaire Sansal ou l’idiot de la famille
En 2025, acculé par l’évidence, Bastien Lachaud a dû, contraint et à contrecœur, soutenir une résolution parlementaire réclamant la libération de l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné à Alger. Mais même ce geste de principe, il l’a recouvert d’un voile de méfiance: «Je ne partage aucune des opinions réactionnaires de Boualem Sansal», a-t-il tenu à préciser d’emblée, comme pour s’excuser d’avoir signé la résolution. Une façon habile de s’absoudre à l’avance de toute solidarité trop visible, tout en restant dans les clous de la feuille de route fixée à distance par Alger. Car Sansal, on le sait, a osé remettre en question les récits officiels de son pays de naissance, notamment sur la question du Sahara, soutenant la thèse marocaine sur les territoires spoliés à l’indépendance. Cela suffit à le transformer en hérétique aux yeux du système, et Lachaud, fidèle parmi les fidèles, ne pouvait pas défendre le dissident sans insulter son employeur algérien.
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On se demande alors d’où parle Bastien Lachaud. Quelle connaissance a-t-il réellement de l’histoire de la région, qu’il ne semble percevoir qu’à travers le filtre des slogans hérités de la banlieue maghrébine où il a grandi, et des éléments de langage ressassés dans certains cercles militants? Il se dit historien, intellectuel, fin connaisseur de la littérature coloniale. Mais comment croire à cette prétention quand il s’autorise une condescendance publique à l’égard d’un écrivain comme Boualem Sansal?
C’est une mascarade absolue, presque gênante, quand on se souvient que Bastien Lachaud n’a jamais enseigné l’histoire qu’au niveau des collèges et lycées en ZEP, sans aucune spécialisation universitaire dans l’histoire du Maghreb, ni dans les dynamiques postcoloniales complexes de l’Algérie indépendante. Il n’a publié aucun essai, aucune note approfondie, aucune démonstration intellectuelle sur le sujet, et pourtant il s’érige en juge de la pensée saharienne, en censeur de Sansal, en commissaire politique de la mémoire.
Dans cette affaire, Lachaud apparaît non pas comme un défenseur des droits humains, mais comme l’idiot de la famille: celui qui va en avant quand il faut faire mine d’adopter une posture équilibrée, mais qui reste bien accroché à la laisse idéologique du régime qu’il prétend défendre en toute indépendance. Il répète ce qu’on lui souffle, il corrige du bout des lèvres ce qui pourrait froisser Alger, mais il ne s’écarte jamais du périmètre autorisé. Il dit avoir des convictions, mais n’en fournit jamais la démonstration. Ni discours construit, ni texte de fond, ni réflexion personnelle sur la pluralité algérienne ou la dissidence intellectuelle. Rien qu’un réflexe pavlovien, jamais une pensée.
Adulé par les médias algériens, un nain en France
En Algérie, Bastien Lachaud est traité comme un héros. De L’Expression à El Watan, en passant par les relais officiels du régime et les chaînes satellitaires à la solde du pouvoir, il incarne ce que l’État algérien rêve de fabriquer depuis des décennies: un Français blanc, élu de la République, qui épouse sans réserve la narration historique algérienne, fustige le passé colonial, s’oppose frontalement au Maroc et plaide pour la reconnaissance du Polisario. On le cite avec déférence dans les éditos, on le filme lors de ses interventions à l’Assemblée, on salue «son courage face à la diplomatie néocoloniale de Paris» (AL24 news). Il est la caution française idéale, le télégraphiste sincère qui relaie sans retoucher, qui s’agenouille sans poser de conditions.
En France, pourtant, Bastien Lachaud reste un nain politique. Jamais tête d’affiche d’un combat national, jamais acteur central dans les grands débats sociaux ou institutionnels du pays. Il n’a laissé aucune trace dans les dossiers majeurs: santé, éducation, sécurité, écologie… Son nom ne survit que dans les interstices maghrébins de la politique étrangère. Il vit par l’Algérie, pour l’Algérie, sous perfusion idéologique, et c’est cette niche– réduite mais bruyante– qui assure sa réélection. Son charisme est importé, jamais cultivé.
Mais ce pari l’enferme. Trop marqué, trop aligné, il ne pourra jamais grimper plus haut. Il s’est condamné à ce rôle de supplétif, adulé là où il n’a pas d’avenir, invisible là où il prétend faire carrière. C’est un mort-né politique. Un horizon bouché, par fidélité à un discours qui n’est pas le sien.








