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Tahar Ben Jelloun.

ChroniqueIls n’aiment pas le Maroc parce que c’est une monarchie millénaire. Ils auraient préféré une république militaire dans le style algérien ou syrien. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi et il n’y a rien à faire pour changer les choses. Il faut ajouter que c’est un préjugé avec le tampon gauche socialiste ou communiste. Vieille rengaine et vieux réflexes.

Le 13/04/2026 à 10h59

Nous sommes d’accord! Oui, Zineb Ibnouzahir et Fouad Laroui ont eu raison de critiquer le documentaire sur la relation Maroc-France «Je t’aime, moi non plus», diffusé dimanche 5 avril sur France 5. J’y ai participé sans avoir le moindre contrôle sur ce que le réalisateur a choisi de garder de mes déclarations. Aucun des intervenants n’a eu cette possibilité.

Mais au-delà, un préjugé grand comme un gratte-ciel, entêté et bête persiste dans la vision qu’ont les journalistes français dans leur grande majorité. Que ce soit dans la presse écrite ou dans les médias audiovisuels, un préjugé stupide reste à la base de leur démarche.

La question est simple: ils n’aiment pas le Maroc parce que c’est une monarchie millénaire. Ils auraient préféré une république militaire dans le style algérien ou syrien. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi et il n’y a rien à faire pour changer les choses. Il faut ajouter que c’est un préjugé avec le tampon gauche socialiste ou communiste. Vieille rengaine et vieux réflexes.

Ils pensent que les droits humains sont mieux garantis dans une république que dans une monarchie. Ils ont cependant un regard bienveillant et même amoureux de la monarchie britannique. Pas la marocaine. Allez savoir pourquoi.

Ils ne comprennent pas pourquoi au Maroc, le Souverain gouverne, structure les institutions du pays, prend des initiatives et trace les grandes lignes en vue de développer la société et de la faire accéder à un État de droit nécessaire et incontournable.

La monarchie constitutionnelle fonctionne et, surtout sous le règne de Mohammed VI, avance et fait avancer le Maroc dans le sens du progrès et même d’une démocratisation, certes lente, mais réelle. Les élections sont réellement libres, sans truquage, sans folklore. Il en est de même pour les débats au Parlement.

«Le Maroc est un État stable et solide (*). Il faut laisser les citoyens s’exprimer librement. Cela donnerait une image de modernité et de tolérance inexistante dans l’ensemble du monde arabe.»

—  Tahar Ben Jelloun

Pourtant, ces journalistes ne s’intéressent qu’aux aspects négatifs — chômage, liberté de la presse, précarité, inégalités, corruption, etc.

Le 8 avril 2026, Alexandre Aublanc, ancien correspondant du Monde au Maroc, a consacré un article au cas de Maati Monjib, présenté comme un historien franco-marocain condamné à un an de prison pour «atteinte à la sécurité de l’État». Il aurait été privé d’enseigner à l’Université de Rabat et empêché de quitter le territoire. Sa femme et sa fille vivent en France. Le journaliste écrit: «Les restrictions que subit Maati Monjib ne touchent pas seulement sa liberté de mouvement. Elles conduisent à sa “mort sociale“ alerte Khadija Ryadi, de l’Association marocaine des droits humains.»

Je ne connais pas Maati Monjib, ni ses supposés travaux d’historien. Je déplore aussi que le journaliste n’ait accordé aucun intérêt aux motifs ayant conduit à sa condamnation: une sordide affaire de détournements de fonds. Mais le cas de cet universitaire donne du grain à moudre aux ennemis du Maroc. En quoi cet homme menace-t-il le régime marocain? Et ce régime est-il si vulnérable qu’il craint ce que pourrait dire cet universitaire?

Le Maroc est un État stable et solide (*). Il faut laisser les citoyens s’exprimer librement. Cela donnerait une image de modernité et de tolérance inexistante dans l’ensemble du monde arabe. On dirait que des forces rétrogrades agissent dans l’ombre pour que cette image soit écornée, froissée, et ait des retombées négatives sur le pays.

La police marocaine est connue pour son efficacité, son patriotisme et sa volonté de garantir au pays une sécurité sans faille. Elle traque et démantèle les candidats au terrorisme, ayant fait allégeance à Daech. Le peuple marocain le sait et applaudit chaque fois que des attentats sont empêchés grâce au dynamisme des brigades vigilantes.

La liberté est un bien précieux. Le Maroc de Mohammed VI a tout fait pour qu’elle soit générale et réelle. Il y aurait cependant des éléments qui cassent le travail de Sa Majesté en se comportant avec un excès de zèle inutile. Ce qui est inadmissible et devrait vite être réparé.

(*) Vient de paraître aux Éditions «Le Cherche Midi», un remarquable essai de Abdelmalek Alaoui , «Maroc, le défi de la puissance» où il fait le bilan des mutations économiques et politiques de ces vingt dernières années. Il pose la question de savoir si le Maroc pourra devenir une véritable puissance durable.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 13/04/2026 à 10h59